A Paris, les associations dénoncent les menaces qui pèsent sur la chapelle de l'hôpital Laënnec

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Menaces sur la chapelle de l'hôpital Laënnec © Christophe Petit Tesson/MAXPPP
Menaces sur la chapelle de l'hôpital Laënnec
Menaces sur la chapelle de l'hôpital Laënnec © Christophe Petit Tesson/MAXPPP

A Paris, la chapelle de l'ancien hôpital Laënnec, rachetée par la compagnie d'assurances Allianz, est transformée en salle polyvalente inaccessible au grand public alors qu'elle est toujours affectée au culte. Les associations de défense du patrimoine se mobilisent.

À propos de l'article

  • Créé le 23/03/2011
  • Modifié le 30/07/2014 à 12:00
  • Publié par :Sophie Laurant
  • Édité par :Alice Méker
  • Publié dans Pèlerin
    6695, du 24 mars 2011

Que va devenir la chapelle de l'ancien hôpital Laënnec, au cœur de Paris ? Cette question inquiète de plus en plus les défenseurs du patrimoine. Construite en 1634, cette « chapelle des incurables », classée monument historique, abrite en outre la tombe de son fondateur, le cardinal de La Rochefoucauld (1558-1645) et celle du célèbre ministre de Louis XVI, Turgot (1727-1781), précurseur de l'économie moderne.

L'hôpital a été vendu en 2002 par l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris à un promoteur, la compagnie d'assurances Allianz, qui veut transformer les 4 hectares de bâtiments et jardins en complexe immobilier de luxe. La chapelle devrait devenir une « salle polyvalente ». Depuis 2006, un comité Laënnec-Turgot fédère les protestations.

Sa présidente, Arlette Vidal-Naquet, accuse : « C'est un véritable détournement d'héritage historique ! Au final, seules quelques familles, assez aisées pour acheter ici, en profiteront. Cette chapelle, son mobilier et ses tombeaux constituent un patrimoine jusque-là ouvert à tous, selon la volonté des bienfaiteurs qui ont construit cet hôtel-Dieu pour les plus pauvres. »

Le comité réclame donc le maintien d'un libre accès du monument aux visiteurs, invoquant un double motif juridique : « Les tombes sont la propriété imprescriptible et inaliénable des descendants, personne ne peut leur en interdire l'accès », explique le bâtonnier Alain de la Bretesche, secrétaire général de l'Observatoire du patrimoine religieux, association qui menace d'aller en justice.

« De plus, la chapelle n'a jamais été officiellement désaffectée et a toujours accueilli des messes ouvertes à tous, ajoute-t-il. Elle demeure donc dans le domaine public, selon la loi de 1905. » Ce que confirme l'archevêché de Paris. Le 1er mars, Ysabel de Naurois-Turgot, présidente de la Société des amis de Turgot, a obtenu le droit de visiter les tombes de ses ancêtres.

« Je n'y étais pas retournée depuis 2002, témoigne-t-elle. Quel choc ! La chapelle est saccagée, les tabernacles éventrés, et surtout, les deux tombes de la famille Turgot, sur le sol, ont été recouvertes de béton ! » La société Allianz, elle, dément ce bétonnage dans un courrier récent. Pour l'instant, le ministère de la Culture n'a pas réagi.

Ce nouveau conflit surgit après l'affaire de la mise en vente de l'Hôtel de la Marine, à Paris, et de plusieurs hôpitaux en France. À chaque fois se pose la question du devenir d'un patrimoine commun lorsqu'il passe aux mains d'intérêts privés.

► Signez en ligne la pétition pour que la chapelle de l'hôpital Laënnec redevienne un lieu de culte ouvert au public.

► Témoignages représentants des associations des familles Turgot, La Rochefoucauld et Camus réclament la sauvegarde des sépultures de leurs ancêtres enterrés dans la chapelle Laënnec.



Historique

1634 : le cardinal François de La Rochefoucauld fonde l'Hospice des Incurables. Comme son nom l'indique, il accueille les malheureux atteints de maladies incurables.
1878 : l'Hospice des Incurables devient l'hôpital Laënnec, en l'honneur de ce célèbre médecin français, inventeur du stéthoscope. Il devient un hôpital généraliste.
1997 : l'hôpital Laënnec est classé monument historique. La chapelle de l'hôpital abrite les tombes des fondateurs de l'Hospice des Incurables : le Cardinal de La Rochefoucauld, l'évêque de Belley, Monseigneur Camus et quatre membres de la famille Turgot.
2000 : l'hôpital Laënnec ferme ses portes. Les services sont transférés à l'hôpital européen Georges Pompidou (Paris, 15ème).
2002 : l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris vend l'hôpital Laënnec pour 80,8 millions d'euros à la Cogedim, qui l'a ensuite cédé à la compagnie d'assurances Allianz.
2005 : Le groupe Allianz présente son projet d'aménagement du site Laënnec à la presse. Il veut transformer les 4 hectares de bâtiments et jardins en complexe immobilier de luxe. La chapelle devrait devenir une salle polyvalente.
2006 : Les panneaux de démolition et les permis de construire sont affichés. Le Comité Laënnec-Turgot lance une pétition pour restaurer les sépultures des hommes illustres enterrés dans la chapelle de l'hôpital Laënnec, pour le retour au culte et le libre accès à la chapelle.
Aujourd'hui : les responsables d'associations de défense du patrimoine religieux et des familles ont recueilli 9500 signatures pour la pétition mais ils appellent toujours à la mobilisation.

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Paru le 20 septembre 2018

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