Vianney : "J'aime me sentir utile"

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© Anthony Micallef/haytham-Rea
Vianney : "J'aime me sentir utile"
© Anthony Micallef/haytham-Rea

Chanteur à textes, sacré aux Victoires de la musique 2017 pour son titre Je m'en vais, Vianney est également connu pour son grand cœur. Pour Pèlerin, il fait partager son credo de la générosité.

À propos de l'article

  • Publié par :Propos recueillis par Eyoum Nganguè
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7000 du jeudi 26 janvier 2017

Après le succès de votre premier album en 2014, Idées blanches, le deuxième est sorti fin 2016, Vianney. Vous êtes un homme pressé ?

Pour moi qui ai 25 ans, deux ans, c’est long ! Je n’ai rien calculé. J’ai juste continué mon travail d’écriture et, lorsque je me suis senti prêt, j’ai sorti ce deuxième album. Je suis content, car il est très bien accueilli par le public.

L’homme et l’âme, l’une des chansons de votre nouvel album, a une histoire particulière.

Je souhaitais écrire sur les attentats mais je peinais à trouver des mots sur cette horreur. Un matin, j’ai eu une sorte de déclic et cette phrase m’est venue : « Si l’âme est chère à l’homme, souvent l’homme chérit la lame. » Ce même jour, le P. Hamel était assassiné à Saint-Étienne-du-Rouvray. Ce drame m’a donné la force d’aller au bout de cette chanson que je dois et dédie au P. Hamel.

En des moments aussi difficiles, la musique a donc une partition à jouer !

Oui. Lorsqu’elle génère de l’émotion heureuse, par les harmonies et les paroles, la musique peut apaiser les cœurs. Elle contribue en cela à nous détacher de ces émotions douloureuses qui ont durement affecté la France.

Et puis, tout à coup, la foi nous rappelle que d’autres choses sont belles et que l’espoir est immense

La foi permet aussi de surmonter ces épreuves.

Quand on se sent profondément appartenir à un pays qui a été visé plusieurs fois par les attentats, on se sent personnellement concerné par les drames qui le touchent. À ces moments-là, on peut être tenté par le rejet de l’autre. Et puis, tout à coup, la foi nous rappelle que d’autres choses sont belles et que l’espoir est immense, notamment grâce à la certitude qu’il y a une vie après la mort. Cette espérance permet de survivre aux tragédies nationales de ce genre.

Pour la première date parisienne de votre tournée, vous vous produisez au Bataclan. Un symbole ?

Comme tous les artistes qui ont choisi d’aller chanter dans cette salle après le 13 novembre 2015, ma démarche est de rendre hommage à ceux qui y ont perdu la vie. C’est ma manière de construire là où certains ont voulu détruire. Pour montrer que nous devons passer à autre chose, sans effacer le souvenir de ce qui a eu lieu.

Vous tendez aussi la main aux plus démunis.

Depuis quelques années, je participe à l’opération « Hiver solidaire » organisée par l’Église catholique à Paris. Elle consiste à passer du temps avec les sans-abri. Dîner, mais également dormir avec eux dans les paroisses qui les accueillent pour leur éviter le grand froid de l’hiver et rompre leur isolement.

C’est ma manière de construire là où certains ont voulu détruire


Qu’est-ce qui a poussé le jeune passionné de mode et de musique que vous êtes à vous engager ?

Depuis tout petit, mes parents m’ont sensibilisé à la solidarité. Lorsque j’ai lu dans le bulletin de ma paroisse que l’Église était en quête de volontaires, je n’ai pas hésité. C’était une occasion pour moi de donner un peu de mon temps à une belle cause.

Cet engagement est-il pour vous un acte de générosité ?

Je ne me sens pas du tout généreux d’être aux côtés des sans-abri. Au contraire, j’ai le sentiment de recevoir plus que je ne donne. Échanger avec ces exclus, qui ont une vie si différente de la mienne, m’enrichit. Il est étonnant de voir comment ces gens qui n’ont rien sur le plan matériel ont tellement à nous donner en matière d’humanité. Ils me parlent de leurs problèmes quotidiens : maladies, puces, incertitudes par rapport à l’avenir… Leur force de caractère permet à des gens comme moi de relativiser toutes les situations. Ma satisfaction, c’est aussi de me sentir utile, à ma modeste échelle.

