Saint Paul VI : la canonisation du pape oublié

agrandir 5 juin 1964, Paul VI célébre une messe à la basilique de l'Annonciation, à Nazareth. Première visite d'un pape en Terre sainte.
5 juin 1964, Paul VI célébre une messe à la basilique de l'Annonciation, à Nazareth. Première visite d'un pape en Terre sainte. © AFP PHOTO / EPU FILES
5 juin 1964, Paul VI célébre une messe à la basilique de l'Annonciation, à Nazareth. Première visite d'un pape en Terre sainte.
5 juin 1964, Paul VI célébre une messe à la basilique de l'Annonciation, à Nazareth. Première visite d'un pape en Terre sainte. © AFP PHOTO / EPU FILES

Artisan du concile Vatican II, Paul VI a contribué à faire entrer l'Église dans la modernité. Par sa canonisation, le 14 octobre, le pape François rappelle la foi d'un souverain pontife serviteur.

À propos de l'article

  • Créé le 09/10/2018
  • Publié par :Christophe Henning
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7089 du 11 octobre 2018

Les synodes sont un temps favorable pour Paul VI, lui qui, au lendemain du concile Vatican II, institua la démarche synodale. Ainsi, en 2014, lors du premier synode sur la famille, le pape signataire de l'encyclique Humanae vitae était béatifié. Ce dimanche 14 octobre, quarante ans après sa mort, Paul VI – qui créa les Journées pour la jeunesse dans son diocèse de Rome en 1966 – sera canonisé par le pape argentin, au beau milieu du synode pour les jeunes, ouvert le 3 octobre. Un juste retour des choses pour ce pape oublié. Austère, timide, concurrencé par la bonhomie de Jean XXIII et écrasé par la stature de Jean-Paul II, saint Paul-VI est mal connu. et pourtant : pape de la modernité, il a profondément dessiné l'Église universelle d'aujourd'hui.

Artisan infatigable de Vatican II

Sans Paul VI, Bergoglio ne serait peut-être pas devenu pape. Paul VI, c'est l'artisan infatigable de Vatican II dont la barque fut secouée à la mort de Jean XXIII : les résistances étaient puissantes, et le concile aurait pu ne pas se poursuivre.

Leemage.fara06208

Lors de son voyage en Terre sainte, Paul VI se rend à Capharnaüm, en Galilée, au bord du lac de Tibériade. ©Farabola/Leemage

Au-delà des réformes, Paul VI est aussi l'homme des symboles. Il est le premier pape qui voyage et prend l'avion pour l'Inde, les Philippines, la Colombie ; le premier pape à Jérusalem ; le premier à la tribune des Nations unies. Paul VI remise la lourde tiare au musée, abandonne la "sedia gestatoria" – la chaise à porteurs – ouvre le dialogue œcuménique, institue la messe célébrée face au peuple et en langue vernaculaire… Ce qui n'empêche pas ses détracteurs d'accumuler les reproches : Paul VI, c'est aussi le refus de la contraception artificielle, la rupture avec les traditionalistes de Mgr Lefebvre, la crise des vocations et la chute de la pratique catholique…

Keystone.ka10572bis_017

Paul VI accueille le patriarche Athénagoras au Vatican, le 27 octobre 1967. © Keystone-France/Gamma-Rapho 

Nul doute que les années 1960 furent un tournant dans l'histoire de l'Église. Qui mieux que Paul VI pouvait comprendre cette décennie de toutes les mutations ? Né avec le siècle ou presque, le 26 septembre 1897, le jeune Giovanni Batista Montini est le fils d'un chrétien convaincu, engagé en politique. Un souci du monde peu courant au début du XXe siècle et avant même la signature des accords de Latran réglant les rapports entre l'Italie et le Vatican (1929). Le futur pape n'oubliera jamais cette vocation du « chrétien dans le monde ».


Les jeunes me distraient beaucoup, ils me donnent la consolation de travailler directement sur les consciences et non seulement indirectement avec de pauvres papiers.

