À 32 ans, il parcourt 5 600 km à pied, seul, de la Moselle à l'Algérie

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Sur le Camino francés, l'itinéraire le plus fréquenté en Espagne pour aller à Saint-Jacques-de-Compostelle. © Sofiane Boubahlouli
Sur le Camino francés, l'itinéraire le plus fréquenté en Espagne pour aller à Saint-Jacques-de-Compostelle.
Sur le Camino francés, l'itinéraire le plus fréquenté en Espagne pour aller à Saint-Jacques-de-Compostelle. © Sofiane Boubahlouli

Sofiane Boubahlouli, 32 ans, est en train de parcourir 5600 km à pied, de Boulay (Moselle) à Alger, en passant par Saint-Jacques-de-Compostelle : Un retour vers ses racines familiales doublé d’une quête spirituelle.

À propos de l'article

  • Créé le 12/02/2018
  • Publié par :Gaële de La Brosse
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    13 février 2018

Comment est né votre projet de pèlerinage ?
En avril 2017, lors de ma traversée de 3200 km de la Nouvelle-Zélande à pied, j’ai eu un flash : je me suis vu enlacer ma tante vivant en Algérie. Dix jours après cette vision, j’ai été hébergé par un Américain que j’ai rencontré lors de l’ascension d’un volcan, suite à une fracture de fatigue. Il m’a fait découvrir le film The Way qui se déroule sur les chemins de Compostelle. A la fin du film, l’acteur marche au Maroc : ce fut une révélation. Le projet de joindre l’Algérie à pied, en empruntant les chemins de Compostelle et en passant par le Maroc, était né.


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Traversée de l’Aubrac, sur le chemin du Puy en Velay (novembre 2017). © Sofiane Boubahlouli


Que signifie pour vous ce retour aux origines ?
En fait, c’est un double retour aux origines qui correspond à mon identité. Mon père est d’origine algérienne et ma mère française. Je marche vers l’Algérie, le pays de naissance de mon père que je vais découvrir pour la première fois, en traversant mon pays, la France, que je connais vaguement. On a tous des origines et des racines : les atteindre permet de se trouver.




D’où est né ce désir de vous dépasser ?
Progresser en milieu inconnu développe l’adaptabilité (langage, culture, réactions face aux changements rapides) et relativise beaucoup de choses. Et puis, c’est excitant d’apprendre tous les jours ! Voyager seul, affronter une nature sauvage et capricieuse, faire face à de nombreux accidents et terminer malgré tout (par exemple, en Nouvelle-Zélande, je suis tombé d'une montagne, j’ai eu une hypothermie et une infection du pied, j’ai été emporté par une rivière en crue...) m’a permis d’effectuer une profonde introspection. Ce qui a eu trois conséquences : j’ai pu faire le deuil de la mort de mon jeune frère de 12 ans, accepter la vie comme elle vient… et m’accepter moi-même. Je profite du moment présent, en vivant chaque instant comme si c’était le dernier.


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Aux alentours de Rocamandour, sur une variante du chemin du Puy en Velay (novembre 2017). © Sofiane Boubahlouli


Pour ce pèlerinage, comment avez-vous choisi votre itinéraire ?
J’ai voulu traverser la France, l’Espagne, le Portugal et le Maroc en suivant des voies jacquaires jusqu’à Gibraltar : voie du Puy-en-Velay, Camino francés, Camino portugués et Camino mozarabe. Au Maroc, je me suis créé mon propre itinéraire : je traverserai la côte ouest en passant par Casablanca et Marrakech, l’Atlas et le désert. Pour gagner en liberté, je dors sous ma tente, comme le ferait un pèlerin d’antan.

Sur le chemin de Saint-Jacques, qu’est-ce qui vous a marqué ?
Les rencontres improbables, à l'improviste : un millionnaire, un poète, un sculpteur, un présentateur TV, un écrivain, une dame en chaise roulante, des retraités, des jeunes hippies, un prêtre, des maires, des députés, un moine...

