"En avant route !", humour et profondeur sur le chemin de Compostelle

agrandir Prix Pèlerin du Témoignage 2010 - 2ème position : En avant route ! d'Alix de Saint-André, éditions Gallimard, 310 p., 19,50 euros.
Prix Pèlerin du Témoignage 2010 - 2ème position : En avant route ! d'Alix de Saint-André, éditions Gallimard, 310 p., 19,50 euros. © Vincent Pancol
Prix Pèlerin du Témoignage 2010 - 2ème position : En avant route ! d'Alix de Saint-André, éditions Gallimard, 310 p., 19,50 euros.
Prix Pèlerin du Témoignage 2010 - 2ème position : En avant route ! d'Alix de Saint-André, éditions Gallimard, 310 p., 19,50 euros. © Vincent Pancol

800 kilomètres parcourus sur la route de Compostelle pour Alix de Saint-André... sans aucune préparation ! Son livre En avant route ! prend la deuxième place du classement Prix Pèlerin du Témoignage. Ce roman retrace le périple et les nombreuses rencontres de la journaliste. Un long chemin décrit avec humour et réalisme.

À propos de l'article

  • Créé le 30/07/2013
  • Publié par :Christophe Henning
  • Édité par :Marine Bisch
  • Publié dans Pèlerin
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► Résumé du livre

Alix de Saint-André a pris trois fois la route de Compostelle. La première fois, elle est partie de Saint-Jean-Pied-de-Port, sur le chemin français, avec un sac plein d'idées préconçues, qui se sont envolées une à une, au fil des étapes.

La deuxième fois, elle a parcouru le 'chemin anglais' depuis La Corogne, lors d'une année sainte mouvementée.

L'ultime voyage fut le vrai voyage, celui que l'on doit faire en partant de chez soi. Des bords de Loire à Saint-Jacques-de-Compostelle, de paysages sublimes en banlieues sinistres, elle a rejoint le peuple des pèlerins qui se retrouvent sur le chemin, libérés de toute identité sociale, pour vivre à quatre kilomètres-heure une aventure humaine pleine de gaieté, d'amitié et de surprises.

Sur ces marcheurs de tous pays et de toutes convictions, réunis moins par la foi que par les ampoules aux pieds, mais cheminant chacun dans sa quête secrète, Alix de Saint-André, en poursuivant la sienne, empreinte d'une gravité mélancolique, porte, comme à son habitude, un regard à la fois affectueux et espiègle.

► Rencontre avec Alix de Saint-André

Sous l'’injonction de Rimbaud, voici la journaliste touche-à-tout en pèlerinage. Catho impertinente sur Canal +, admiratrice de Malraux et grand reporter de magazines féminins, drôle et passionnée, Alix de Saint-André est partie sur un coup de tête pour Compostelle. Elle s’y rendra trois fois, en 2003 , en 2004 et 2007 : la tête dure, sans doute. Et le cœur grand comme ça.

Pèlerin : Alix de Saint-André, vous aimez la fête, vous allez en reportage partout dans le monde, vous baignez dans le monde littéraire et médiatique… Et vous êtes partie pour Compostelle.
Alix de Saint-André : Trois fois, oui.… Et j'’irai sans doute encore cette année. Le chemin, on y retourne toujours ! C'’est à chaque fois unique. La première fois, j’'étais obsédée par l'’idée d'’arriver. Et puis, petit à petit, je me suis rendu compte qu’'arriver n'’est pas le but : c'’est sur le chemin qu'’il se passe quelque chose.

Avant le départ, j'’imaginais que le chemin était un monastère, que j’'allais méditer dans la solitude, le silence, et m’'élever vers je ne sais quel sommet. En fait d’'âme, j’'ai découvert que j'’avais d’abord un corps et qu'’il me faisait mal, et qu'’en fait de solitude, il y avait un monde fou….

