Hôpital Saint-Louis de Jérusalem : une oasis dans la tourmente

agrandir Wallid, infirmier palestinien, avec un patient israélien.
Wallid, infirmier palestinien, avec un patient israélien. © Alexander Turnbull
Wallid, infirmier palestinien, avec un patient israélien.
Wallid, infirmier palestinien, avec un patient israélien. © Alexander Turnbull

L’hôpital Saint-Louis-des-Français, à Jérusalem, est un lieu unique de rencontre et de réconciliation. Juifs, chrétiens et musulmans s’y retrouvent, enfin apaisés, pour, souvent, franchir la dernière étape de leur vie. Reportage dans ce lieu de paix, juste avant Noël.

Depuis quelques jours déjà, un sapin richement décoré orne le couloir de pierre menant aux différents services de l’hôpital. Il trône sur la table où sont habituellement disposées les bougies allumées chaque fin de semaine, à l’occasion du shabbat.

À l’hôpital Saint-Louis de Jérusalem, plus qu’ailleurs, les fêtes de fin d’année ont une saveur particulière. D’autant que cette année, Noël est précédé de quelques jours par Hanouka, la fête juive des Lumières.

L’occasion pour le personnel et les patients, chrétiens, juifs et musulmans, de célébrer ensemble ce temps de paix et de partage. Sœur Monika Dullman, la directrice des lieux, résume avec humour l’agenda des festivités :


Nous fêtons en même temps Noël et Hanouka. Le père de l’une de nos patientes vient d’abord faire la bénédiction des Lumières, puis nous chantons tous ensemble le Douce nuit et pour finir, nous mangeons des gâteaux ! Les fêtes musulmanes se promènent dans l’année et ne tombent pas toujours au même moment.

Véritable îlot de paix et de réconciliation dans un pays et une ville en conflit permanent, l’hôpital Saint-Louis est un lieu à part.

 Galerie de photos. L'hôpital Saint-Louis de Jérusalem.

 
Notre Dame hotel and Hopital Francais St... par Shalva1948

Un territoire sur lequel patients et personnel médical de toutes confessions et origines cohabitent, loin des affrontements qui déchirent, depuis plus de soixante ans, Israéliens et Palestiniens.

Fondé en 1851 par le consulat français, l’établissement est tenu, depuis ses origines, par les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, l’une des premières congrégations féminines implantées en Terre sainte.

Sa vocation : accueillir et soigner tous ceux qui se présentent, sans distinction de religion ou de catégorie sociale. À la fin du XIXe siècle, l’hôpital, à l’étroit dans la vieille ville, prend ses quartiers définitifs face aux murailles dorées de la cité, dans un bel édifice de pierres blanches ayant appartenu au Patriarcat latin de Jérusalem.

En 1949, en pleine guerre d’indépendance, cette situation géographique vaut à l’établissement de se retrouver sur la « ligne verte » qui, jusqu’en 1967, coupe la ville en deux.

« Nous sommes la maison à la frontière, rappelle sœur Monika. Et même si aujourd’hui ces frontières n’existent plus au plan politique, elles perdurent dans les cœurs. Nous sommes donc un pont. »

Un endroit où la politique n’a pas sa place

Avec le temps, l’hôpital s’est spécialisé dans le soin des malades en fin de vie. Israéliens et Palestiniens, chrétiens, juifs ou musulmans viennent y finir leurs jours, enfin réconciliés.

Lorsque l’on s’interroge sur les relations que les cinquante malades entretiennent entre eux, sœur Monika part d’un grand rire :

Vous savez, ici, il n’y a pas de problèmes entre Palestiniens et Israéliens, juste des problèmes de fenêtres ouvertes ou fermées. Voilà le plus important dans la vie quotidienne de l’hôpital.

Les familles des patients apprennent elles aussi à se côtoyer, parfois pendant plusieurs mois. Au chevet des êtres chers qu’elles sont venues veiller, les langues se délient, les cœurs se rapprochent.

Sœur Monika aime à raconter les liens uniques qui se tissent à la faveur de ces moments souvent douloureux. « Il y a, par exemple, ce papa musulman qui vient voir sa fille tous les jours. Chaque matin, en arrivant, il fait d’abord le café pour la voisine de chambre juive, parce que lui seul sait le faire comme elle l’aime. Il y a aussi cette jeune femme juive orthodoxe qui venait de perdre sa mère et qui s’est jetée dans les bras de la religieuse bénédictine présente à ce moment. »

Des histoires comme celle-là, la directrice de l’hôpital pourrait en conter des dizaines.

Quand les gens sont malades, ils s’aperçoivent qu’il n’y a pas de différence

résume-t-elle. L’équipe soignante, composée d’une vingtaine de personnes, est pour beaucoup dans cette atmosphère fraternelle. Elle est l’âme de l’établissement. « Nous avons en permanence besoin les uns des autres, nous devons donc apprendre à travailler ensemble, explique sœur Monika.

Il y a en ce moment dans l’hôpital un médecin juif, récemment installé en Israël, qui ne parle pas encore bien hébreu, alors c’est l’infirmier palestinien qui va traduire. Personne ici ne parle toutes les langues des patients, il faut donc se faire aider. »

Wallid travaille à l’hôpital Saint-Louis comme infirmier, depuis maintenant cinq ans. Habitant de Ramallah, une grande ville palestinienne située à une quinzaine de kilomètres au nord de Jérusalem, il brave chaque matin les aléas d’une circulation dense, souvent perturbée par la fermeture des points de passage entre Israël et la Cisjordanie.

« Dans le meilleur des cas, dit-il, je mets vingt-cinq minutes pour arriver jusqu’ici. Mais parfois, cela peut prendre plus d’une heure. » Pourtant, la concorde qui règne dans l’établissement lui fait oublier les désagréments du trajet.

« C’est un plaisir de venir travailler car c’est sans doute un des seuls endroits de la région où la politique n’a pas sa place ! Nous n’en parlons jamais entre nous. Ici, on se sent comme à la maison, en famille. »

Une initiative exemplaire de réconciliation

Autre particularité de l’hôpital Saint-Louis : il accueille une équipe de vingt-cinq bénévoles, venus du monde entier. Charles, jeune Français de 22 ans, fait partie des nouveaux, recrutés pour six mois.

« Dans le cadre de mes études, j’avais le choix entre faire un stage de conseil en stratégie dans une entreprise ou m’engager dans du volontariat, explique cet étudiant en école de commerce. Je me suis dit qu’on ne perdait jamais à donner et je suis parti à Jérusalem, une ville dans laquelle je rêvais de retourner, vivre une expérience unique. »

En 2007, l’hôpital a reçu le Mount Zion Award, prix prestigieux qui récompense chaque année une initiative exemplaire de réconciliation en Israël. Sœur Monika, elle, a été décorée en 2009, en Allemagne, son pays d’origine, de la Légion d’honneur de la main du président Horst Köhler. A-t-elle l’impression de contribuer à la paix ?

« Disons que les soignants et les proches des malades qui se croisent ici ne sont plus les même en ressortant : ils ont rencontré l’autre, qu’ils ne connaissaient pas. Dans ce pays, tant de gens vivent les uns à côté des autres, sans jamais se mélanger ! C’est terrible, car lorsque l’on se rencontre vraiment en tant qu’êtres humains, il devient plus difficile, ensuite, de se radicaliser… »

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Paru le 6 décembre 2018

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