Philippe Abjean a relancé le Tro Breiz

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Philippe Abjean a relancé le Tro Breiz. © Philippe Erard
Philippe Abjean a relancé le Tro Breiz.
Philippe Abjean a relancé le Tro Breiz. © Philippe Erard

Avec l'association Les chemins du Tro Breiz, Philippe Abjean a relancé le tour de Bretagne, sept étapes annuelles en hommage aux saints fondateurs des évêchés de Bretagne.

Philippe Abjean est un pionnier. Pataugas aux pieds, il a repris les chemins anciens des saints bretons. Depuis, ce professeur de philosophie à Saint-Pol-de-Léon et catholique fervent a entraîné des centaines de marcheurs à sa suite.

En 1994, ils sont 600 pèlerins au départ de Quimper. En août 2000, ils n'étaient pas moins de 2 500 en marche, attendus par plus de 10 000 personnes à l'arrivée de la septième étape annuelle de cet ancien pèlerinage médiéval de 700 km dédié aux « sept saints fondateurs de la Bretagne ».

Philippe Abjean se souvient avec émotion de l'époque héroïque des débuts : « C'était l'épouvante en terme d'organisation ! Les freins du tracteur que nous utilisions pour le transport des gros bagages ont lâché et l'engin est allé dans le décor... »

C'est l'une des particularités de ce tour de Bretagne réglé comme du papier à musique : il suffit de mettre de l'eau, du pain et un recueil des poèmes du Breton Xavier Grall dans sa musette pour prendre la route. De ville en ville, les camions transportent le reste.

►Vidéo. Le Tro Breiz avec Philippe Abjean. Source : KTO.

 

Placé sous le symbole de l'hermine, comme Compostelle l'est sous celui de la coquille, le tour de Bretagne n'est pas un pèlerinage comme les autres. Philippe Abjean en est persuadé : « Profondément ancré dans l'envoûtante tradition celtique, le Tro Breiz retrouve tout son sens à notre époque. Au mystère de la foi catholique, très présente, il ajoute les traditions de la Bretagne profonde, et ces deux dimensions ne s'excluent pas, bien au contraire. Elles creusent l'intérêt et ouvrent des horizons à toutes les sensibilités. »

Un cantique breton magnifie les sept dons de l'Esprit saint et les sept étapes du pèlerinage. Les références populaires affluent : le chiffre 7 est un symbole de totalité. Tout comme le cercle, autre caractéristique du Tro Breiz : « Vous encerclerez, avec vos pieds, une terre que les ancêtres fondateurs ont aimée, et vous irez les saluer dans leur cathédrale respective », écrit Joseph Thomas.

« C'est un des rares pèlerinages chrétiens circulaires au monde, explique son animateur. Cette boucle se justifie par son enracinement dans une antique tradition celtique. Les druides avaient coutume de s'asseoir en rond autour d'un centre, le 'nemeton', figurant le centre du monde. Le cercle fait aussi partie de nombreuses religions  : le prêtre fait le tour de la maison pour la bénir. »

Au jour J, de bon matin, les pèlerins se retrouvent au pied de l'une des sept belles cathédrales bretonnes. Tous les sept ans, on décale d'une ville les départs, dans le sens des aiguilles d'une montre. Cet été, le pèlerinage sort des sentiers habituels : il se déroule entre Sainte-Anne-d'Auray et Nantes, capitale historique de la Bretagne.

►Vidéo. Le Tro Breiz: chemin de légende en terre bretonne.

 

Cette étape exceptionnelle est une façon de rappeler qu'Anne de Bretagne elle-même entreprit son pèlerinage aux « Sept Saints de Bretagne » en juin 1505, en faveur de la guérison de son époux le roi Louis XII.
Philippe Abjean n'a pas de préférence pour un itinéraire : « Quelle que soit la ville de départ, on voit toutes les facettes de la Bretagne, de la riante Cornouaille à l'austère Finistère. »

Pour lui, l'important, c'est d'être du voyage et de se rapprocher physiquement de Dieu : « Pas besoin d'être théologien pour marcher comme les moines itinérants d'autrefois. Nos saints bretons étaient toujours sur les routes avec leurs autels portatifs. Ils allaient dans les endroits les plus inaccessibles et les plus sauvages. Leur prière devenait leur battement de cœur. »

« En route » ou « En avant » sont les seuls mots d'ordre aujourd'hui comme hier : « L'important, c'est de mettre nos pas dans les leurs, souligne Philippe Abjean. En plus, ils ont beaucoup à nous apprendre en ces temps de déchristianisation. Ces missionnaires prenaient la route pour gagner les cœurs. »

Cet écrin de légendes et de mystère facilite la rencontre de toutes les quêtes. Il n'est pas rare de voir le randonneur marcher avec le pèlerin, l'amateur de patrimoine ou l'amoureux de la Bretagne. Le Tro Breiz respecte les motivations de chacun.

