À 21 ans, il part marcher 5 mois dans les pas de Charles de Foucauld

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L’arrivée au Maroc, après 3500 km de marche. © Xavier
L’arrivée au Maroc, après 3500 km de marche.
L’arrivée au Maroc, après 3500 km de marche. © Xavier

À la fin de ses études de philosophie, Xavier (1), 21 ans, vient d’effectuer un pèlerinage de Paris à Notre-Dame de l’Atlas, au Maroc, via Saint-Jacques-de-Compostelle et Fatima : 4000 km en 5 mois, sans argent, dans l’esprit de dépouillement de Charles de Foucauld mort il y a 100 ans.

À propos de l'article

  • Publié par :Gaële de La Brosse
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    31 août 2016

Pèlerin. Avez-vous effectué, auparavant, d’autres pèlerinages ?

Xavier. Pas à proprement parler. Mais j’ai fait, à vélo ou à pied, de nombreux périples dans un esprit de pèlerinage, c’est-à-dire dans l’ascèse et la disposition au dépassement : Brest-Paris, un petit Tour de France, une traversée des Pyrénées d’Est en Ouest.

Quelle était la motivation de ce voyage ?

Je suis d’abord parti parce que j’en avais envie… tout simplement ! Depuis plusieurs années, l’appel de la route se faisait entendre. Je souhaitais lancer le ton sur lequel je veux vivre ma vie.

Pour moi, en effet, un pèlerinage ne doit pas être une parenthèse.

Je désirais donc effectuer une longue marche avec Dieu au centre, dans l’apprentissage d’un abandon toujours plus total à Sa Providence, pauvrement et simplement, et seul. Car comme le dit le bienheureux Charles de Foucauld, « c’est dans la solitude que Dieu se donne tout entier ». Alors, me suis-je dit… à Dieu vat !

D’où vous vient cette attirance pour Charles de Foucauld ?

Il est le saint patron de ma troupe scoute. J’ai par ailleurs grandi avec une BD sur sa vie, que j’aimais relire, avant de découvrir une correspondance avec un de ses amis de lycée. Son exemple me parlait, et je le croyais bon à suivre pour ce pèlerinage.

Cependant, avant de partir, je ne connaissais pas ses écrits, outre cette correspondance avec son ami de lycée, et sa magnifique prière d’abandon. C’est pendant cette marche que j’ai réellement découvert la spiritualité du père de Foucauld.

Qu’a-t-il à nous apprendre aujourd’hui ?

Que la pauvreté est désirable ! François d’Assise, Benoît-Joseph Labre et tant d’autres ne l’ont-ils pas « épousée »avant lui ? C’est elle qui nous découvre Dieu, c’est nu que l’on rencontre le Christ. Qui mieux que frère Charles, dans son ermitage du Hoggar, dans sa reconnaissance au Maroc, peut nous enseigner que la pauvreté comble davantage que la possession capricieuse et égoïste ?

Qu’il ne faut cesser de chercher Dieu toute sa vie. Lui qui, ayant perdu la foi, répétait chaque jour : « Mon Dieu, si vous existez, faites-le moi connaître ! » Lui qui, une fois converti, ne cessait de chercher où le Seigneur le voulait, à la Trappe, à Nazareth, à Béni Abbès, enfin à Tamanrasset.

Que le bonheur est dans l’abandon à Dieu. Il ne faut pas chercher à tout maîtriser, contrôler, mais se laisser conduire par Dieu, et tout accepter avec foi.

Qu’il faut chercher la petitesse. A servir plutôt qu’à être servi, à aimer plutôt qu’à être aimé. Chose difficile aujourd’hui, où l’on préfère être vu.

Que nous sommes tous frères ici-bas, sans exception, et que nous devons donc nous aimer les uns les autres, sans exception.

Que nous devons croire ! Car, écrit frère Charles, « la vertu que notre Seigneur récompense, la vertu qu’Il loue, c’est presque toujours la foi ».

Qu’il faut vivre au présent : maintenant et non dans le passé ou l’avenir.

Dans quelles dispositions êtes-vous parti ?

Je suis parti sans un sou, avec néanmoins tout le nécessaire pour une totale autonomie. Dans mes bagages, j’avais une bible, un PTP (la prière des heures) et de quoi écrire, ainsi que des affaires chaudes car, partant en janvier, deux mois d’hiver m’attendaient.

Je n’avais volontairement prévu aucune de mes étapes et le terme de ma marche lui-même était flou. Le 17 janvier dernier, un dimanche, après la messe à l’église Saint-Sulpice, j’ai quitté Paris, bâton à la main, sandales aux pieds, sac au dos.

Vos difficultés, vos joies ?

Le début est toujours le plus difficile. On a beau le savoir par cœur, on n’y coupe pas. Je me souviens encore me dire : « Mon pauvre vieux, comment peux-tu avoir la prétention d’atteindre ne serait-ce que Saint-Jacques-de-Compostelle ! » Heureusement, le premier Graal est vite arrivé : Vézelay, qui a mis un terme à ce début que l’on dit (avec raison) difficile. Je suis passé ensuite par Sancerre, Châteauroux, Limoges, Sarlat, enfin Rocamadour pour la messe des cendres. Quel beau lieu pour entrer en carême ! J’y ai fait un choix déterminant.

