Sœur Marie-Véronique, bénédictine : "C’est le Christ que l’on reçoit dans le pèlerin"

agrandir Sœur Marie-Véronique, bénédictine, témoigne de l'accueil des pèlerins de Saint-Michel à l’abbaye Notre-Dame d’Argentan (Orne).
Sœur Marie-Véronique, bénédictine, témoigne de l'accueil des pèlerins de Saint-Michel à l’abbaye Notre-Dame d’Argentan (Orne). © DR
Sœur Marie-Véronique, bénédictine, témoigne de l'accueil des pèlerins de Saint-Michel à l’abbaye Notre-Dame d’Argentan (Orne).
Sœur Marie-Véronique, bénédictine, témoigne de l'accueil des pèlerins de Saint-Michel à l’abbaye Notre-Dame d’Argentan (Orne). © DR

Sœur Marie-Véronique, bénédictine, témoigne de l'accueil des pèlerins de Saint-Michel à l’abbaye Notre-Dame d’Argentan (Orne).

Rencontre avec sœur Marie-Véronique, bénédictine à l’abbaye Notre-Dame d’Argentan. Elle a fait du scoutisme, a été hospitalière de Lourdes, et a fait un pèlerinage de Vannes à Sainte-Anne-d’Auray avant son entrée en religion. Au monastère, elle s’occupe de l’accueil des familles et des groupes dans une dépendance de l’hôtellerie, et seconde la maîtresse des novices au noviciat.

Pèlerin :  votre abbaye, située sur les chemins du Mont-Saint-Michel, accueille parfois des miquelots. Pouvez-vous nous en donner quelques exemples ?
Sœur Marie-Véronique : presque chaque année, nous accueillons des pèlerins du Mont-Saint-Michel qui font halte au Clos Sainte-Opportune, une dépendance de l’hôtellerie.

Pendant plusieurs années, ce furent des "Compagnons de saint Michel" qui pérégrinaient depuis Paris, en groupe de cinq à huit ; l’an passé, au printemps, nous avons reçu une famille avec deux jeunes enfants, de trois ans et de quelques mois, l’un sur le dos du papa et l’autre sur le ventre de la maman. Ils sont arrivés avec le "porte-bagage" traditionnel du pèlerin : un âne vigoureux au regard doux et inoffensif.

Sur les chemins de pèlerinage, l’hospitalité est souvent pratiquée par les communautés religieuses. N’y a-t-il pas là un échange essentiel, entre des religieux sédentaires, et le pèlerin qui passe, animé d’une quête ?
Le contraste entre religieux sédentaire et pèlerin qui passe n’est pas si grand qu’il y paraît de prime abord. Il y a bien des points communs : certes dans un cadre fixe, les cloîtrés sont aussi en marche, pèlerins en route vers la Cité des cieux.

Le moine, comme le pèlerin, fait le choix d’une expérience de vie singulière, qui met de côté les artifices de la vie du monde pour aller à l’essentiel, dans un dépouillement librement consenti.

Dans un monde où tout va si vite, il devient vital de prendre le temps d’écouter le silence, de s’examiner soi-même, d’apprendre à se connaître pour mieux vivre la rencontre avec Dieu et avec les autres. La moniale le fait d’une manière particulière en chantant l’office à l’église, le pèlerin en mettant un pas devant l’autre sur le chemin du Mont-Saint-Michel.

C’est le Christ que l’on reçoit dans le pèlerin, et c’est Lui que le moine veut donner au passant.

L’hospitalité que vous pratiquez sur ces chemins de pèlerinage ne nous rappelle-t-elle pas que cette valeur capitale doit retrouver une place privilégiée au cœur de nos sociétés ?
Pratiquer l’hospitalité fait partie intégrante de la vocation bénédictine : "Les hôtes qui se présentent seront reçus comme le Christ, nous dit saint Benoît dans sa règle, surtout les frères dans la foi et les pèlerins". Les pèlerins sont en quête d’absolu ; il faut les aider à trouver ce qu’ils cherchent.

L’hospitalité, c’est le contraire du repli sur soi, de l’individualisme si prégnant dans notre monde moderne. Vivre l’hospitalité, c’est ouvrir son cœur, se laisser déranger, partager. Autant de valeurs importantes à promouvoir aujourd’hui.

C’est le Christ que l’on reçoit dans le pèlerin, et c’est Lui que le moine veut donner au passant.

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Paru le 6 décembre 2018

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