Louis et Juliette, un couple de Lille : "Nous sommes libres comme l'air"

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Louis et Juliette. © Elise Comarteau
Louis et Juliette.
Louis et Juliette. © Elise Comarteau

24 juin 2014, un couple de Lillois achève la 7e étape du Camino Francés en s'arrêtant un moment devant le pont de pierre qui permet l'entrée dans Logroño.

À propos de l'article

  • Créé le 29/07/2014
  • Publié par :Elise Comarteau
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    29 juillet 2014

C'est la fin d'après-midi et il ne passe plus grand monde sur le chemin. Louis et Juliette, respectivement 22 et 24 ans, restent un moment à regarder L'Ebre, le fleuve qui les sépare encore de la ville. Ils acceptent volontiers de répondre à mes questions. « Mais asseyons-nous dans l'herbe », me propose le jeune homme en souriant.

Se laisser guider par un livre

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Il pose avec précaution son guide de voyage Lepère (Le Camino Francés, de François Lepere, André Dehnel, et Céline Heckmann, Ed. François Lepere ; 230 pages ; 18,50€) au centre du cercle.


C'est ma bible. Je fais exactement ce qu'il me dit. J'aime cette découpe du pèlerinage de Compostelle parce que les étapes sont très précises. Tu as chaque jour tes kilomètres, ton défi du jour. C'est uniquement les cartes et ce qu'il y a à voir sur le chemin, mais ça me suffit. Je n'ai besoin ni de la restauration, ni de l'hébergement.

Évidemment, la couverture a été arrachée pour alléger le livre. « Et encore, j'ai vu certains pèlerins qui découpaient les côtés », ajoute Louis en riant. En guise de marque-page, deux photos. « Je ne voulais prendre que celle de Juliette, mais ma mère a insisté pour que j'en prenne une d'elle aussi… Je n'ai pas eu le choix ! »

Différence d’état

La jeune fille a légèrement les traits plus marqués que son compagnon. « C'est bizarre, je ne suis partie que depuis une semaine et je suis vraiment plus fatiguée. Peut-être que c'est parce qu'il a trouvé son rythme. Ça fait deux mois qu'il marche, lui … »

Le couple s'est retrouvé à Saint-Jean-Pied-de-Port pour faire le Camino ensemble, mais le garçon est parti d’Arpajon à trente kilomètres au sud de Paris le 26 avril 2014. 

Je voulais ainsi éviter la ville. Ensuite, j'ai suivi toute la voie de Tours.

La via Turonensis n'a pas été de tout repos pour le Lillois. « Une semaine après mon départ, j'ai dû être rapatrié chez moi pour soigner une tendinite. J'avais trouvé un compagnon qui était beaucoup trop rapide pour moi, ça m'a été fatal. »

Elle ne lui aura pas laissé que des bons souvenirs. « Les Landes, aucun intérêt. Des longs chemins au milieu des pins. Des kilomètres de pistes, sans personne, sous la pluie. C'était très dur. »

A la belle étoile

Depuis leurs retrouvailles, c'est le bonheur. « Tout va bien. Nous n'avons pas d'ampoule, nous profitons de tout, en campant chaque soir dans la nature. Nous nous réveillons vers 8h30 pour partir tranquillement faire nos kilomètres de la journée, entre quinze et vingt selon les étapes. Après le déjeuner, on fait toujours la sieste. »

Le couple est plutôt solitaire. « C'est vrai que sans entrer dans les auberges, nous n'avons pas beaucoup de contacts. Mais ça ne nous dérange pas. Si c'est pour être avec des retraités qui font porter leurs sacs ou des jeunes cathos italiens accrochés à leurs chapelets, ça ne nous dit pas trop… »

Saint-Jacques, une étape avant le Portugal

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La raison du périple de Juliette et Louis est d'abord purement pratique. Ils se rendent au « Boom », un grand festival de musique électro qui a lieu tous les deux ans pendant l’été au Portugal. Cette année, ils sont attendus du 4 au 11 août. Louis me montre son poignet où il a accroché le bracelet de la dernière édition de la manifestation (photo).

« Nous sommes tous les deux des chômeurs-baroudeurs », reprend Juliette. « Après avoir arrêté nos études à Lille, nous avons voyagé un an et demi en Amérique. Le Nord et le Sud. Nous avons adoré. Louis a rapporté son chapeau du Mexique. » Elle le regarde à nouveau : « Nous sommes libres comme l'air en fait. »

L’esprit du sentier de Bertrand Leroy

Louis poursuit : « Après l'Amérique, pour s'entraîner avant Saint-Jacques, nous avons fait une petite marche de quatre jours entre Paris et le Mont-Saint-Michel. J'avais lu un livre de Bertrand Leroy (La Porte Mystérieuse du Mont-Saint-Michel : Le Sentier de Daath, Bertrand Leroy, Ed. Pascal Galodé, 368 pages ; 21€), qui m'avait donné envie de le faire. Il présente ce pèlerinage comme une marche spirituelle et une Association propose de t’accompagner pour le faire en suivant ses principes. Elle s’appelle Le Sentier. »

Solidarité, responsabilité, autonomie, liberté sont les leitmotivs de ces randonneurs. Le couple s'y retrouve parfaitement. Quand ils remettent leur sac sur leurs épaules, je m'aperçois qu'ils sont minuscules.


Nous avons pourtant chacun une tente ultralégère et un sac de couchage. Le problème : faire sécher les toiles ou les serviettes quand il pleut. Parce qu'on se lave quand même. Mais dans les rivières.

La veille, Juliette et Louis ont demandé au responsable d'une auberge de leur prêter un ordinateur pour envoyer un mail à leurs parents.  « Nos téléphones n'ont pas la couverture internationale, ils sont éteints. Ils nous ont proposé de prendre une douche, et ça, ça fait du bien quand même », me confesse Juliette. Vivre d'amour et d'eau fraîche d'accord. Mais avec une exception de temps en temps quand même.


Elise Comarteau OK

Elise Comarteau (photo) tire les portraits des pèlerins

"Souvent, on interview les pèlerins à leur départ ou à leur retour. Mais ils sont rarement pris sur le vif. Logroño est une étape majeure du Nord de l'Espagne pour les marcheurs qui rejoignent Saint-Jacques-de-Compostelle par le fameux Camino Francés.

De Tours, de Vézelay, du Puy, d’Arles, mais aussi de toute l’Europe et du Monde, ils semblent s’être donné rendez-vous dans la capitale de la Rioja. En 2013, 15 000 pèlerins ont franchi le puente de Piedra, le pont en pierre qui traverse l'Ebre pour entrer dans la ville.

C’est souvent là que je les attends. Au point d’information, mais aussi dans les auberges, ou même dans la rue. Je leur demande pourquoi ils sont là. D’où viennent-ils. Et comment ils se sentent. Pour apprendre à les connaître. Pour me glisser le temps de quelques minutes dans leurs lourds sacs à dos. Leurs portraits sont à découvrir sur mon blog pelerinsdelogrono.wordpress.com"



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Paru le 11 octobre 2018

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