Il a fallu prendre la route par trois fois !
Le vrai chemin, c’'est de partir de chez soi, s’'éloigner lentement. On quitte aussi ses souvenirs d’'enfance, sa propre vie. C'’est très humble de partir en fermant la porte de sa maison. Le premier soir, j'’ai dormi à Montreuil-Bellay. À une demi-heure de voiture : ça n'’impressionne personne.

Sur la route, vous dites que vous venez de Saint-Hilaire-Saint-Florent : « Ben dites donc, vous n'’en êtes pas loin ! » m'’a dit un vieux curé sur la route… Et puis il y a un moment où ça y est, « on est loin ».On rejoint le chemin, le rythme se fait, le corps s'’habitue, la pensée se met en route. Et puis j’'ai lu quelque part : « Nos prières engagent l'’honneur de Dieu. » Alors j’'ai récité des chapelets.

Et vous sentez qu'’il faut « lâcher prise »
On ne peut pas « se la jouer ». Une dame m’'a dit : « On ne “toupette” pas sur le chemin », selon l’'expression « avoir du toupet ». Le pèlerin n'’est jamais sûr de repartir le lendemain.

Est-ce un chemin qui mène aussi à soi ?
On se découvre et on s'’étonne soi-même. Mais on ne découvre pas que de bons côtés ! Au début, on se demande ce qu’'on fait là. Vous marchez aussi pour savoir pourquoi vous marchez. Il y a une quête, qui va se révéler doucement.

Il existe une grande proximité entre les pèlerins, mais aussi une grande pudeur. Vous écrivez : « On est là, sans passé, juste un prénom. » Votre seule fonction, c'’est être pèlerin.  Les deux questions, c'’est : « Comment t'’appelles-tu ? » et « d’'où viens-tu ? » Non pas votre lieu d’'habitation, mais où tu es « sorti » sur le chemin. As-tu commencé au Puy, à Roncevaux ? Ensuite, avec certains, on parle….

Vous dites des choses plus facilement à ceux qui vont dans le même sens et que vous ne reverrez jamais qu'’à des gens de votre famille.

Le pèlerin marche, parle… et s'’émerveille !
Ça fait partie du « métier » de pèlerin. Les paysages sont là pour qu'’il y ait un être humain qui les regarde. En même temps, on n’'a le temps que de traverser. Pour regarder, il faut s’'asseoir, rester un bon moment, parfois une vie entière. C'’est une autre façon de voyager. Proust disait ça aussi. Le voyage, c'’est le regard qui change, ce n’'est pas le paysage.

Le temps s'’écoule différemment….
Vous vivez à 4 kilomètres à l'’heure. Les journées sont comme des vacances d’'enfants, très longues et très courtes. Quand on va lentement, on apprend à devenir pauvre. On se met à vivre lentement, simplement… Acheter un sandwich, c’'est grotesque. Il faut acheter du pain, du fromage, du saucisson. Non seulement l'’argent n’'a pas d'’importance, mais la pauvreté a une valeur. Et la joie de la pauvreté qui va avec le partage.

Et puis, c'’est aussi mettre ses pas dans les pas de pèlerins qui, depuis le Moyen Âge, empruntent cette route…
On marche vers un lieu sacré. C'’est un lieu habité et c'’est « chez nous ». Quand les pèlerins débarquent dans les églises, ils sont chez eux. Beaucoup d'’entre eux n’'ont aucune culture religieuse, mais ils mettent des cierges. Et les pires athées assistent aux bénédictions.

Vous vous dites croyante, mais vous parlez d’'une foi en « courant alternatif ». C’'est-à-dire ?
J’'ai l'’impression qu'’au siècle dernier, les gens étaient croyants ou pas croyants. Aujourd'’hui, nous pouvons être à la fois croyants et pas croyants. Je me sens très catholique au milieu des athées, et quand je suis au milieu des chrétiens, gentils, souriants, polis, je ne m'’y retrouve pas. Depuis la sortie du livre, je découvre qu’il y a beaucoup de gens comme moi….

