André Weill sur les pas de saint François, vers Assise

agrandir  Passage du col du Petit Mont-Cenis (2200 m.), à proximité de la frontière italienne.
Passage du col du Petit Mont-Cenis (2200 m.), à proximité de la frontière italienne. © André Weill
 Passage du col du Petit Mont-Cenis (2200 m.), à proximité de la frontière italienne.
Passage du col du Petit Mont-Cenis (2200 m.), à proximité de la frontière italienne. © André Weill

Familier des longs pèlerinages, André Weill a relié Vézelay à Assise en deux mois et demi de marche. Il vient de publier un récit relatant ce voyage, plein d’émotion et de poésie.

À propos de l'article

  • Créé le 28/05/2018
  • Publié par :Gaële de La Brosse
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    28 mai 2018

Vous avez marché pendant 2 mois et demi avec saint François. Pour vous, qui est-il ?

Saint François est plus qu'un moine. C’est un patrimoine de l’humanité, d’une modernité exceptionnelle. Il incarne la complémentarité de la prière et de l'action. Parmi toutes les images qui lui sont associées, je retiendrai en premier lieu son ouverture à la diversité du vivant et sa radicale détermination à vivre la parole divine sans jamais négocier avec elle.

Saint François est un patrimoine de l’humanité, d’une modernité exceptionnelle

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 Dans les montées, l'usage des bâtons procure puissance, bonne respiration, confort et équilibre. © André Weill

Comment est né le chemin d’Assise et quelles sont ses spécificités ?

En 1217, à la demande de François d’Assise, frère Pacifique et frère Louis vinrent à Vézelay pour y fonder la première implantation franciscaine. Pour rappeler ce voyage fondateur, un chemin de 1500 km reliant Vézelay à Assise a été tracé à l'initiative d'un couple, Françoise et Dominique Olislaeger, entouré d'une petite fraternité laïque.

Il existe des cartes schématiques et un excellent topoguide en ligne et mis à jour régulièrement par l'association Chemin d'Assise, notamment d’après les informations données par les pèlerins en marche.

Le parcours comporte des tronçons montagneux où l'on reste plusieurs jours de suite entre 1000 et 1500 mètres : la Chartreuse, Belledonne, la Maurienne, le col de la Croix de Fer et le Petit Mont-Cenis à 2200 m, les crêtes de Ligurie dominant le golfe de Gênes et les montagnes au nord de la Toscane. Il faut partir équipé en conséquence et être attentif à la météo.

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L'élégance, la beauté, la pureté des lignes trouvent leurs résonances intérieures. Peut-être est-ce là le secret de l'âme franciscaine ? © André Weill

Quelles ont été vos plus fidèles balises ?

Toutes mes balises se résument en une seule : la foi. Elle peut se décliner ainsi : la présence, la simplicité, l'humilité, la modestie, la générosité et la pauvreté. Des valeurs chères à François ! Et aussi la confiance, qui consiste à écouter les signes du Grand Metteur en Scène.

Où avez-vous dormi et quels sont vos meilleurs souvenirs d’hospitalité ?

J'avais emmené une petite tente, mais j’ai parfois dormi dans des lieux d’accueil pèlerin, recensés dans le guide de l'association Chemin d'Assise. En France, je citerais la soirée du samedi à Taizé, toujours fabuleuse, et aussi l’accueil chaleureux du gîte Les Grands Arbres, en Chartreuse.

En Italie, l'accueil que j’ai reçu de Fra Cristiano, à l’ermitage de Sainte-Marie-Madeleine, à Adelano, m’a également beaucoup marqué. Je ressens encore ses deux mains qu'il a posées sur ma tête, comme une bénédiction.

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Le sac à dos et les bâtons, bons et fidèles compagnons, n'osent pas encore s'approcher de la crypte et restent ébahis, comme en suspension dans le temps et l'espace. © André Weill

Les plus belles étapes, en France et en Italie ?

La traversée du massif de Belledonne au Pas de la Coche, et toutes les crêtes de Ligurie… sans oublier les étapes de Sienne et Montepulciano.

Quelques conseils à ceux qui voudraient effectuer ce chemin ?

– Partir en confiance.

– Se rapprocher de l'association Chemin d’Assise.

– Ne jamais comparer à Compostelle.

– Si besoin, ne pas hésiter à emprunter des tronçons de la Via francigena pour éviter les Alpes ligures et toscanes.

Marcher de 6 à 8 heures par jour devient un geste naturel, profondément humain.

