Jean-Paul II, pèlerin devant l'Eternel

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Jean-Paul II à Varsovie, le 2 juin 1979. © Mimmo Frassineti / AGF
Jean-Paul II à Varsovie, le 2 juin 1979.
Jean-Paul II à Varsovie, le 2 juin 1979. © Mimmo Frassineti / AGF

Notre collaboratrice Gaële de La Brosse a rencontré le pape Jean-Paul II à trois reprises. De Wadowice, en Pologne, à Rome, en Italie, en passant par la France, elle retrace le parcours d’un pape, pèlerin infatigable.

À propos de l'article

  • Créé le 25/04/2014
  • Publié par :Gaële de La Brosse
  • Édité par :François Boulard
  • Publié dans Pèlerin
    6856, du 24 avril 2014.

Karol Wojtyla perdit sa mère alors qu’il n’avait que 8 ans. À partir de ce jour, il mettra sa vie sous l’entière protection de sa Mère du Ciel et la choisira pour guide. Enfant, il aimait ainsi se rendre en pèlerinage auprès de la Vierge Noire de Jasna Gora, à Czestochowa, proche sa ville natale, Wadowice en Pologne.

Vidéo. La Vierge Noire de Jasna Gora à Czestochowa en Pologne.

 

Après son élection papale, c’est l’un des premiers sanctuaires mariaux qu’il alla visiter :


Je suis un homme rempli d’une immense confiance. C’est ici que j’ai appris à l’être.

→ Jean-Paul II après sont élection papale, en 1978.


C’est dans cette capitale spirituelle de la Pologne que nous sommes venus le rencontrer en juillet 1991, depuis l’extrême ouest de la Vieille Europe : Saint-Jacques-de-Compostelle, ville où s’était tenue, deux ans auparavant, la précédente Journée Mondiale de la Jeunesse.

Notre caravane avait l’allure d’une aventure sportive : missionnés par la Guilde européenne du raid et l’Association de coopération inter-régionale « Les Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle ». Douze jeunes patineurs, issus de chaque pays de la CEE, rejoints par un patineur polonais, s’étaient élancés sur les routes bitumées qui traversent l’Europe pour une course-relais de 4 000 kilomètres.

Cette « Transeuropéenne » fut en réalité tout autre, conformément au dicton qui assure que, sur ces chemins de mémoire, on part en sportif et on arrive en pèlerin.

Déjà, en 1989 – toujours sous l’égide de la Guilde européenne du raid –, pour la IVe Journée Mondiale de la Jeunesse, une petite troupe de patineurs avait parcouru les 1 700 kilomètres entre la tour Saint-Jacques, à Paris, et Compostelle, alors qu’au même moment, une flottille de 70 bateaux avait relié La Trinité-sur-Mer à La Corogne (Galice).

Vidéo. Élection de Jean-Paul II, le 16 octobre 1978. Source : Ina.

 

« Pendant des siècles, d’innombrables pèlerins nous ont précédés sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ils en portaient les symboles caractéristiques et traditionnels : le chapeau, le bâton, la coquille et la gourde. Quand vous retournerez dans vos pays, ces symboles vous rappelleront peut-être la rencontre de ce soir, et surtout son sens. » À l’occasion de ces rassemblements, Jean-Paul II savait délivrer des messages clairs à ces jeunes assoiffés de vérité qui convergeaient des quatre coins du monde pour l’écouter.

C’est aussi cette proximité avec les jeunes qui m’avait frappée lors d’une audience au Vatican, en 1986, où le Saint-Père avait accueilli une délégation du groupe d’adolescents que j’encadrais pour un camp itinérant.

Vidéo. Jean-Paul II en visite à Paris pour les Journées Mondiales de la Jeunesse de 1997. Source : France 2.

