Balades musicales au Mont-Saint-Michel avec les journalistes de Pèlerin

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Balades musicales au Mont-Saint-Michel avec les journalistes de Pèlerin
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Pèlerin vous convie à trois balades en résonance avec Via Aeterna, le festival de musiques sacrées créé par Bayard (1). Rejoignez-nous dans la célèbre baie, à Avranches, Genêts et Villedieu-les-Poêles, pour un week-end d’exception.

À propos de l'article

  • Créé le 11/09/2018
  • Publié par :Gaële de La Brosse, Sophie Laurant & Philippe Royer
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    septembre 2018

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Le chant de la baie

Chant, pèlerinage, découverte de la nature : tel est le programme de cette balade sur le sentier du littoral avec, en ligne de mire, Tombelaine et le mont de l’archange. Rendez-vous à Genêts, entre Avranches et Granville (Manche).

par Gaële de La Brosse

En bas du village, un crochet d’amarrage témoigne de l’histoire de Genêts, qui fut un port important jusqu’à la guerre de Cent Ans. « C’est d’ailleurs l’origine de son nom, précise Anne-Laure ­Falguières, notre guide nature en baie ­pendant cette balade. Genêts vient d’un terme celtique désignant une embouchure, un port. » Au XIVe siècle, les trois mille habitants du bourg s’adonnaient à un commerce florissant. Avant la fondation de Granville, il était le grand port du sud de la Manche permettant de convoyer vin, blé, poissons séchés, étoffes et pierre à chaux.

« Cette ville était également animée par le passage de nombreux pèlerins qui convergeaient ici, par terre ou par mer, avant de traverser la baie, ajoute Vincent Juhel, responsable de projet à l’association Les chemins du Mont-Saint-Michel. Ils arrivaient de partout en France, mais aussi d’Angleterre, d’Italie, d’Allemagne ou d’Espagne. Parmi eux débarquèrent, en 1166, le roi d’Angleterre Henri II et le roi d’Écosse, venus au mont en pèlerinage. » Pour accueillir les miquelots (2), cette ville ­possédait un hôtel-Dieu, dont les vestiges sont visibles sur la place des Halles, et un prieuré rattaché à l’abbaye montoise, devenu l’église paroissiale.

Notre balade partira de cette église dédiée à Notre-Dame. Après y avoir admiré un vitrail contemporain représentant saint Michel terrassant le dragon et les jardins du prieuré récemment restaurés, nous prendrons à notre tour la route, dans l’esprit du pèlerinage. Ce paysage de pleine nature ne nous invite-t-il pas à faire une pause dans notre vie ?

Nous serons donc, le temps d’un après-midi, pèlerins du mont.

Nous serons donc, le temps d’un après-midi, pèlerins du mont. Nous suivrons le sentier du littoral, autrefois arpenté par les douaniers, gardiens de ces côtes si convoitées par les pirates et les contrebandiers.

Le balisage rouge et blanc, accompagné du logo de l’association Les chemins du Mont-Saint-Michel, indique que ce chemin est à présent un sentier de grande randonnée (le GR 223) fréquenté par les miquelots. « Autrefois, explique Olivier Diard, docteur en histoire de la musique, ces pèlerins chantaient, invoquant saint Michel pour l’heure de la mort et la Vierge Marie pour sa protection durant la marche. » Nous aussi, nous ferons monter notre chant, entraînés par Bertrand Lemaire, chef de chœur et compositeur, qui nous proposera un répertoire varié : le Salve Regina, antienne grégorienne dédiée à la Vierge Marie psalmodiée jadis par les pèlerins ; un chant de pèlerinage du Livre vermeil de Montserrat (XIVe siècle) ; une salutation hébraïque pour célébrer la paix ; enfin, le Psaume de la Création, hymne à la vie qui se déploie dans cette baie.

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« C’est ici le paradis du vivant, s’émerveille Anne-Laure Falguières. Les herbus, que nous longerons pendant tout notre parcours, s’étendent sur 4 000 hectares. Y pâturent quelques bovins et surtout des moutons des prés-salés, ainsi nommés parce qu’ils broutent ces herbes immergées lors des grandes marées. C’est aussi un site d’hivernage et de halte migratoire de nombreux oiseaux, tels les bernaches cravants et les tadornes de Belon. »

Un paradis que nous découvrirons au rythme de nos pas, le regard aimanté par le mont de l’archange éclairé d’une lumière irisée, entre ciel, terre et mer. Mais pour l’atteindre, il faudra traverser la baie, passer sur l’autre rive. Franchir les rivières et défier les sables mouvants. Et ça, c’est une autre aventure… un autre pèlerinage !