J’étais en effet tiraillé entre vivre totalement en autarcie, « à la scoute », ou me dépouiller presque tout à fait pour être plus nu, plus pauvre, et ainsi ne plus dépendre de moi seul, mais de Dieu, à travers les autres. J’ai pris finalement la décision de ce dépouillement. Grâce à un couple de pèlerins rencontrés, j’ai changé de sac, ne gardant avec moi que mon duvet, ma bible et mon PTP, et pour tout rechange ma polaire et un bas de ski. Cette étape a permis à ma marche de devenir réellement pèlerinage, et ce dépouillement matériel m’a disposé à recevoir de nombreuses grâces.

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Chaîne des Pyrénées, depuis le Gers.

Plus tard, dans les Pyrénées, je me suis dépouillé davantage, en me séparant de mon duvet, non par défi mais toujours parce que j’en ressentais l’appel.

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Pyrénées, col de Bouesou (La Pierre-Saint-Martin).

Quelles ont été ensuite les grandes étapes de votre pèlerinage ?

Je suis arrivé à Saint-Jacques-de-Compostelle fin mars, puis j’ai atteint Fatima.

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Espagne, Cantabrie.

J’ai ensuite quitté l’Algarve portugaise pour l’Andalousie par la Via algarviana. Là-bas, un curé me conduisit au monastère de Jerez, chez d’adorables petites sœurs de Bethléem, où j’ai passé deux merveilleux jours de retraites. Elles ne m’ont pas permis de repartir sans quelques sous pour traverser le détroit.

J’aurais voulu atteindre Tamanrasset, en Algérie, où l’ermite a fini sa vie. Mais à cause du climat actuel, j’ai dû de me contenter du Maroc (pays que traversa Charles de Foucauld deux ans durant, déguisé en rabbin).

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Début de la chaîne du Haut-Atlas, depuis Tattiouine (Maroc).

J’y ai fêté la Pentecôte avec la paroisse française de Tanger. J’ai été frappé par l’accueil que m’ont fait les Marocains, ainsi que par la piété de beaucoup, par leur fraternité aussi. Je trouve leur salutation très belle : Salam Alekoum, « la paix soit avec toi ».

Le 27 mai, je suis arrivé à Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt (monastère de Thibirine délocalisé au Maroc après le martyr des sept moines cisterciens), où les cinq frères cisterciens m’ont réservé un bel accueil. J’y suis resté une dizaine de jours.

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Les cisterciens de Notre-Dame de l'Atlas (Maroc) devant la chapelle Charles-de-Foucauld.

Au terme de cette retraite, je suis remonté en stop jusqu’en France.

Quel était votre rythme quotidien ?

Il était axé sur la prière : laudes le matin, office du milieu du jour et complies ou vêpres le soir. Et pendant la marche, le chapelet. J’ai offert chaque jour de la semaine à des personnes particulières. Le dimanche, aux prêtres, religieux et religieuses, et aux hôtes du chemin. Le lundi, à ma famille. Le mardi, à mes amis chers et à ma faculté. Le mercredi, aux internes du lycée que j’allais retrouver à la rentrée. Le jeudi, à ma troupe scoute et à mon clan routier. Le vendredi, à ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme. Et le samedi, aux défunts.

La journée, je marchais seul, sans savoir où j’allais m’arrêter le soir. Je mendiais ma nourriture et lorsqu’arrivait la nuit, je demandais l’hospitalité. J’étais très heureux de ce quotidien : j’avais la solitude que je cherchais durant la journée, et le soir un peu de chaleur humaine.

Ce pèlerinage a-t-il changé quelque chose en vous ?

Je ne suis pas parti en quête d’une réponse, existentielle ou autre, ni en quête d’un changement radical. Je suis parti avec Dieu, pour essayer de le suivre, et continuer à le chercher. Et aussi pour tenter de devenir meilleur, en essayant de mettre en actes le bel idéal qui m’anime.

Je reviens avec l’assurance de la présence de Jésus 24h/24 à nos côtés, en nous. Je reviens avec une plus grande disponibilité à la volonté de Dieu. Je reviens aussi moins craintif, mesurant davantage la puissance de la prière. Je reviens certain que l’Esprit Saint peut souffler aussi bien sur des chrétiens que sur des musulmans ; certain que les musulmans sont nos frères, et donc enfants de Dieu.

Mais, manifestement, je ne reviens, hélas, pas beaucoup changé. Les défauts sont toujours là, les laideurs de l’âme aussi. Et le monde a vite fait de nous faire oublier toutes les belles choses vécues et découvertes qui élèvent l’âme et nous changent. Alors, il faut lutter pour faire mémoire et vivre en conséquence !

Avez-vous d’autres projets de pèlerinages ?

Oui, deux principaux : Jérusalem et un tour du monde en vieille 204 avec un ami, suivant l’exemple du raid Paris-Saigon de Larigaudie et Drapier. La route continue !


(1) Xavier préfère rester anonyme et nous a demandé de ne pas mentionner son nom.


A lire :

Charles de Foucauld, mon frère, Nouvelle Cité, 180 p., 15 euros

Ce livre, publié par un groupe de petites sœurs et de petits frères de la famille spirituelle de Charles de Foucauld à l’occasion du centenaire de sa mort, propose un choix de textes de l’ermite du désert ordonné par thèmes (beauté, joie, miséricorde, humilité, Nazareth, prière, désert, travail, etc.).

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

sur le traces de Charles de Foucauld

chris39 25/03/2017 à 19:18

Bonjour, je viens de lire ce témoignage de Xavier parti de Paris jusqu'à N.-D. de l'Atlas; un chemin de courage et de persévérance; j'aimerais contacter Xavier afin de prendre quelques renseignements sur cette route. Merci d'avance. Christophe du ... lire la suite

Paru le 2 août 2018

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