Olivier de Boisgelin, diacre et vigneron : "Dans la Bible, le vin est le signe de la nouvelle Alliance"

agrandir "Noé plantant des pieds de vigne". Mosaïque de la basilique Saint-Marc, à Venise (Italie), XIIIe siècle.
"Noé plantant des pieds de vigne". Mosaïque de la basilique Saint-Marc, à Venise (Italie), XIIIe siècle. © AKG-Images / Cameraphoto
"Noé plantant des pieds de vigne". Mosaïque de la basilique Saint-Marc, à Venise (Italie), XIIIe siècle.
"Noé plantant des pieds de vigne". Mosaïque de la basilique Saint-Marc, à Venise (Italie), XIIIe siècle. © AKG-Images / Cameraphoto

Commentateur régulier de l'Évangile du dimanche dans nos livrets Croire +, Olivier de Boisgelin est diacre et vigneron dans le Var. Deux activités qui se répondent, tant le vin est présent dans la Bible et dans la liturgie.

À propos de l'article

  • Créé le 27/11/2013
  • Publié par :Gwénola de Coutard
  • Édité par :Marine Bisch
  • Publié dans Pèlerin
    6774,du 27/09/12.

Pèlerin : Le vin est présent à plusieurs reprises dans la Bible. Pour dire quoi ?
Olivier de Boisgelin : Dans tout l'Ancien Testament, le vin est d'abord un symbole de la joie que Dieu offre à son peuple. Le vin, c'est un petit plus qui égaye le quotidien, une surabondance par rapport aux besoins primaires de manger et de boire.
La Bible évoque le vin pour la première fois avec Noé. Noé est le pur par excellence, puisqu'il a survécu aux eaux de la mort. Il devient cultivateur, il enracine sa vigne, et tire son premier vin, avec lequel il se soûle et est déshonoré par un de ses fils.
On peut rapprocher cet épisode de celui de la tour de Babel : à vouloir être comme Dieu, à rechercher l'ivresse, on court le risque du péché. Les prophètes Osée, Isaïe, Jérémie et Ézéchiel, notamment, développent la métaphore de la vigne peuple de Dieu, dont prend soin le Dieu vigneron, qu'on retrouve aussi dans le psaume 80 : "Tu as arraché de l'Égypte une vigne ; tu as chassé les nations et tu l'as plantée."

Qu’apporte le Nouveau Testament ?
Dans le Nouveau Testament, le vin devient le signe de la nouvelle Alliance. De Cana à la Cène, avec Jésus, le vin n'est plus seulement la joie, mais le salut qui vient de Dieu. Au cours du repas des noces de Cana, Jésus utilise les cruches d'eau qui ont servi à la purification des convives. En transformant l'eau en vin, Jésus sauve la fête. Tout comme en prenant nos péchés, il sauve l'humanité.

Quel sens prend le vin dans l’eucharistie ?
"Fruit de la vigne et du travail des hommes", le vin représente nos vies, nos fruits, que nous présentons devant Dieu au cours la messe. Même les mauvais raisins, les vinaigres, les ratés, il les prend avec lui, comme dans cette boisson vinaigrée qu'on lui fait boire quand il est sur la croix.
Transformé par la consécration, le vin devient sang du Christ, et nous venons le boire pour qu'il vienne irriguer nos vies. Ce mouvement ascendant-descendant est aussi celui de la sève dans la vigne. Brute, elle monte des racines vers les feuilles, où se produit la photosynthèse, et redescend élaborée. De même, une circulation d'amour est créée par la grâce de Dieu, entre lui et nous.

Le pain et le vin sont au cœur du mystère de l’Eucharistie. En quoi se complètent-ils ?
Le pain, c'est la nourriture nécessaire. Sa fermentation est linéaire, prévisible. Avec le vin, c'est autre chose. Nous le savons bien, nous autres vignerons. Même si nous y mettons les meilleurs paramètres, nous n'obtenons jamais le même vin d'une année sur l'autre.

Nous appelons ça "l'effet millésime". La vinification est toujours un miracle qui nous échappe. Une explosion inattendue de saveurs, verticale, sensuelle. Tous deux, pain et vin, parlent de l'homme, de sa matérialité et de sa spiritualité.

Comment comprendre la phrase de Jésus "Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron" (Jn 15, 1) ?
Les prophètes comparaient déjà le peuple d'Israël à une vigne, et Dieu à un vigneron. En disant "Je suis la vraie vigne", Jésus parle de son incarnation. Dieu a envoyé son fils visiter son peuple : désormais, il est vigne lui-même. Le point de greffe ? C'est Marie ! Et nous sommes ses sarments, qui avons besoin de son sang, de sa sève, pour produire du fruit.

Comment votre travail de vigneron interpelle-t-il votre foi ?
À lire les paraboles où Jésus parle du vin, je me dis qu'il a dû travailler dans des vignes autour de Nazareth ! Le métier n'a pas beaucoup changé. Deux opérations sont pour moi sources d'inspiration.
En hiver, on taille la vigne : on choisit la branche qui va porter le fruit. Et juste avant la maturité des raisins, vers juillet, on coupe les bourgeons terminaux, pour que la sève afflue davantage vers les grappes. J'y vois une invitation à revoir mes priorités, à avoir l'audace de relever le nez du guidon pour me demander où est l'essentiel, le but vers lequel je veux orienter ma vie. Qu'est-ce que je dois couper, adapter, pour que Dieu reste au centre ?

6774 Enquête l'âme du vin

"L'âme du vin", une enquête de 8 pages, à lire dans Pèlerin n°6774 du 27/09/12.

La Bible regorge de références à la vigne et au vin. La culture du raisin fut même longtemps l'apanage des abbayes, chargées de fournir le vin nécessaire à la célébration de l'eucharistie. Un breuvage chargé de symboles et de valeurs auquel la viticulture bio rend aujourd'hui ses lettres noblesse.

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Paru le 20 septembre 2018

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