Ira t-on tous au paradis ?

Ira t-on tous au paradis ?

"On ira tous au paradis"... Vraiment ? Notre journaliste Estelle Couvercelle a mené son enquête...

En 1972, le chanteur Michel Polnareff prophétise l’accès universel au paradis. « Qu’on soit béni ou qu’on soit maudit, on ira. Tout’ les bonn’ sœurs et tous les voleurs. Tout’ les brebis et tous les bandits, on ira tous au paradis. […] Avec les saints et les assassins, les femmes du monde et puis les putains. On ira tous au paradis, mêm’ moi… »

 

Ainsi, en pleine période hippie, la France communie en fredonnant en chœur ces paroles signées Jean-Loup Dabadie. Mais au juste, ça se trouve où le paradis ? Et pourra-t-on vraiment tous y entrer ?

Du persan pardēz, qui signifie « jardin clos », le paradis fait référence, dans la Genèse, au jardin d’Éden, à ce lieu où Adam et Ève vivaient avant d’en être chassés pour avoir mangé la pomme de l’arbre de la connaissance. Dom Calmet, exégète du XVIIIe siècle, raconte les tentatives pour localiser le site : sur la Lune, sous le pôle Arctique, « dans la Tartarie, là où est la mer Caspienne », en Terre de Feu, dans le Levant, sur les bords du Gange ou au Sri Lanka… Certains ont même pensé que le nom des Indes venait du terme « Éden » !

Impossible pourtant de localiser ce fleuve qui « sortait d’Éden pour irriguer le jardin ; puis il se divisait en quatre bras » (Gn 2, 10). Mais d’autres pistes sont à explorer dans le Nouveau Testament, même si le mot « paradis » n’y apparaît que… trois fois.

Dans l’Évangile de Luc, Jésus sur la croix promet au bon larron d’y entrer avec lui (Lc 23, 43). Dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, saint Paul se décrit comme ayant été « emporté au paradis » (2 Co 12, 4). Enfin, dans ­l’Apocalypse, à celui qui combat au côté du Christ est promis de « goûter l’arbre de la vie qui est dans le paradis de Dieu » (Ap 2, 7). Le paradis semble donc davantage une promesse de vie éternelle qu’un jardin luxuriant.

Interrogé, le prêtre sulpicien Pierre de Martin de Viviès confirme l’existence du paradis. En bon guide spirituel, Jésus a balisé le chemin en nous invitant à suivre ses deux commandements : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

« Nul besoin d’un prix Nobel de théologie pour y parvenir ! » plaisante le prêtre. Néanmoins, l’enseignant à la Faculté de théologie de Lyon (Rhône) précise que tout le monde n’y entrera pas : « Dieu aime trop l’humanité pour lui imposer le paradis. Il nous dit juste : “La porte est ouverte, voulez-vous y entrer ?” »

Michel Polnareff ne nous aurait-il pas tout dit ? « L’accès au paradis est ouvert à tous. Nul besoin de réservation. Il n’y a pas un nombre de places ni d’examen de passage limité », selon le prêtre. Or, parmi les hommes, certains déclinent l’invitation du Christ. Ils préfèrent emprunter d’autres chemins, à leurs risques et périls, « par orgueil, par intolérance ou encore par goût de la violence », précise le P. Pierre de Martin de Viviès, en se référant à la parabole des invités aux noces royales (Mt 22, 1-14), « car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus ».

Pas de paradis pour ceux qui refusent l’invitation du Christ ! « Ceux-là finiront par se perdre dans la géhenne de feu, une sorte d’incinérateur universel », selon le théologien lyonnais… Mais ce dernier se veut rassurant : « Il n’est pas nécessaire de passer de vie à trépas pour expérimenter le paradis. » À force d’amour, de bonté et de partage, promis, on vivra tous au paradis, même vous !

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Paru le 15 novembre 2018

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