Croise-t-on Dieu sur le chemin ?
Au début, j'’espérais avoir des illuminations mystiques : Dieu vient, arrive, me parle et dit « Alix… » Eh bien, pas du tout ! Un jour, une religieuse m’'a dit : « Jésus est le chemin. » C’'était la clé. Jésus dit dans l’'Évangile : « Je suis le chemin, la vérité, la vie. » Et nous, nous sommes au creux du chemin, dans le cœœur de Dieu !

Vous écrivez : « S'’il y a une leçon à tirer du chemin, c'’est qu’'on n’'y apprend rien »
Au retour, les amis vous prennent pour une sainte, une mystique…. Pour tous, faire 700 bornes à pied est un exploit. Alors que le pèlerin sait que ce n’'est pas de cet ordre. En fait, il y a des gens qui font le chemin, et des gens que le chemin fait. Au début, il y a les paysages. Et puis tu te souviens des visages.

On apprend qu'’on a tout à apprendre. C'’est un lieu de pauvreté. On récite des prières de pauvre, toutes simples. Les pensées sont toutes simples. La vie du pèlerin est ramenée à une authenticité de valeur évangélique. Avec des doutes, aussi.

Parce que les pèlerins cachent en général qu'’ils ont envie de tuer leur insupportable voisine de marche, le voisin ronfleur.… Vous en avez ras-le-bol, vous êtes révolté : ce n’'est pas facile ! Certains n’'arrivent jamais….

La dernière fois, vous êtes allée encore plus loin, jusque Finisterre, la pointe extrême de la Galice….
Compostelle est un énorme aimant qui vous attire : ça y est, vous êtes arrivé, vous avez réussi. Et après ? Mon confesseur m’'avait dit : prends ton temps. Je suis allée jusqu'’à la mer. Ce sont des étapes beaucoup plus courtes. J’'ai pu décélérer de cette longue marche.

C’'est fini, on marche pour soi jusqu'’à la mer.Après tant de terres traversées, c’'est une surprise magnifique. Face à l’'océan, on brûle le vieil homme en brûlant les vêtements du pèlerin, comme à l’'origine, pour revêtir l’'homme nouveau. C'’est la fin des terres, le bout du chemin. Et la vie continue !

► L'avis des lecteurs

Roselyne Beal, 64 ans, Tassin-la-Demi-Lune - Rhône (69) – Jury 2009
Livre au charme fou ! C’est gai, plein d’'entrain et d’'un réalisme parfois aussi noir que rose. L’'auteur décrit ses rencontres avec des hommes et des femmes qui vont à Saint Jacques pour des motifs très différents.

Elle met tout son amour de l’'autre pour les comprendre et les amener à ce qu'’ils découvrent pourquoi ils sont partis, sans jamais leur imposer quoi que ce soit. Elle les accompagne un bout de route avec les difficultés- les pieds, les hébergements- mais aussi dans un chemin de foi, de vie et de mort.

Elle nous raconte « ses » chemins et c'’est parfois à mourir de rire. La lecture de ce récit fut pour moi un chemin de découverte pour rencontrer l’'autre dans toutes ses dimensions humaines.
 
Marie-Thérèse Grousson, 64 ans, sans profession, Saint Eloi de Gy - Cher (18)
Compostelle, lieu à la mode ! Alix (journaliste) s'’y lance tout d'’abord sans aucune préparation. Elle nous fait partager ses péripéties, son inexpérience et ses rencontres ratées. Puis elle comprend qu’il faut repartir d'’une autre manière.

Et, des bords de Loire jusqu'’à Finisterre, au bord des terres espagnoles, on vit avec elle cette route ; les découvertes, l’'amitié vraie, le dépouillement, au milieu de belles réflexions toutes simples sur sa Foi et sur Dieu.