Pour écouter l’autre, donner comme vous le faites, ne faut-il pas avoir beaucoup reçu soi-même ?

Nous oublions souvent que nous, Occidentaux, Français, sommes privilégiés au regard de ce qui se passe dans d’autres régions du monde. Nous avons accès à un confort, une éducation que d’autres n’auront jamais. En plus de cela, j’ai la chance d’avoir des parents qui s’aiment, une famille soudée et unie qui m’a soutenu dans tout ce que j’ai entrepris. Des amis dont les parents ont divorcé n’ont pas eu le même parcours que moi. C’est avec sérénité et facilité que j’ai pu me consacrer à des choses que j’aime faire et c’est ce que je souhaite permettre à d’autres par mon engagement caritatif.


On ne peut pas être généreux avec les autres sans être généreux avec soi-même

En tant qu’artiste, comment s’exprime votre générosité ?

Mes chansons ne sont miennes qu’au moment où je les écris dans l’intimité de ma chambre. Ensuite, elles n’appartiennent qu’au public. Lors des concerts, celui-ci est d’autant plus réceptif s’il a le sentiment que l’artiste se donne au maximum tout en faisant attention à ce qui se passe autour de lui. Communier avec son public suppose aussi d’être à son écoute, d’adapter sa prestation à la manière dont il réagit et de répondre à ses attentes.

Votre passé de scout vous a-t-il préparé à cette générosité ?

Le scoutisme, c’est l’anti-individualisme par essence. Pour un jeune ayant grandi à Paris, au milieu d’immeubles, ce mouvement m’a apporté la connaissance de la nature et le sens de l’intérêt collectif, antichambre du partage. Pour moi, les scouts sont des rebelles. Ils se préoccupent peu de ce qu’on peut penser d’eux.


C’est cela qui vous a poussé l’année dernière à partir seul à vélo en Allemagne ?

À 18 ans déjà, j’étais allé à Jérusalem en stop. Quelques années plus tard, j’ai rallié l’Angleterre et la Suède à vélo. En août 2015, quand j’ai fait Paris-Berlin seul à bicyclette pendant dix jours, c’était pour assurer la promotion de mon album en Allemagne. J’ai besoin de ces défis personnels, physiques et psychiques en solo. Ils me permettent de prendre le temps de la réflexion. Je dors à la belle étoile, je pédale à mon rythme. Ces aventures m’apportent beaucoup et sont un véritable moyen de raffermir ma foi. Une démarche individualiste que j’assume…

Comme un besoin d’être généreux avec vous-même ?

Oui, car je pense qu’on ne peut pas être généreux avec les autres sans être généreux avec soi-même. Ce serait pervers. Quand on donne aux autres, il faut vraiment y prendre du plaisir, sinon il me semble que cela serait sans intérêt.

Vous n’invitez donc pas tout un chacun à la générosité ?

Chacun a ses valeurs. Je sais ce que je veux et où je vais. En bon chrétien, je laisse chacun libre de croire en ce qu’il veut et de s’engager comme il peut. Pour moi, ce serait déjà beaucoup si chaque être humain pouvait recevoir un peu d’amour. C’est pour cela que mes chansons sont teintées d’optimisme.

Nous fêtons le 7000e numéro de notre journal. Vous sentez-vous Pèlerin ?

Félicitations pour le travail accompli par votre magazine jusqu’à aujourd’hui. Depuis mon enfance, je l’ai croisé à d’innombrables reprises. Par son nom déjà, il exprime ce besoin qu’a tout chrétien d’aller à la rencontre de Dieu. Pour cela je n’hésite pas à dire que tout chrétien devrait se dire « Je suis Pèlerin ! »

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Paru le 15 novembre 2018

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