 
JMJ 1997 Paris - Jean Paul II par thibjl

La troisième et dernière fois que je vis le pape, ce fut lors de la Journée Mondiale de la Jeunesse de 1997, en France, au milieu d’un million de pèlerins venus l’entourer sur l’hippodrome de Longchamp ; un grand nombre de communiants fervents reçurent le « pain de vie », l’indispensable viatique pour poursuivre la route.


26 ans de pontificat, plus d’un million de kilomètres parcouru

Jean-Paul II fut un pape nomade, ou plutôt un pape pèlerin, davantage sans doute qu’aucun autre pontife. Certes, Jean XXIII lui avait ouvert la voie en se rendant, en 1962, à Lorette et à Assise.

Paul VI avait poursuivi dans cette direction, en effectuant une dizaine de déplacements dans les différents continents, notamment à Jérusalem, à Éphèse et à Fatima. Mais ces voyages sont sans commune mesure avec ceux qu’effectua le pape polonais : plus d’un million de kilomètres en vingt-six ans de pontificat, soit trois fois la distance de la Terre à la Lune…

Vidéo. « Un pèlerin vêtu de blanc ». Source : Le Jour du Seigneur.

 

Il visita, en premier lieu, les sanctuaires mariaux, en hommage à celle dont il avait ajouté l’initiale à son blason pontifical et fait placer une image sur une façade du Vatican. Ce fut d’abord, une semaine après son élection, Mentorolla, en Italie.

De nombreux autres pèlerinages s’ensuivirent, où il apporta souvent, en signe de sa dévotion, une « rose d’or » : Czestochowa et Kalwaria Zebrzydowska, dans sa mère patrie ; Guadalupe, au Mexique ; Quetzaltenango, au Guatemala ; Suyapa, au Honduras ; Aparecida, au Brésil ; Éphèse, en Turquie ; Levoca Sastin, en Slovaquie ; Aktotting et Kevelaer, en Allemagne ; Knock, en Irlande ; El Rocio, en Espagne ; Fatima, au Portugal ; Lourdes et la rue du Bac, en France.

►Carte. Les pèlerinages de Jean Paul II.

 

Pour Jean-Paul II, « les sanctuaires mariaux répandus dans le monde sont comme les bornes placées pour marquer les temps de notre itinéraire sur la Terre. Ils nous accordent une pause dans le voyage pour nous redonner la joie et la sécurité sur le chemin, avec la force d’aller en avant, comme les oasis dans le désert ».

Vidéo. Jean-Paul II, pape pèlerin a visité Lourdes à deux reprises. Source : Le Sanctuaire Notre-Dame de Lourdes.

 

À chaque périple, d’ailleurs, le pape rappelle que c’est en humble pèlerin qu’il se présente en ces lieux : « Je suis venu ici en pèlerinage, comme la majorité d’entre vous, chers pèlerins, avec mon chapelet à la main, le nom de Marie sur les lèvres et le chant de la miséricorde de Dieu dans le cœur », déclare-t-il à Fatima.

Document. Jean-Paul II, pèlerin de l’espérance… Source : Diocèse de Troyes.


De même, à Lourdes, il participe à la retraite aux flambeaux, boit l’eau de la source, s’agenouille devant la grotte et se recueille longuement.


Jean-Paul II et la France

Le Saint-Père aime aussi marcher sur les traces des saints. En Italie, il se rend à Sienne pour prier sainte Catherine, à Assise pour vénérer saint François ; en Espagne, il gagne Avila pour invoquer sainte Thérèse ; en Suisse, il visite l’ermitage de Nicolas de Flüe.

Mais c’est surtout en France, « pays des saints », que le pape s’attachera à mettre en valeur ces modèles. Lors de sa première visite, en 1980, il avait interpellé la foule assemblée devant lui : « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? France, fille aînée de l’Église et éducatrice des pays, es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la sagesse éternelle ? »

Document. Les voyages de Jean-Paul II en France. Source : Conférence des évêques de France.