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Balise officielle du chemin d’Assise : tau et colombe indiquant la direction à suivre. © André Weill

Pourquoi ce sous-titre à votre livre : « présence et simplicité » ?

Il signifie que le pèlerinage est tout sauf un exploit sportif. Marcher de 6 à 8 heures par jour devient un geste naturel, profondément humain. Au bout d’un moment, la notion du temps disparaît et il ne reste plus que la présence au chemin, à « frère Soleil et sœur Lune », aux oiseaux, aux paysages, aux rencontres, aux odeurs et sensations multiples.

Où avez-vous trouvé le Poverello à Assise ?

Il est partout à Assise, qui n'existe que pour et par la dévotion à François. Je retiendrais trois lieux particulièrement forts.

Le monastère Saint-Damien, par sa simplicité, est une invitation à la prière et la méditation contemplative.

Le jour de mon arrivée à Assise, je suis aussi descendu à la crypte de la basilique. Près du corps de François, j'ai déposé mon sac, dans tous les sens du terme. Je me suis assis et des sanglots de larmes m'ont envahi. Un véritable tsunami !

Enfin, un troisième lieu à citer est les carceri – littéralement « les prisons » – où François et ses compagnons venaient s'isoler pour prier et méditer dans l'inconfort des grottes, rejoignant ainsi les traditions orientales himalayennes et celle des ermites au désert.

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Force et intimité à la chapelle du monastère Saint-Damien, lieu où François reçut l'appel l'exhortant à reconstruire l’Église. © André Weill

Si saint François revenait aujourd’hui, où serait-il ?

Peut-être sur une barque au milieu de la Méditerranée, ou bien dans les camps au sud de l’Italie, au milieu de trois ou quatre mille brebis perdues, apeurées, entassées, coupées de tout. Il ouvrirait ses églises pour les accueillir et il leur donnerait à boire et à manger. Il les réchaufferait, les embrasserait, et trouverait probablement cela merveilleux. En tout cas, il nous dirait quelque chose de très fort sur nous et notre monde contemporain.

Ce chemin d’Assise n’est pas votre premier pèlerinage. Quels autres chemins avez-vous parcourus ?

Mon « baptême pèlerin » a bien sûr été Compostelle, durant l'été 2000. Puis se sont enchaînés Rome par la Via francigena, quelques jours vers le Mont-Saint-Michel, Drancy-Jérusalem via Auschwitz, les sources du Gange, Compostelle-Cordoue, le mausolée du maître soufi Moulay Abdeslam au Maroc, et enfin, l'an dernier, le retour de Compostelle à Grenoble par le Camino del Norte.

Suite à l'attentat sur la promenade des Anglais, en juillet 2016, j’ai également relié Nice en partant de chez moi (Isère), pour y déposer une bougie, une rose et une écharpe tibétaine en signe discret de paix et de fraternité universelle dans la souffrance. C’est une autre forme de pèlerinage…

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Marcher sur une ligne de crête donne l'impression de voler. Liberté et lumière en sont les corollaires. © André Weill

Vous avez répondu à nos questions alors que vous avez repris la route. Quel est ce nouveau voyage en cours ?

De la Tunisie aux Alpes, une longue marche de solidarité avec les migrants, même si je n'aime pas ce terme trop réducteur. En passant notamment, en Tunisie, par la plage de Sousse et le musée du Bardo (deux lieux qui ont été victimes d’attentats), puis en Italie par Lampedusa, Riace et Rome… et Assise ! Nous sommes tous des migrants, expulsés un jour d’une matrice, et dans quelques dizaines d'années (ou moins !), nous terminerons cette migration terrestre. Alors, autant s’y préparer !

À lire :

9782356624956FS

André Weill, Sur le chemin d’Assise. Présence et simplicité, Le Mercure Dauphinois, 2018, 160 p., 15 euros

- Du même auteur, chez le même éditeur :
T’es toi quand tu marches. De Saint-Antoine en Dauphiné à Saint-Jacques-de-Compostelle, 2002, 204 p., 15 euros
Nous sommes faits pour marcher. A pied, du val d’Aoste à Saint-Pierre de Rome. La Via francigena, 2004, 174 p., 15 euros
Le Marchant de bonheur. A pied d’Auschwitz à Jérusalem, 2008, 248 p., 18 euros

 - Le site d’André Weil 

- Suivre ses voyages sur sa page Facebook

- Pour se renseigner sur le chemin d’Assise



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Paru le 2 août 2018

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