►Vidéo. La foi en marche au Tro Breiz. Source : France 3 Bretagne.

 

« Pour entrer au paradis, il faut avoir, durant sa vie, fait son Tro Breiz au moins une fois », annonce un vieux dicton breton. Et si on ne trouve pas le Christ au bout du chemin, on pourra toujours dire qu'on a fait une belle randonnée.

Pour certains, le rendez-vous devient retraite spirituelle itinérante : chemin faisant, on peut entonner un cantique en l'honneur de l'un des saints fondateurs des évêchés de Bretagne. Le circuit complet offre une variété fabuleuse de sites et de sanctuaires cachés : de Tréguier à Saint-Pol-de-Léon, en passant par Saint-Brieuc, Saint-Malo, Dol-de-Bretagne, Vannes ou Quimper : « La carte d'état-major de la Bretagne est une véritable litanie des saints ! » Corentin, Pol- Aurélien, Tugdual, Brieuc, Malo, Samson et Patern veillent sur les pèlerins. « Cinq saints naufragés et deux Bretons, qui ont été canonisés par la dévotion populaire pour la majorité d'entre eux », explique en souriant Philippe Abjean.

Le Tro Breiz est aussi un lieu de rencontres et de fidélité : « Il y a eu plein de mariages ! raconte le pèlerin breton. En route, on rencontre surtout l'autre et le secret de son âme, ce qui pèse plus lourd que son sac à dos. Je revois avec émotion cet homme tombé gravement malade avant la fin de la boucle. L'année suivante, il est venu à la cathédrale. Sur une ardoise, il avait écrit : 'Je suis là !' »

De vrais liens se tissent. En marchant ensemble, c'est une fraternité qui naît.  

Tro Breiz : sur les pas des sept saints de Bretagne

Le Tro Breiz invite à vénérer les sept saints en leurs évêchés respectifs : Pol-Aurélien à Saint-Pol- de-Léon, Tugdual à Tréguier, Brieuc à Saint-Brieuc, Malo à Saint-Malo, Samson à Dol-de-Bretagne, Patern à Vannes, Corentin à Quimper.

On les appelle « les sept saints fondateurs de la Bretagne » parce qu’ils furent, entre le Ve et le VIIe siècle, les premiers évangélisateurs de la terre armoricaine. Deux d’entre eux (Patern et Corentin) sont autochtones. Les cinq autres sont venus du pays de Galles, en Grande-Bretagne, avec la vague d’émigration celtique, composée de chefs de clans, de familles et de moines, qui déferla alors en Armorique.

Abordant le continent par les îles, où ils fondèrent des ermitages et des monastères - comme Malo sur l’île de Cézembre ou Pol-Aurélien à Ouessant -, ils furent hissés, souvent contre leur gré, à la charge épiscopale.

Ce qui ne les empêcha pas de continuer à exercer leurs dons mirifiques : Pol-Aurélien neutralise un dragon avec son étole, Brieuc apprivoise des loups et Corentin se nourrit d’un unique poisson qui se reconstitue chaque jour.

Sous l’influence de ces émigrants, la région, rebaptisée Bretagne, adopta les coutumes du christianisme celtique, dont la spiritualité a profondément marqué les croyances de ses habitants.

Pour obtenir des informations et se procurer le passeport du pèlerin du Tro Breiz :

Association Les chemins du Tro Breiz,
tél. : 02 98 69 11 80
E-mail : trobreiz.secretariat@orange.fr ;
Site : http://trobreiz.com 

Marche de l'été 2010

De Sainte-Anne-d'Auray à Nantes, du 1er au 7 août. Organisée par Les chemins du Tro Breiz. Inscription possible pour la semaine ou pour un ou deux jours. Rens. : Les chemins du Tro Breiz (coordonnées ci-dessus).

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Paru le 6 décembre 2018

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