En 1986, il poursuit son exhortation : « Église qui es à Lyon, tu as été baptisée dans le sang des martyrs, souviens-toi de ta ferveur première avec l’évêque Pothin, le diacre Sanctus, l’esclave Blandine. C’est le premier témoignage que nous ayons des chrétiens de Gaule. On reste stupéfait de leur force, de leur espérance, de leur attachement au Christ vivant. »

Et, pour montrer l’exemple, il effectue un pèlerinage sur les traces de saint Pothin à Lyon, de saint Jean-Marie Vianney, à Ars, de saint François de Sales et de sainte Jeanne de Chantal à Annecy, de sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial. Dans le même esprit, il encourage vivement la dévotion aux Sept Saints fondateurs de la Bretagne.

Vidéo. Résumé de la visite de quatre jours de Jean-Paul II dans la région Rhône Alpes, en 1986. Source : Ina.

 
Le résumé de la visite du Pape JEAN PAUL II par ina

Dès les prémisses de la renaissance du pèlerinage breton, en 1994, le pape manifeste, en effet, son soutien à l’association Les Chemins du Tro Breiz en lui adressant le télégramme suivant : « Apprenant déroulement du Tro Breiz, le Saint-Père félicite pèlerins d’avoir repris antique coutume dans souvenir des premiers évangélisateurs. Heureux de voir famille à l’honneur, il confie les marcheurs à Marie et leur envoie volontiers ainsi qu’aux organisateurs une chaleureuse bénédiction apostolique. »

Pour le XVe centenaire du baptême de Clovis, en 1996, il vient à nouveau encourager « l’âme française » à se ressaisir, en lui indiquant le chemin des saints : Thérèse de Lisieux, Vincent de Paul, le curé d’Ars, Jean-Baptiste de La Salle.

Vidéo. Visite de Jean-Paul II à Sainte Anne-d'Auray, dans le Morbihan. Durée : 11 minutes.

 

Il se rend à Saint-Laurent-sur-Sèvre (Vendée) pour s’incliner sur la tombe de saint Louis-Marie Grignion de Montfort – à qui il a emprunté la devise mariale « Totus Tuus » (Tout à Toi) –, bénit des milliers de familles à Sainte-Anne-d’Auray et va rencontrer des malades et des exclus de la vie dans la cité de saint Martin de Tours.


L’Église est toujours une Église du temps présent. Elle ne regarde pas son héritage comme le trésor d’un passé révolu, mais comme une puissante inspiration pour avancer dans le pèlerinage de la foi sur des chemins nouveaux.

→ Jean-Paul II.


Trois temps forts du pontificat de Jean-Paul II

Le pèlerinage jubilaire qu’il fit en Terre sainte fut sans doute l’un des moments les plus intenses de son pontificat. Il se rendit alors en Égypte, au monastère Sainte-Catherine, près du mont de l’Alliance où Moïse reçut les Tables de la Loi. Il se rendit en Jordanie, au mont Nebo, d’où Moïse contempla la Terre promise.

Puis il suivit les traces du Christ, à Jérusalem, à Bethléem, à Nazareth, où il célébra la messe pour la fête de l’Annonciation, et en Galilée, où il rassembla des jeunes du Moyen-Orient, d’Afrique, des États-Unis, des Philippines et d’Europe pour préparer le Grand Jubilé de Rome.

 


« Le pèlerinage, écrivait-il dans le document préparatoire à ce Grand Jubilé, ramène à la condition de l’homme qui aime décrire sa propre existence comme un cheminement. (…) L’histoire de l’Église est le journal vivant d’un pèlerinage jamais terminé. (…) Le pèlerinage a toujours été un moment significatif dans la vie des croyants, tout en revêtant selon les époques des expressions différentes. Il évoque le cheminement du croyant sur les pas du Rédempteur. »

Vidéo. Interview Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris sur le voyage papal en Terre sainte. Source : Ina.

 

Mais au regard de l’Histoire, ce sont trois autres faits marquants qui feront de Jean-Paul II le pape de la réconciliation et du pardon. En 1986, il exprime au rassemblement œcuménique d’Assise son souhait de voir les religions œuvrer ensemble au service de la paix.

