Compostelle : la famille Tavernier a roulé en vélo triporteur sur la voie de Vézelay

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Domitille et Cyril ont emmené sur la voie de Vézelay vers Compostelle leurs trois enfants âgés de 3 ans (Camille), 5 ans (Héloïse) et 7 ans (Sébastien) © Blanc-Tavernier
Compostelle : la famille Tavernier a roulé en vélo triporteur sur la voie de Vézelay
Domitille et Cyril ont emmené sur la voie de Vézelay vers Compostelle leurs trois enfants âgés de 3 ans (Camille), 5 ans (Héloïse) et 7 ans (Sébastien) © Blanc-Tavernier

Pour se centrer sur l'essentiel, la famille Tavernier a roulé une semaine sur la voie de Vézelay vers Compostelle en vélo tripoteur électrique. Un périple qui a conquis leurs enfants de 3, 5 et 7 ans. Carnet de route.

À propos de l'article

  • Publié par :Domitille Blanc
  • Édité par :Domitille Blanc

« Le Pèlerinage, c’est nul, y’a rien ! ». Dixit Sébastien, sept ans. Difficile, pour notre aîné  cette première expérience du dépouillement. Partis de Paris lundi 23 mai par l’un des rares trains adaptés au transport du vélo triporteur, c’est, sur la voie de Vézelay (Yonne), de  la gare de Clamecy (Nièvre) précisément, que nous avons en famille, pourtant débuté avec enthousiasme la route de Compostelle avec nos trois enfants âgés de 3 ans (Camille), 5 ans (Héloïse) et 7 ans (Sébastien).

Seul le doudou de Camille, la cadette, lui a été concédé. Aucun autre jouet, juste le minimum pour se vêtir et dormir. But recherché par Cyril, mon mari, et moi (Domitille) : sortir du consumérisme sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Voir qu’une autre approche de la vie est possible que celle de la consommation permanente. Pour se centrer sur l’essentiel, et de cette manière, tenter de cheminer vers Dieu.

L'hospitalité : entre méfiance et bienveillance

Concrètement, en pédalant de Clamecy vers Bourges, le dépouillement, c’était aussi ne pas toujours savoir où nous allions dormir le soir ; ni croiser aucune vie humaine entre deux étape !

Cette vulnérabilité choisie nous a fait savourer la bienveillance d’un accueil gratuit. Il faut dire que notre première journée ne nous a pas fait de cadeau. La batterie électrique du vélo déchargée par de multiples faux plats, au pied d’une montée, il ne restait qu’à pousser le triporteur de 100kg, nos enfants éparpillés sur la route en plein cagnard. Mais cette déconvenue nous a obligés à aller vers les autres, nous ouvrant à la plus belle rencontre du périple.

L’accueil empreint de gentillesse de Jeanne et Guy, qui nous ont offert simplement de nous rafraichir chez eux le temps de recharger nos batterie et de gouter, était providentiel ! Cette vulnérabilité a aussi été la proie facile d’abus à motivations mercantiles.

Totalement indifférents à notre démarche, certains hôtes nous ont déçus. Dans l’unique chambre d’hôte de Varzy (Nièvre), première étape qui nous a vu arriver ce premier soir épuisés, fourbus, et assoiffés après une deuxième panne de triporteur en pleine cote, nous avons été reçus avec sommations. « Interdiction de caresser le chat, dangers dans le jardin, retirer nos chaussures !».

Visiblement, nos enfants, énervés, dérangeaient. Manque d’habitude ? Nous avons appris après, par l’office du tourisme de La-Charité-sur-Loire (Nièvre), que la présence d’une famille avec jeunes enfants sur cette voie était inédite.

Le découragement nous a pris chacun à notre tour. D’abord chez Cyril, épuisé dans cette chambre étouffante du premier soir, située sur la nationale : « ca va être ingérable ! On repart demain par le premier train pour Paris !». C’est pourtant lui qui, quand j’ai flanché à mon tour, trois jours plus tard, malaise et fatigue aidant, m’a dit : « On continue » !

Il a fallut ensuite anticiper pour que la prise en compte des facteurs batterie, chaleur et sieste des enfants ne prenne pas le pas sur nos préoccupations pèlerines. Et pour nous rendre ensuite disponibles à recevoir ces couleurs vert tendre des champs de blé, parsemés de coquelicots, ces odeurs de sous-bois en cette magnifique région de Bourgogne.

Pédaler une vingtaine de kilomètres par jour

Dès le deuxième jour, après la sieste sous la tente, à l’ombre de l’église de Champlemy, la batterie rechargée dans…l’église, la sérénité et la confiance ne nous ont plus quittées pour ensuite pédaler la vingtaine de km quotidiens et nous ouvrir à d’autres belles rencontres, comme celle d’Anne, pèlerine marcheuse rencontrée au gite d’Arbouse, à l’accueil cette fois authentiquement pèlerin, et retrouvée sur trois étapes successives.

Mais ces haltes, comme cet après-midi à la Fontaine de la Vache, gite de notre troisième étape à Raveau, ont été aussi l’occasion d’attentions familiales mutuelles.

A travers cette démarche, nous souhaitions apprendre à nos enfants à écouter ce qu’ils éprouvent, et à le respecter. A les laisser aménager un espace ou la vie intérieure puisse grandir, animée par cette joyeuse communion avec la nature.

Pour inventer des jeux, Héloïse,a été moteur. Une feuille, du bois et une ficelle, et le radeau voguerait sur le ruisseau « jusqu’en Afrique ». De tendres moments partagés.

Prier au gré des églises et des calvaires

"Et spirituellement ?" Me demandait une amie. Se mettre en marche a été très fort, symboliquement, pour nous. Cette mise en mouvement a ranimé des mouvements intérieurs, qui sont libérateurs.

Cheminer en communion, en rythme avec la nature, a probablement été le premier vecteur concret d’un lien avec le Christ, particulièrement pour les enfants.

La prière, pour ceux dont nous portions les intentions au gré des églises ou des calvaires, un autre vecteur fort chaque matin. C’est le cœur plus ouvert à la rencontre, au partage, à la vie, que nous avons aboutis après six jours à la Notre-Dame-de-la-Charité-sur-Loire.

Heureux, ressourcés et emplis de cette richesse, finalement exprimée au retour par Sébastien :« le pèlerinage, c’était bien parce qu’il n’y avait rien !».

Nos cinq conseils pour partir avec des enfants de 3, 5 et 7 ans à vélo sur la route Vézelay-Bourges.

■ Rechercher des tronçons à pentes douces.
■ S’assurer que le TER transporte aller et retour, votre type de vélo.
■ Une petite tente facilite les siestes enfantines.
■ Prévoir un tire-tique en pharmacie !
■ Attention aux hébergements soi-disant pèlerins, pourtant répertoriés dans les guides des « amis de Saint-Jacques », d’une vingtaine d’euros par personnes : exiger des réductions.
■ L’office du tourisme de la Charité-sur-Loire oriente vers des accueils pèlerins non répertoriés dans les guides. Sur place, demander à loger au gite 6 places, même occupé, et refuser l’hôtel, systématiquement proposé.

■ L'album photo de la famille Tavernier sur la voie de Vézelay vers Compostelle.
■ Forum : la famille Tavernier a prié aux intentions des pèlerinautes.

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Paru le 11 octobre 2018

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