(1) Éditeur de Pèlerin.
(2) Pèlerins du Mont-Saint-Michel.

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Gaële de La Brosse

Journaliste, spécialiste des chemins de pèlerinage, accompagne cette balade chantée spiritualité & nature, de 2,5 km (aller-retour), samedi 22 septembre, de 15 heures à 16 h 30.




 

À l’écoute des partitions du Mont-Saint-Michel

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La bibliothèque municipale d’Avranches conserve la plupart des ouvrages des moines du mont. Découvrez avec nous, ses manuscrits musicaux.

par Sophie Laurant

Les touristes qui admirent la « Merveille » – deux bâtiments qui s’élèvent au nord, face à la mer – dressée sur son rocher, ignorent souvent qu’un autre trésor du Mont-Saint-Michel, se cache à Avranches (Manche), la ville « d’en face ».

« À la Révolution, près de quatre mille volumes imprimés et manuscrits appartenant aux moines ont été transférés ici, raconte Stéphane Lecouteux, responsable de la bibliothèque municipale d’Avranches. Une soixantaine de manuscrits ont disparu pendant la guerre de Vendée en 1793, et se retrouvent aujourd’hui dans des collections privées ou à la Bibliothèque nationale de France , mais nous en possédons toujours deux cent cinq, essentiellement médiévaux. »

À la fin du Xe siècle, les moines avaient installé un scriptorium pour recopier les précieux textes liturgiques et théologiques dont ils avaient besoin et se constituer leur propre bibliothèque. Entre 1040 et 1090, le scriptorium connaît un premier âge d’or : « La calligraphie est magnifique, s’enthousiasme le conservateur, des décors très colorés apparaissent. » C’est l’époque où la musique commence à être notée : « Des neumes, ces sortes d’accents, apparaissent au-dessus des mots dans un fragment de missel », précise Louis Chevalier qui prépare une thèse sur la liturgie du Mont-Saint-Michel, à l’université de Caen.

Puis, dans un manuscrit un peu plus tardif, un système de notation alphabétique donne les indications pour chanter un chant à la gloire de saint Michel, le patron du Mont. « C’est intéressant, précise le chercheur, car ce système a été imaginé par Guillaume de Volpiano, qui a réformé plusieurs abbayes et a eu une grande influence sur le chant. » Un chant qui résonnera dans la bibliothèque, au cours de notre balade patrimoniale.

De 1133 à 1186, sous l’influence de deux abbés importants venus de l’abbaye du Bec-Hellouin, près de Rouen, de splendides manuscrits enluminés sont produits. En particulier, « un cartulaire qui reprend tous les textes fondateurs du Mont et liste tous les donateurs laïcs depuis la fondation en 965 », explique Stéphane Lecouteux.

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Ce cartulaire est sans doute le plus important manuscrit de la bibliothèque, aussi pour les quatre enluminures pleine page qu’il comporte, dont une représentation du fameux « songe d’Aubert ».

Autre trésor : une chronique universelle où l’abbé Robert de Thorigny a corrigé et annoté de sa propre main le texte de ses scribes. En ce qui concerne la liturgie, les moines du Mont suivent la règle de saint Benoît qui structure la journée : « Comme dans toutes les abbayes bénédictines, tout au long du Moyen Âge, outre les offices des heures, ils assistent à trois messes, dont une très grande partie est chantée par un moine et trois ou quatre répondants, précise Louis Chevalier. Mais, bien sûr, les chants varient localement selon les saints mis à l’honneur. »

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C’est seulement au milieu du XIIe siècle, un peu plus tard qu’ailleurs, qu’apparaissent dans les manuscrits chantés les portées et les notes carrées, ancêtres directes de notre notation musicale.

La splendide salle ancienne de la bibliothèque patrimoniale d’Avranches recèle encore quatre-vingts manuscrits du Xe au XVIIIe siècle qui ont été acquis par les moines auprès d’autres ateliers ou qu’ils ont offerts au Mont en entrant dans les ordres : « Nous avons là tous les domaines du savoir, résume le conservateur : Écritures, exégèse, théologie patristique, liturgie, mais aussi science, histoire, philosophie, les grands classiques grecs et latins… » Une politique de numérisation permet aux spécialistes du monde entier d’accéder à ce fonds tandis que les manuscrits les plus beaux sont présentés à tour de rôle au public au Scriptorial voisin.

