Une femme dans un sous-marin nucléaire

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Harmonie, enseigne de vaisseau de 1ère classe, défile sur les Champs-Élysées pour le 14-Juillet © Bruno Lévy
Harmonie, enseigne de vaisseau de 1ère classe, défile sur les Champs-Élysées pour le 14-Juillet
Harmonie, enseigne de vaisseau de 1ère classe, défile sur les Champs-Élysées pour le 14-Juillet © Bruno Lévy

Harmonie est l'une des quatre premières femmes admises dans un sous-marin nucléaire, - le Vigilant -, elle explique pourquoi elle a choisi cette voie.

À propos de l'article

  • Créé le 13/07/2018
  • Publié par :Frédéric Niel
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7077 du19 juillet 2018

Difficile d'être l'une des premières femmes embarquées dans un sous-marin de la marine nationale ! Moins à cause de la promiscuité avec un équipage d'hommes dans un espace confiné, pendant plus de deux mois et demi, que des interviews auxquelles Harmonie, 27 ans, enseigne de vaisseau de première classe (équivalent de lieutenant), doit répondre depuis sa première mission. Surtout quand l'entretien se fait la nuit sur les Champs-Élysées, où elle s'entraînait à défiler pour le 14-Juillet, sous le regard goguenard ou envieux de ses camarades alignés à côté...

Après le lycée militaire d'Aix-en-Provence comme élève boursière, j'ai fait math sup et math spé avant d'intégrer l’École navale.

Harmonie décrit un parcours presque naturel vers le large : "Après le lycée militaire d'Aix-en-Provence comme élève boursière, j'ai fait math sup et math spé avant d'intégrer l’École navale". Elle en sort avec le sabre de marine argenté qu'elle tient en main. Sa carrière d'officier ingénieure commence par trois ans sur une frégate anti-aérienne, à la tête d'une équipe de pompiers et de mécaniciens, tous masculins. Dans l'océan Indien, ils éloignent les pirates somaliens et surveillent les zones sensibles comme le canal de Suez ou le détroit d'Ormuz. Dès que l'opportunité se présente, elle se porte volontaire – comme l'est tout membre d'équipage d'un sous-marin – pour embarquer à bord du Vigilant.

Il n'y a pas eu de choc psychologique à mon arrivée, car j'ai vécu avec l'équipage à terre avant de partir en mer.

Car en 2014, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, brise l'ultime tabou de la séparation des sexes dans la marine et "ouvre les portes" – si l'on peut dire – des sous-marins aux femmes. Jusqu'ici, on justifiait leur absence par des arguments plus ou moins scientifiques : taux d'azote incompatible avec leur métabolisme, etc. Ou par la jalousie possible des épouses de sous-mariniers restées à terre.

"Il n'y a pas eu de choc psychologique à mon arrivée, car j'ai vécu avec l'équipage à terre avant de partir en mer", explique Harmonie. La promiscuité n'est pas un problème : ces femmes étant officiers, chacune a droit à une cabine.

Harmonie, en vraie ingénieure, est attirée par la complexité technique du sous-marin, "comparable à celle d'une station spatiale", dit-elle. De l'usine à oxygène au dispositif de décarbonatation – qui rejette le CO2 toxique -, en passant par la banale rouille sur la coque qui se soigne d'un coup de peinture, les entrailles du navire n'ont plus de secret pour elle.

J'étais attirée par la mission de dissuasion.

"J'étais aussi attirée par la mission de dissuasion, essentielle pour la sécurité du pays", ajoute-t-elle. Un sous-marin lanceur d'engin (SNLE) tient en effet un rôle clé dans la riposte française à une menace extérieure. Pour l'assurer, il y a toujours au moins un SNLE en mer, prêt à lancer ses missiles intercontinentaux à charge atomique. Il doit être indétectable, silencieux, en plongée constamment. Ce qui limite, du coup, les communications entre les marins et leurs familles... Pour garder le moral, des cadeaux des proches sont stockés à bord et remis chaque semaine aux marins. "Mon conjoint m'avait préparé des romans". Dont Croc-Blanc, où Jack London évoque les grands espaces du Nord, très loin des vingt-mille lieues sous les mers parcourues dans une boîte en fer par Harmonie...

Son meilleur souvenir ? "En rentrant à Brest, l'officier chargé d'ouvrir le panneau m'a invitée à sortir juste après lui à l'air libre, avant même les fumeurs qui attendaient cela depuis des mois". A terre, chacun reprend ses addictions. Pour elle, c'est le téléphone portable. Jusqu'à la prochaine mission, où elle fermera toutes les écoutilles pour replonger dans cet étrange voyage silencieux.

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Paru le 2 août 2018

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