Tout ceci est raconté par le menu, dans un luxe de petits détails matériels très importants. C’'est rempli d’'humour, la plume est alerte ; on aimerait, nous aussi, marcher en compagnie d’'Alix sur cette route de Compostelle qui attire.
 
Thérèse Royer, 60 ans, retraitée assistante maternelle, Le Blanc - Indre (36)
 Merci à Madame de Saint-André de m'avoir permis de cheminer à ses côtés jusqu'à Compostelle. J'ai ressenti avec elle, la fatigue du chemin, la joie du partage en arrivant le soir aux refuges. Un regret peut-être, celui de n'avoir pas suffisamment prié à ses côtés !
 
 Thérèse Guaquière, 64 ans, retraitée professeur de maths, Cavagnac - Lot (46)
J'ai commencé ce livre avec quelques réticences... J'avais moi aussi marché sur le chemin de Compostelle jusqu'à Burgos. Qu'avait-elle de plus à me raconter que ce que j'avais vécu ?

Son style enjoué, plein d'humour, d'anecdotes truculentes a eu raison de mes réticences et j'ai envie de reprendre la route... et d'aller jusqu'au bout. J'ai passé un bon moment à la lecture de ce livre et ce fut une récréation au milieu des autres témoignages parfois très durs.
 
Rose-Marie Dupe, 54 ans, La Meignanne - Maine-et-Loire (49) – Jury 2009
"Bécassine chez les pèlerins", comme elle se surnomme elle-même : un brin d'insouciance, une pincée d'orgueil dans un paquet d'ignorance… Elle n'a pas de guide, ne sait pas qu'elle doit parcourir quelque 800 km, n'a jamais vraiment marché et fume chaque jour deux paquets de cigarettes... Et ça marche !

Elle réussit et réitère trois fois son exploit ! Si Alix marche sur les sentiers battus de Compostelle, elle marche aussi à contre-courant des schémas de la parfaite pèlerine et ne garde pas son crayon dans son étui pour croquer à loisir et avec plaisir ses congénères pèlerins. Quelle plume et quel bonheur !
 
Martine Davodeau, 56 ans, retraitée de l’enseignement, Morlaix - Finistère (29)
C’est un livre alerte qui nous donne parfois l'impression de marcher avec l'auteur(e).Ses rencontres deviennent nos rencontres, on ressent ses difficultés mais jamais on ne s'ennuie et souvent on sourit ! A lire avant de s'engager sur le CHEMIN et après aussi !
 
Andrée Monteux, 65 ans, retraitée professeur de collège, Saint-Genest-Malifaux - Loire (42)
On parle beaucoup du chemin de St Jacques. Celui d'Alix de Saint-André est raconté de manière humoristique et c'est ce que j'ai aimé. Elle est courageuse de l'avoir fait en une fois. Sa narration donne envie de l'entreprendre, en sachant qu'on en retirera quelque chose du point de vue humain, à coup sûr et, partant de là, du point de vue spirituel.
 
Colette Blard, 64 ans, Carnac - Morbihan (56) – Jury 2009
Beaucoup d'humour et de réalisme, parfois de l'ironie, pour décrire des situations et raconter des anecdotes. L'amitié entre certains pèlerins et l'entraide.
J'ai retenu cette phrase d'une sœœur : "Le Camino, c'est le moment de rechercher un trésor, Dieu dans le silence et la solitude".
 
Monique Guillaume, 57 ans, documentaliste en lycée, Château-Thierry - Aisne (02)
Très agréable à lire. Un livre où se côtoie humour et profondeur tout au long d’'un chemin semé d'’embûches, celui de Compostelle. Bien écrit, souvent drôle, ce témoignage évoque la complexité des relations humaines et sous une apparente légèreté, les qualités humaines de l'’auteur se laissent deviner. On y trouve des rencontres cocasses, la tolérance, l’'entraide, les doutes, la joie...

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Paru le 6 décembre 2018

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