La sienne paraît évidente, même si sa santé fragile l'empêche de suivre régulièrement les cours du séminaire. Ordonné en 1920 et trop frêle pour assurer la charge d'une paroisse, il est envoyé à Rome sans imaginer qu'il y passera le plus clair de son existence. Car l'abbé Giovanni Battista Montini, entré à la Curie, y gravira tous les échelons. sans oublier les étudiants dont il fut longtemps aumônier : « Les jeunes me distraient beaucoup, ils me donnent la consolation de travailler directement sur les consciences et non seulement indirectement avec de pauvres papiers. »

De la disgrâce au trône de saint Pierre

Proche de Pie XI et encore plus de Pie XII, Mgr Montini se montre habile au plus près du pape. Jusqu'à prendre trop de place : tombé en disgrâce, il est nommé en 1954 archevêque de Milan, le plus grand diocèse d'Italie. Le jour de son arrivée, il se penche et embrasse la terre de son diocèse, geste qu'il effectuera encore lors de ses voyages pontificaux et que Jean-Paul II reprendra à son compte.

Contre toute attente, l'homme de la Curie devient, dans son diocèse industrieux, un vrai pasteur, attentif à la classe ouvrière, prédicateur inspiré, guide de quelque 2 300 prêtres… Mais il est loin de Rome, et Pie XII oublie de le créer cardinal. Ce qui écarte Mgr Montini du conclave de 1958 : c'est Jean XXIII qui est élu, accordant immédiatement la pourpre à l'archevêque de Milan.

L'annonce du concile Vatican II prend l'Église de court. Jean XXIII ne pourra le mener à son terme. Le 19 juin 1963, à 65 ans, Giovanni Battista Montini lui succède sur le trône de saint Pierre et va poursuivre la réforme. dès lors, c'est une course de vitesse qui s'engage : il faut convoquer les sessions successives et exiger aussi d'aller au terme des chantiers ouverts. Quand il s'aperçoit que certains dossiers créent de trop grandes tensions, Paul VI les retire des débats pour les traiter lui-même, plus tard, tels le célibat de prêtres ou la vie conjugale. Ce qui donnera, trois mois après mai 1968, l'encyclique Humanae vitae, texte le plus contesté de son pontificat.


Pope_Paul_VI_portrait

                                             Portrait officiel de Paul VI


Mais il ne faudrait pas s'arrêter à ce texte mal compris, maladroit pour certains, prophétique pour d'autres. « Le tort de Paul VI ? s'interroge l'écrivain Michel Cool. Avoir été le premier pape à aborder en conscience et de front la complexité de la mondialisation des temps modernes*. » Paul VI, c'est aussi l'encyclique Populorum progressio sur le développement (1967) ; c'est, en pleine guerre froide, un infatigable messager de la paix ; c'est le baiser échangé avec le patriarche orthodoxe Athénagoras à Jérusalem (1964). Certes, l'Église a connu des années d'après-concile très difficiles : n'auraient-elles pas été plus douloureuses si Paul VI n'avait tenu la barque, pour reprendre l'expression de Benoît XVI ? 1978 sera l'année des trois papes : Paul VI meurt le 6 août, son successeur Jean-Paul Ier décède le 28 septembre, trente-trois jours seulement après son intronisation, avant l'élection de Jean-Paul II, le 16 octobre.

Artisan infatigable du dialogue dans l'Église, avec les autres religions et plus encore avec le monde, Paul VI ouvrait déjà le catholicisme aux périphéries chères au pape actuel. « son témoignage nourrit en nous la flamme de l'amour du Christ, de l'amour de l'Église, de l'élan pour annoncer l'Évangile à l'homme d'aujourd'hui avec miséricorde, patience, courage, joie », soulignait François en 2013. Reconnaissance du prophétisme de Paul VI qui résuma aussi son pontificat : « Pour rénover le christianisme, il faut lui être fidèlement tenace. »



Paul-VI-prophete

*Paul VI prophète. dix gestes qui ont marqué l'Histoire, de Michel Cool, Éd. Salvator, 186 p. ; 16 €.





ROMERO copie

Mgr Romero canonisé

Que Mgr Oscar Romero (1917-1980) soit déclaré saint en même temps que Paul VI est symbolique : l'archevêque de San Salvador, assassiné en pleine messe le 24 mars 1980, avait choisi le parti des plus pauvres. Rien ne résistait à la violence de la dictature et des grands propriétaires. Si ce n'est une partie de l'Église. C'est en 1977, à la mort d'un de ses prêtres et ami, le jésuite Rutilio Grande, que l'archevêque dénonce les exactions militaires et les atteintes aux droits de l'homme. Martyr latino-américain reconnu, saint Oscar Romero est une figure de l'Église de Vatican II, résolument aux côtés des plus pauvres.


© Creative Common

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 18 octobre 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières