"Le Pèlerin" dans la guerre

agrandir Debout les morts, dessin de Damblans paru dans Le Pèlerin du 9 mai 1915.
Debout les morts, dessin de Damblans paru dans Le Pèlerin du 9 mai 1915. © D.R.
Debout les morts, dessin de Damblans paru dans Le Pèlerin du 9 mai 1915.
Debout les morts, dessin de Damblans paru dans Le Pèlerin du 9 mai 1915. © D.R.

La mobilisation, le 1er août 1914, interrompt la publication du pèlerin et celle de 45 titres de la Maison de la Bonne Presse. La majorité du personnel masculin est partie sous les drapeaux, soit 102 ouvriers de l’imprimerie sur 172. Seuls restent les anciens et les apprentis. Le pèlerin ne reparaîtra qu’à la Toussaint 1914.

La guerre, on ne l’a pas vraiment vue venir dans les pages du Pèlerin. Le 5 juillet 1914, une demi-colonne, sans même un titre, annonce l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc autrichien François-Ferdinand. Le numéro du 2 août 1914, bouclé quelques jours plus tard, ouvre sur un portrait du cardinal légat du pape au Congrès eucharistique qui vient de s’achever à Lourdes.

Puis la publication est brutalement interrompue. Plusieurs imprimeurs du Pèlerin ne vont malheureusement pas attendre sa reparution, à la Toussaint, pour tomber au champ d’honneur. Deux rotativistes, Louis André, 29 ans, et Henri Manceau, 25 ans, sont tués à trois jours d’intervalle, les 23 et 26 septembre 1914, à la fin de la bataille de la Marne.

Albert Aerts, chef d’équipe sur la rotative couleur, 41 ans, tombe quant à lui en Belgique, près d’Ypres, en mai 1915, deux mois après le tout jeune Henri Péchon, 19 ans, mort d’épuisement.

►Photo. Sur la couverture du 19 novembre 1916, deux poilus lisent Le Pèlerin dans une tranchée.

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Parmi les cinquante morts de la Bonne Presse pendant la Grande Guerre, une dizaine travaillait au Pèlerin. Parmi eux, Julien Le Liboux, prêtre assomptionniste. Ce dernier prend la direction du journal après la mobilisation. Réformé, pour cause de santé très fragile, il est renvoyé aux armées en 1917, après une campagne de réévaluation des exemptés où l’anticléricalisme joue un rôle important.

Cantonné à des tâches auxiliaires, il devient gardien des prisonniers allemands qui travaillent aux champs en plein hiver 1918, à Larchant (Seine-et-Marne). Il y contracte une pneumonie dans le vent, le froid et la pluie. Une méningite l’emporte à l’âge de 37 ans, le 28 juin 1918, à l’hôpital 272.

Cet hôpital auxiliaire est installé entre août 1914 et février 1919, dans les locaux mêmes de la Maison de la Bonne Presse. À l’étage exact où travaillait la rédaction du Pèlerin en 2008, avant de déménager à Montrouge.

Fait insolite dans cette époque anticléricale : Julien Le Liboux et un autre religieux assomptionniste, Raphaël Rétaud, 36 ans, rédacteur en chef d’une revue de la Bonne Presse, figurent au Panthéon… sur la plaque des écrivains morts pour la France.


►Vidéo. 14/18 : les dessins de presse comme armes de guerre. Source : Culturebox

 

Le Pèlerin, comme le journal La Croix, ont insisté tout au long de la guerre sur le rôle endossé au front par les prêtres, religieux et religieuses. Le quotidien publie chaque jour les noms de ceux qui y sont tués. Les deux journaux combattaient ainsi ce qu’ils appelaient la « rumeur infâme ».

En effet, les journaux anticléricaux avançaient que le pape aurait voulu la guerre pour punir la France laïque et que les « curés » étaient tous « planqués », « embusqués », bien à l’abri, à l’arrière. Les titres des rubriques récurrentes du Pèlerin traduisent les préoccupations prioritaires du journal. Par exemple : « La foi de nos soldats » ou « Le clergé dans la guerre ».

Pas un numéro où l’action des aumôniers militaires et des prêtres combattants ne soit valorisée. On multiplie les photos de chapelles improvisées ou de messes célébrées dans des conditions improbables.

Jusque dans les tranchées, grâce à l’un de ces autels portatifs dont les lecteurs du Pèlerin et de La Croix ont financé par souscription plus de 10 000 exemplaires. Sans compter les 18 000 colis de linge d’autel, vin de messe, cierges et 80 millions d’hosties expédiés tout au long de la guerre !


►Photo. Couverture du Pèlerin n° 2003, daté du 15 août 1915, représentant Notre-Dame des Tranchées.

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Réalisé pendant les quatre années de la guerre avec une grande économie de moyens, Le Pèlerin n’est pas en mesure de suivre avec précision les épisodes successifs du conflit ni de publier de commentaire d’ordre politique ou stratégique.

Même si elle est parue intégralement, la proposition de paix adressée aux belligérants par le pape Benoît XV, en août 1917, ne fera pas l’objet de la moindre ligne de commentaire. La guerre est pourtant omniprésente dans le journal, où l’on ne trouve pratiquement aucun autre sujet d’information que le conflit.

Il faut par exemple attendre janvier 1918 pour lire quelques articles substantiels sur la révolution bolchevique et sur celui que Le Pèlerin appelle « l’émissaire boche Lénine ». On y apprend que l’Allemagne a facilité son transfert de la Suisse vers la Russie.

Chaque semaine, les lecteurs trouvent dans leur journal deux pages de photos des différentes lignes du front avec, parfois, un espace blanc, la censure militaire ayant supprimé une photo ou un paragraphe dans un article.

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Paru le 2 août 2018

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