Balade dans la Vallée des saints, en Bretagne

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Les visiteurs admirent la statue de Saint Efflam dans la vallée des Saints. © Bigot/Andia.FR
Les visiteurs admirent la statue de Saint Efflam dans la vallée des Saints.
Les visiteurs admirent la statue de Saint Efflam dans la vallée des Saints. © Bigot/Andia.FR

Avec plus de 100 000 visiteurs par an, la Vallée des saints, à Carnoët (Côtes-d’Armor) est devenue l’un des phares touristiques de la Bretagne. Dans une cinquantaine d’années, un millier de statues devraient s’élever sur ce site, surnommé « l’île de Pâques bretonne ».

Avant que les premiers saints en pierre ne s’élèvent sur la colline Saint-Gildas, à Carnoët, en 2009, leurs récits merveilleux peuplaient la mémoire des Bretons


 Quand il n’y avait pas de télévision, on lisait les vies des saints le soir, au coin du feu 

 explique Philippe Abjean, l’un des initiateurs de ce projet. C’est ainsi que mon père me conta celles de saint Divy et sainte Nonne, patrons de ma commune, de sainte Brigide, qui a donné son nom à mon école primaire, ou de saint Guénolé, fondateur de l’abbaye de Landévennec, non loin de notre demeure familiale.

► Philippe Abjean (a. g.) et Sébastien Minguy, initiateurs du projet de la vallée des saints à Carnoët - Fabrice Picard Agence VU

6925 balade bretagne Philippe Abjean a g et Sébastien Minguy initiateurs du projet de la vallée des saints à Carnoët - Fabrice Picard Agence VU

En arrivant à la Vallée des saints, j’ai donc l’impression d’honorer un rendez-vous datant de mon enfance. Il remonte en réalité à la nuit des temps, puisque la plupart des saints représentés en ce lieu ont vécu entre les Ve et VIIe siècles, à l’époque des migrations celtiques.

Pour rendre hommage à saint Gildas, protecteur de cette colline, je commence ma visite par la chapelle qui lui est dédiée, située à une centaine de mètres du parking, au bout d’un chemin empierré.

Une galerie d’art à ciel ouvert

Mon précieux guide, Sébastien Minguy, l’un des responsables de l’association La vallée des saints, m’invite à en franchir le seuil pour fouler, en même temps que   la terre battue, cinq siècles d’histoire.

Après m’avoir fait remarquer l’ange polychrome joufflu aux cheveux bouclés et la statue de saint Gildas, montée sur des brancards de procession, il me désigne deux curiosités : « Ce sarcophage mérovingien, s’interroge-t-il, aurait-il accueilli le corps de saint Gildas ? Quant à cette pierre percée, elle conserve tout son mystère. »

En contrebas de la chapelle, une autre surprise m’attend : une fontaine à trois bassins, remontant à l’époque celtique, dont l’eau guérirait les animaux. Mon guide me précise :

Début septembre, un pardon des chevaux s’y déroule toujours. 

Après un pique-nique sur une table en bois devant la chapelle, je remonte le chemin qui me ramène sur le site. Un bruit sourd ne tarde pas à se faire entendre : sur le terre-plein, dix sculpteurs dégrossissent au burin des blocs de granite de 4 mètres de haut, d’où surgiront des silhouettes de saints.

« D’éclat de pierre en grain de sable, me confie David Puech, l’un des artistes, j’avance sur le chemin de la vie comme une sculpture inachevée : en l’épurant pour toucher à l’essentiel. »

►  Un des sculpteur en plein travail - Dr

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La sculpture, un art de vivre ? L’invitation est trop belle pour retarder la rencontre, et je me dirige vers la Vallée toute proche. Quel paysage grandiose !

Devant moi s’étend une galerie d’art à ciel ouvert de 15 hectares, où se dressent cinquante statues (1). Chacune d’entre elles a été bénie par le curé de Carnoët et fêtée par un Kan ar Vein, cérémonie laïque au nom si bien choisi :

 Le chant des pierres 

Oui, elles chantent, ces statues-menhirs, ou plutôt elles murmurent au visiteur leur légende dorée… Ébahie par tant de trésors, je vais de l’une à l’autre, reconnaissant les attributs de chaque saint : le loup de saint Hervé, le dragon de saint Efflam, la bourse de saint Yves, sans oublier la grappe de raisins de saint Émilion qui, bien qu’ayant émigré en Aquitaine, revendique ici son origine bretonne !

Et c’est avec émotion que je déchiffre, au pied de certaines d’entre elles, la signature du sculpteur ou le nom des mécènes qui l’ont financée.

Mais qui est cet enfant, qui tient dans ses bras un petit animal ? « C’est saint Mérec, m’explique Sébastien Minguy, à qui le sculpteur a donné les traits du Petit Prince, parce que ces deux personnages se sont attachés à un renard. »

Alors que le jour décline, je rejoins, en haut de la Vallée, mes chers saints du Tro Breiz (2) : qui, avec saint Yves, ont été sculptés en premier : Brieuc, Malo, Samson, Patern, Corentin, Tugdual et Pol-Aurélien, presque tous orientés vers leur évêché.

Ils entourent la motte féodale, dernier joyau de cet ensemble, qui constituait la base d’un château médiéval. Et c’est au sommet de cette butte que mon voyage s’achève.

Portée par ce panorama à 360° s’étendant, au-delà des prairies et des bocages, jusqu’aux monts d’Arrée, mon imagination continue à voguer en compagnie de ces saints bretons qui, immortalisés dans le granite, ont confirmé leur vocation : être des témoins pour l’éternité. 


(1) À parution de cet article, 57 statues sont visibles sur ce site.
(2) Pèlerinage des sept saints fondateurs de la Bretagne.

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Paru le 10 janvier 2019

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