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Sophie Laurant

Grand reporter à Pèlerin, accompagnera samedi 22 septembre à 10h30 une visite des trésors du Mont Saint-Michel à Avranches. Bertrand Lemaire, spécialiste de musique médiévale interprétera des partitions de l’abbaye.


Les cloches sonnent toujours deux fois

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La Fonderie Cornille-Havard, à Villedieu-les-Poêles, d’où sont sorties les nouvelles cloches de Notre-Dame de Paris, perpétue une tradition multicentenaire.

par Philippe Royer

“Vous pouvez photographier et filmer comme bon vous semble, mais surtout, ne touchez à rien ! » prévient Fabien, l’un des guides de la saison estivale de la Fonderie Cornille-Havard, à Villedieu-les-Pôeles. Avant de se lancer dans la première démonstration : la sonnerie, avec la grosse cloche qui trône, suspendue à son joug, devant l’entrée de l’atelier de fabrication. «… Martelée… Et à la volée ». Les visiteurs les plus proches de la dame de bronze reculent de quelques pas, tant la vibration est intense.

« Mesdames, Messieurs, nous voici devant un moule… » Bon an mal an, la fonderie Cornille-Havard reçoit quelque 50 000 personnes entre février et novembre (1).

« Mes parents ont ouvert l’atelier à la visite dans les années 1980, peu de temps après l’avoir racheté à la famille Cornille, explique Paul Bergamo, son directeur et propriétaire. L’entreprise avait sérieusement besoin d’être modernisée, les visites ont permis de financer son développement. Cela étant, il est de tradition que la fonte de cloches soit publique. Jusqu’au siècle dernier, les saintiers (2) allaient de villes en villages avec leur matériel, et œuvraient au vu de tous sur le parvis des églises et des cathédrales. La profession ne s’est sédentarisée qu’à partir du milieu de XIXe siècle, mais elle a toujours continué à inviter ne serait-ce que le commanditaire à assister à la coulée de sa cloche », poursuit le maître des lieux.

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Vendredi 21 septembre, Paul Bergamo et Aurélie Minard, sa responsable touristique, guideront eux-mêmes la visite de leur fabrique, organisée par Pèlerin dans le cadre de Via Aeterna. Le lendemain, Cornille-Havard servira de cadre à une création musicale, « De cloches en croches… », jouée par Mikrokosmos, l’un des ensembles vocaux invités par le festival. René Martin, son directeur artistique, a eu un coup de cœur – et nous le partageons – pour ce vaste atelier, qui n’a que très peu bougé depuis sa construction, en 1865, au cœur de la ville manchote, à l’initiative d’Adolphe Havard et de son gendre Léon Cornille.

Le bâtiment abrite une série de fosses, au fond desquelles sont fabriqués, couche après couche, les moules des cloches les plus volumineuses. Un « four réverbère » en brique (à deux foyers et à bois), qui pèse lui aussi ses 143 ans, les domine. Il lui faut au moins sept heures pour atteindre 1 200° C, la température de fusion des lingots de bronze (un alliage de 78 % de cuivre et de 22 % d’étain).

Jusqu’à 13 tonnes de métal en fusion iront ensuite remplir les moules en contrebas, via des canaux en briques réfractaires.

« La technique de base n’a pas bougé depuis des siècles, souligne Paul Bergamo. Les moules, un empilement de couches sur un noyau de briques, sont toujours composés d’argile, de crottin de cheval et de poils de chèvres. On n’a pas trouvé mieux pour contenir le bronze liquide et évacuer progressivement la chaleur. » La modernisation de la fabrication s’est en fait jouée autour de la conception et de l’accordage des cloches.

Luigi Bergamo, le père de Paul, a été le premier à modéliser sur écran le profil de ses créations. Aujourd’hui, chaque cloche d’église ou de carillon qui sort de l’entreprise est d’abord conçue numériquement, en fonction de sa note : gabarit, masse, épaisseur, décorations… « L’écart est maintenant très faible entre la commande et la cloche finie. »

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Le 21 septembre, les visiteurs pourront voir les moules quasi-achevés de trois grosses dames de bronze destinées à la cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Devenues disharmonieuses, celles en place seront descendues du clocher malouin. Elles avaient été fondues en 1894… dans le même atelier de Villedieu-les-Poêles. Autant dire que les murs en ont entendu des cloches sonner !

(1) Rens. : 02 33 61 00 56 ;  www.cornille-havard.fr
(2) L’autre nom pour les fondeurs de cloches.

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Philippe Royer

Grand reporter à Pèlerin accompagnera la visite de la fonderie, vendredi 21 septembre, à 15 heures.

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Paru le 15 novembre 2018

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