Eric Lebrun, compositeur: "Avec l'orgue, j'essaie de traduire ma relation personnelle à Dieu"

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Eric Lebrun : "La première fois que j'ai entendu un orgue, pendant un office, j'ai su que je voudrais un jour en jouer." © Léa Crespil
Eric Lebrun : "La première fois que j'ai entendu un orgue, pendant un office, j'ai su que je voudrais un jour en jouer."
Eric Lebrun : "La première fois que j'ai entendu un orgue, pendant un office, j'ai su que je voudrais un jour en jouer." © Léa Crespil

Interprète inspiré des plus grandes pages de musique sacrée, l'organiste Éric Lebrun vient de composer un album majestueux consacré aux vingt mystères du rosaire.

À propos de l'article

  • Créé le 16/04/2014
  • Publié par :Alice Le Dréau
  • Édité par :Marine Bisch
  • Publié dans Pèlerin
    6681, 16 décembre 2010.

« La musique sacrée, en tant que partie intégrante de la liturgie, participe à la gloire de Dieu et à l'édification des fidèles », précisait, en 1963, le concile Vatican II. Le compositeur et organiste Éric Lebrun met ce principe en pratique chaque semaine, lorsqu'il accompagne la messe à l'église Saint-Antoine des Quinze-Vingts, située à quelques dizaines de mètres de la gare de Lyon, à Paris (XIIe).

L'homme aime prendre de la hauteur. De sa tribune, perchée entre ciel et terre, il couve l'assistance du regard et pourrait presque embrasser les voûtes de pierres grises. « Monter là crée comme une intimité avec Dieu et favorise les élans mystiques », sourit-il.

Si vous l'interrogez sur sa vocation, le quadragénaire au regard azur répondra qu'elle lui est apparue comme une évidence. « La première fois que j'ai entendu un orgue, pendant un office, j'ai su que je voudrais un jour en jouer. J'ai aimé au premier regard cet instrument majestueux, la richesse et la multiplicité de ses sonorités. Le fait qu'il intervienne dans un espace sacré a aussi beaucoup compté. »

Le jeune garçon a 12 ans lorsque, troquant la clarinette pour le clavier, il prend ses premières leçons, qui le mèneront jusqu'au Conservatoire national de musique de Paris : il en sortira lauréat d'un premier prix. À l'âge de 15 ans, il commence à animer, à titre bénévole, des célébrations dans l'église de Bouron- Marlotte, une petite ville du Val-de-Marne.

Et à 22 ans, il devient titulaire de l'orgue de Saint- Antoine des Quinze-Vingts. Chez Éric Lebrun, musique et foi s'accordent au diapason. Musicien liturgique, un sacerdoce ? Accompagner la prière des croyants. Les aider, au fil de la partition, à monter vers le Père. Voilà la mission qu'il accomplit avec grâce... et doigté.

« Il a un vrai don pour créer des atmosphères propices au recueillement, indique, admiratif, le P. Philippe Dumas, prêtre de la paroisse. J'ai travaillé avec beaucoup d'organistes. Rares sont ceux qui, comme lui, réussissent aussi bien à mettre en valeur un texte ou à appuyer les moments importants du rite. »

Laisser toute sa place aux textes bibliques

L'organiste s'engage avec autant de conviction dans son art que dans sa vie de catholique pratiquant. Il participe à la messe en famille, et son épouse, l'organiste Marie-Ange Leurent, rencontrée au Conservatoire, a longtemps été catéchiste.

« Quand il joue, il sait mettre de côté sa virtuosité et laisser toute sa place aux textes bibliques, reprend le P. Dumas. Lors des messes des jeunes, il ne rechigne pas à descendre de sa tribune pour se joindre au groupe et s'installer au piano ou au synthé. Mais je l'ai aussi vu improviser à partir de tout et n'importe quoi. »

Une phrase extraite d'une homélie, un mot, un rai de lumière traversant un vitrail suffisent à l'inspirer... « Prenez garde, si je me mets à vous raconter toute l'estime que je lui porte, il va y avoir des jaloux », s'amuse le prêtre.

Le principal intéressé, lui, n'a de cesse de minimiser l'enthousiasme qu'il suscite : « J'essaie juste de traduire mon propre état intérieur et ma relation personnelle à Dieu, pour les mettre au service de la communauté. En fait, mon rôle consiste à rendre tangibles, à travers des sons, des sentiments impalpables. » Et cela, bien au-delà de sa simple paroisse.

En vingt ans de carrière, des partitions de Maurice Duruflé (200 000 exemplaires vendus de son Requiem, en 1996) à celles d'Olivier Messiaen, de Jean-Sébastien Bach à Dietrich Buxtehude, Éric Lebrun a acquis une belle réputation d'interprète.

De ceux qui comptent dans le métier. Sur les sites d'écoute de musique en ligne Deezer ou i-Tunes, où ses albums sont disponibles au téléchargement, il n'est pas aussi demandé que Lady Gaga et Justin Bieber, mais son nom est un patronyme reconnu des amateurs d'œuvres sacrées.

Comme une suite logique, l'excellent musicien s'est fait compositeur. À son répertoire, des morceaux pour cordes, pour voix et... pour orgues, évidemment. Des créations tour à tour profanes et religieuses, dans lesquelles la foi qui l'anime n'est jamais absente.

« Lorsque j'écris, je ressens la présence du Christ, à mes côtés, avoue- t-il. Il m'accompagne, tel un ami et les notes qui surgissent, sur la partition, forment les mots d'un dialogue que lui et moi entamons. »

Le résultat de leur dernière « conversation » est un album ambitieux consacré aux vingt mystères du Rosaire. Soit vingt épisodes de la vie de Jésus et de la Vierge, mis en musique, où l'orgue, le violon, le violoncelle, la harpe célèbrent la joie, la douleur, la gloire... « C'est frappant comme certains de ces mystères, l'Annonciation ou la Passion par exemple, trouvent des échos dans notre propre existence. »

Nul besoin d’être pieux pour toucher l’auditoire

La beauté de l'art est-elle un chemin vers Dieu ? Ou au contraire nous en détourne-t-elle ? Cette question a longtemps été débattue par les Pères de l'Église. Éric Lebrun a fait son choix.

La musique élève l'âme, confie cet ancien élève du grand Serge Litaize qui, aujourd'hui, transmet à son tour son savoir en enseignant au conservatoire de Saint-Maur (Val-de-Marne).

« Même lorsqu'ils ne sont pas croyants et ont peu de culture religieuse, je ressens chez les jeunes musiciens un désir de profondeur et une quête de spiritualité, qu'ils expriment à travers l'orgue. Surtout, n'y voyez aucun dogmatisme. 80 % du répertoire de l'orgue relève du sacré, mais il n'y a pas besoin d'être pieux pour toucher son auditoire... »

Gabriel Fauré se disait agnostique quand, à l'inverse, Bach insufflait du religieux même dans ses œuvres profanes. L'esprit souffle où il veut.


Le site de Marie-Ange Leurent (l'épouse d'Eric) présente la biographie et le catalogue des œuvres d'Eric Lebrun.


Le Nunc Dimitis, par Eric Lebrun (2004).

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Paru le 18 octobre 2018

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