Vidéo. Portrait du pontificat hors du commun de Jean-Paul II. Source: Ina.

 

En 2000, lors de son voyage à Jérusalem, il dépose dans un creux du mur des Lamentations l’acte de repentance de l’Église à l’égard des juifs.

En 2000, à Fatima, enfin, quelques années après l’attentat de la place Saint-Pierre, il apporte en action de grâces la balle qui avait failli lui coûter la vie et la fait sertir dans la couronne de la Vierge ; lors de sa dernière visite au sanctuaire portugais, il remettra au pied de la statue mariale l’anneau pastoral que le cardinal Wyszynski lui avait offert au début de son pontificat.


Jean-Paul II : un pasteur universel

À l’instar de saint Paul, qui parcourut la terre pour colporter la Bonne Nouvelle aux quatre coins du monde alors connu – et dont il porte le prénom –, celui que le cardinal Marty nomma « l’athlète de Dieu » fit de sa vie un pèlerinage.

On pourrait même dire que tous ses voyages pastoraux (une centaine hors d’Italie) furent accomplis dans cet état d’esprit :


Chaque voyage, disait-il, est un authentique pèlerinage au sanctuaire vivant du peuple de Dieu.

→ Jean-Paul II


D’où ce geste rituel du baiser à la terre, emprunté au curé d’Ars, effectué dès qu’il pose le pied dans un nouveau pays. Pasteur universel, le pape s’adresse à chacun dans sa langue ; à chacun – pauvre ou riche, faible ou puissant –, il accorde la même importance.

Il montre ainsi le sens profond qu’il convient de donner à tout déplacement : « Pour les chrétiens, précise-t-il au Congrès mondial de la pastorale du tourisme en 1990, il existe (…) une forme particulière de voyage et de tourisme qui consiste à prendre le chemin des pèlerins, les voies parcourues pour aller vers Dieu. Il est bon que le peuple chrétien prouve de cette manière quasi physique qu’il est pèlerin sur cette Terre. »


J’ai pu, grâce à mes pèlerinages, aller au cœur de l’Église, de la réalité du peuple de Dieu.

→ Jean-Paul II à un journaliste d’Il Tempo.


Un pape, une génération

« Je veux être près de lui pour le Grand Passage », déclara l’un des jeunes venus veiller place Saint-Pierre, la nuit du 1er au 2 avril 2005, parmi plusieurs dizaines de milliers de fidèles. Ceux qui, comme lui, font partie de la « génération Jean-Paul II » savent que la vie est un long voyage qu’il faut entreprendre sans hésiter.

Les paroles fortes que le pape avait prononcées à Strasbourg, en 1988, vibrent encore dans leur mémoire : « Le pèlerinage symbolise votre vie. Il signifie que vous ne voulez pas vous installer, que vous résistez à tout ce qui tend à émousser vos énergies, à étouffer vos questions, à fermer votre horizon. Il s’agit de se mettre en route en acceptant le défi des intempéries, d’affronter les obstacles – et d’abord ceux de notre fragilité –, de persévérer jusqu’au bout. »

Vidéo. Béatification de Jean-Paul II : 400 000 pèlerins sur la place Saint-Pierre. Source : TF1.

 

Comme tout pèlerin, qui part de son domicile pour se lancer vers l’inconnu, le 265e évêque de Rome a choisi de quitter cette Terre chez lui, parmi les siens – à quelques mètres de la Porte sainte par laquelle il avait fait entrer le peuple chrétien dans le troisième millénaire.

Et, dans le recueillement de ce temps pascal, résonnent une dernière fois les paroles qui avaient inauguré le pontificat de ce grand passeur d’espérance : « N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! »


► A lire aussi le dossier de 20 pages que consacre Pèlerin, n° 6856, du 24 avril 2014 aux canonisations de Jean-Paul II et Jean XXIII.

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Paru le 6 décembre 2018

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