Comment se traduit votre quête spirituelle sur ce chemin ?
Mon aventure, depuis trois ans, de l’Australie au Japon, de l’Indonésie à la Nouvelle-Zélande jusqu’aux chemins de Saint-Jacques, est une quête vers moi-même, qui me permet de de me connaître, de m’accepter, de m’aimer et de m’ouvrir à l’autre, à la compassion. Cette marche vers mes origines est aussi une marche vers le bonheur, à mon rythme, en totale liberté. Le chemin de Compostelle s’y prête parfaitement, avec son énergie, son histoire, ses rencontres, ses paysages.  La seule question que je me pose est : comment garder cette philosophie de vie lorsque je rentrerai ?


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Sur le Camino francés, près de Villafranca del Bierzo (décembre 2017). © Sofiane Boubahlouli

Votre meilleur souvenir ?
Mon meilleur souvenir est l’accueil par les Prémontrés de Conques (Aveyron). Ils m’ont offert le gîte et le couvert, une visite guidée de l’abbaye Sainte-Foy et un concert d’orgue.

Et le pire ?
Les ennuis de santé (tendinite, infection du pied, rage de dent) et les conditions météorologiques difficiles (tempêtes de neige, températures négatives, pluies extrêmes). Mais mon aventure est tellement extraordinaire que je transforme ces points négatifs en points positifs.


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Sur le chemin d’Arles, dans les Pyrénées avant la traversée du col du Somport (décembre  2017). © Sofiane Boubahlouli


Quelle est, pour vous, la « magie » de ce chemin ?
En Espagne, sur le Camino francés fréquenté par plus de 300 000 personnes par an, j’ai rencontré des marcheurs venant du monde entier. Nous avions des buts, des origines et des convictions différents, mais nous avancions tous vers Saint-Jacques-de-Compostelle – et, si on tente une image, vers le bonheur. Ce lâcher-prise, cette fraternité, ce flux d’énergie et cette tolérance représentent pour moi la « magie » de ce chemin.

Parti le 24 septembre 2017 de Boulay, en Moselle, vous êtes arrivé à Saint-Jacques-de-Compostelle début janvier 2018, et vous venez de faire une pause...
J’ai marché 3 000 km en trois mois et demi pour arriver à Saint-Jacques de Compostelle. Le lendemain de mon arrivée, j’ai su que ma grand-mère était hospitalisée. Ma famille étant ma priorité, je suis rentré par avion en urgence pour être proche des miens.


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Sur le Camino francés (décembre 2017). © Sofiane Boubahlouli


Comment envisagez-vous la suite de votre long voyage ?
Je vais revenir à Saint-Jacques-de-Compostelle pour continuer ma marche là où je l’ai laissée, en suivant l’itinéraire prévu. Je devrais arriver à Alger vers la mi-mai.


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Après trois mois et demi de marche, l’arrivée à Saint-Jacques-de-Compostelle. © Sofiane Boubahlouli


Et après ?
Je profite d’abord pleinement cette aventure. Puis, comme la vie est belle et surprenante, elle m’offrira d'autres projets : effectuer le pèlerinage japonais des 88 temples sur l’île de Shikoku, fonder une famille, écrire un livre, utiliser mes nouvelles compétences pour aider mon prochain.

Que conseillez-vous à ceux qui, comme vous, ont un rêve qui peut paraître inaccessible ?
 Lancez-vous ! Le plus important n'est pas d'atteindre l'objectif, mais de vivre pleinement le chemin pour l’atteindre. En partant de ce principe, l'échec ou la réussite est secondaire, ce qui vous délivre de toutes vos peurs.
Nous sommes tous capables d’accomplir de grandes choses, il suffit juste de le vouloir : j'ai fait un marathon sans préparation, j'ai terminé un des trails les plus durs au monde (le Te Araroa) sans entraînement… et j'ai repris mes études à 25 ans pour occuper un poste d'ingénieur commercial. La clé du chemin, c’est de se faire confiance !

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Cap Finisterre : la fin des terres… et de la première partie du voyage (janvier 2018). © Sofiane Boubahlouli


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Paru le 18 octobre 2018

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