"Exodus" : le cinéma éclairé par la Bible

Le 24 décembre 2014, Moïse guide son peuple hors d’Égypte, et le public vers les salles obscures dans Exodus, Gods and Kings, de Ridley Scott. Une adaptation de la Bible, qui s’inscrit dans une longue tradition cinématographique.

À propos de l'article

  • Créé le 16/12/2014
  • Publié par :Alice Le Dréau
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6890-6891, du 18-25 décembre 2014

« Quand j’étais petit, chaque année, à Noël, la télévision diffusait Ben Hur. Je regardais le film et trouvais Charlton Heston imposant », se souvient Christian Bale.

Le comédien britannique imaginait-il que, plus de trente ans plus tard, il jouerait une autre grande figure immortalisée par Charlton Heston au cinéma, Moïse ? Dans Exodus, Gods and Kings, de Ridley Scott, en salles le 24 décembre 2014, il incarne le patriarche biblique, enfant hébreu sauvé des eaux et élevé en prince d’Égypte.

Vidéo. Exodus, les 10 commandements de Ridley Scott, Christian Bale et Joel Edgerton. Source : Allociné.

 

Pour se documenter, l’acteur « a relu l’Ancien Testament », mais il est aussi allé piocher dans le patrimoine cinématographique.

J’ai visionné Les dix commandements de Cecil B. DeMille et La folle histoire du monde de Mel Brooks, une parodie du livre de l’Exode.

Vidéo. La bande-annonce des Dix commandements.

 


Jésus a été incarné plus de 320 fois

Les références ne manquent pas lorsqu’il s’agit de marier Bible et cinéma. « 260 films ont été inspirés par l’Ancien Testament, Jésus a, quant à lui, été incarné plus de 320 fois », rappelle le P. Gérard Billon, bibliste, professeur à l’Institut catholique de Paris et cinéphile.

 Vidéo. La bande-annonce de Noé.

 

Outre Les dix commandements (1956), évoqués plus haut, les productions les plus emblématiques s’intitulent L’Évangile selon saint Matthieu, de Pasolini (1964), La dernière tentation du Christ (1988) de Martin Scorsese, La passion du Christ (2004), de Mel Gibson et, plus récemment, Noé, de Darren Aronofsky, sorti en avril 2014. Marie, mère de Dieu, signé Alister Grieson, est annoncée pour 2015, tandis que Will Smith pourrait revisiter l’histoire d’Abel et Caïn cette même année. 

La Bible : un livre fondateur de notre culture

De fait, rien de nouveau sous le soleil de Terre sainte. Le souffle des Écritures a toujours nourri le 7e art et alimenté un genre associé au péplum.

Dès 1897, de nombreuses vies de Jésus ont été portées à l’écran. Pour quelle raison ? Au commencement, essentiellement par souci catéchétique et désir d’édifier le public.

Mais aussi parce que la Bible est « un livre fondateur de notre culture. Une référence commune à une large partie de l’humanité », note le P. Billon.

« L’Ancien et le Nouveau Testament représentent un réservoir de grandes figures et d’histoires qui, non seulement sont riches de rebondissements, mais donnent aussi à penser. Ces récits offrent aux spectateurs, croyants ou non, des réponses aux mystères de leur existence, à la complexité du monde. Ils suscitent la réflexion sur la dimension religieuse de toute vie. » 

Le rapport entretenu en Moïse et Dieu

Rares sont les cinéastes se contentant ainsi d’une « illustration », simplement littérale, du texte sacré. « Pour Ridley Scott, par exemple, le texte d’origine n’est qu’un prétexte, note le P. Billon, à propos d’Exodus… Nous sommes très loin de la Bible. Le cinéaste invente des personnages et des intrigues secondaires. Passe à la trappe certains éléments. D’autres l’ont fait avant lui, on ne peut pas le leur reprocher. Car ce qui intéresse Scott, ce n’est pas une mise en images des Écritures, façon catéchisme illustré, comme a pu le faire l’Italien Franco Zeffirelli dans sa série télévisée Jésus de Nazareth, née d’une demande du pape Paul VI, en 1977. »

On sent que ce qui travaille le réalisateur, c’est le rapport qu’entretient Moïse à Dieu. Moïse est dépeint comme athée, avant de se laisser toucher par le Seigneur, lors de l’épisode du buisson ardent.

A-t-il l’esprit troublé depuis qu’il a chuté dans la montagne ? Pire, est-il un fanatique, à suivre aveuglément les ordres d’un Dieu intransigeant, représenté sous les traits d’un enfant messager ?

Le réalisateur de Gladiator, qui se dit agnostique, aime entretenir le doute chez le spectateur, faisant même de son héros, au départ tout du moins, un chef de guerre plus qu’un guide religieux. Il n’empêche, le questionnement sur la puissance de la foi émerge, noyé sous les effets spéciaux et numériques (le film est en 3D) et les spectaculaires scènes épiques. 

Distinguer respect et fidélité au texte

Pour autant, « un film biblique n’est pas forcément spirituel », note le P. Gérard Billon qui considère avant tout Exodus, Gods and Kings comme « un grand spectacle ».


Face aux adaptations de la Bible, il convient de distinguer respect et fidélité.

Il est des œuvres infidèles au texte mais respectueuses des questions spirituelles (La plus grande histoire jamais contée, de George Stevens, qui transpose la Terre sainte dans le désert californien).

Vidéo. La bande-annonce de La plus grande histoire jamais contée.

 
La plus grande histoire jamais contée - Trailer par enricogay

Des films respectueux du texte mais qui peinent au final à transmettre le message (La Bible, de John Huston). Des films ni respectueux, ni fidèles, à l’image des parodies (La vie de Brian, des Monty Python). 

 Vidéo. Extrait de La vie de Brian.

 

Et puis il y a les films qui ne sont pas à proprement parler bibliques, c’est-à-dire qui ne racontent pas des épisodes des Écritures, mais qui, pourtant, retracent des parcours christiques, des sacrifices rédempteurs, évoquent sous un jour nouveau l’espérance évangélique.

C’est parfois lorsque l’on s’éloigne de la Bible que celle-ci éclaire le mieux les salles obscures.

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Paru le 18 octobre 2018

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