Jean-Baptiste Hibon : « Nous sommes invités à la bienveillance »

agrandir Écrivain ? Conférencier ? Entrepreneur? Jean-Baptiste Hibon est d'abord un homme chaleureux pour qui la vie est si sérieuse qu'il faut rire à toute occasion.
Écrivain ? Conférencier ? Entrepreneur? Jean-Baptiste Hibon est d'abord un homme chaleureux pour qui la vie est si sérieuse qu'il faut rire à toute occasion. © Magali Delporte/Pituretank
Écrivain ? Conférencier ? Entrepreneur? Jean-Baptiste Hibon est d'abord un homme chaleureux pour qui la vie est si sérieuse qu'il faut rire à toute occasion.
Écrivain ? Conférencier ? Entrepreneur? Jean-Baptiste Hibon est d'abord un homme chaleureux pour qui la vie est si sérieuse qu'il faut rire à toute occasion. © Magali Delporte/Pituretank

Handicapé depuis sa naissance, Jean-Baptiste Hibon partage son expérience et explique comment nous sommes tous responsables de notre existence. Jusqu’à faire le bien autour de nous. Loin d’être naïf, il décrit notre vocation humaine. Rencontre.

À propos de l'article

  • Créé le 26/01/2016
  • Publié par :Christophe Henning
  • Édité par :Aude Loyer-Hascoët
  • Publié dans Pèlerin
    6948 du 28 janvier 2016

Jean-Baptiste Hibon, vous êtes handicapé, vous le racontez dans un livre récent*. Comment est-ce arrivé ?

Mon handicap est dû à une erreur médicale à la naissance. L’accouchement n’a pas été assez rapide et mon cerveau a manqué d’oxygène : je souffre de séquelles motrices. Mais vous dites que vous êtes le meilleur. Oui, et nous avons tous été le meilleur, au moins pendant neuf mois ! Après, nous avons perdu notre place…

Toute notre vie va consister à redevenir le meilleur. Mais, trop souvent, nous voulons d’abord la place détenue par quelqu’un d’autre, alors que nous devons être le meilleur par rapport à nous-mêmes, puisque nous sommes uniques.

Sans doute, mais, selon vous, le handicap est bien une erreur.

Seul un handicapé peut l’affirmer : oui, le handicap est une erreur. Pour autant, il y a un piège à vouloir supprimer l’erreur.

Aujourd’hui, on diagnostique la trisomie 21 non pas pour la guérir, mais pour la supprimer. En supprimant l’erreur, on supprime aussi la vie ! Si Dieu permet l’erreur, il faut faire avec.

Jusqu’à l’excellence.

Nous sommes tous invités à l’excellence ! Mon handicap est un chemin de plénitude : il y a cet appel à la vie, à l’excellence, en dépit de la souffrance et de l’incompréhension…

Personne n’envie le handicapé. En me voyant, on ne se dit pas : « Wahou, j’ai envie d’être comme lui ! Sa vie doit être formidable ! » Non, c’est plutôt : « Le pauvre ! Sa vie n’est pas facile.  »

Il faut changer le regard des autres ?

Changer de regard ? Je veux bien, mais la première loi relative au handicap et pour l’insertion des gueules cassées qui revenaient de la guerre date d’avril 1924 ! Quatre-vingt-douze ans après, nous en parlons encore ! C’est un peu long. Je préfère dépasser les préjugés.

Enfant, vous rêviez d’être pilote d’avion.

Ils ne m’ont pas pris, je ne sais pas pourquoi… (rires)

Comment passe-t-on d’un rêve d’enfant à la réalité ?

Dans le rêve d’enfant, il y a quelque chose de durable : je veux « être ». Ce n’est pas « je veux faire ». Je ne suis pas pilote d’avion mais, dans ma vocation profonde, il y a quelque chose du pilote : je suis aux commandes de mon entreprise numérique. Je pilote ma stratégie. Dans mes conférences, mon tableau de bord, ce sont les visages de mon auditoire qui me préviennent sur les façons de négocier, accélérer, freiner…

Quand vous êtes en conférence, on sent une énergie qui passe. D’où vient-elle ?

Je puise mon énergie vitale dans ma foi : je suis un être aimé par Quelqu’un qui me dépasse et qui nous dépasse. Cela n’empêche pas la fatigue. Je dois ménager mon temps, c’est ma vocation d’homme. Si je suis victime de mon handicap, cela ne signifie pas pour autant que je ne suis pas responsable de ma vie !

Handicapé ou non, on a tendance aujourd’hui à se dédouaner… On l’entend dire : « Je n’y peux rien ! » Certes, mais j’ai le choix de vivre ce qui m’est demandé de vivre. J’aime bien sainte Thérèse qui dit : « Je n’ai rien qu’aujourd’hui. » Si je pense à demain, je n’éprouve que crainte, angoisse, ennui. Ma responsabilité est pour aujourd’hui.

Nous avons tous des handicaps, des fragilités, et…

Non, nous ne sommes pas tous handicapés : la notion de handicap est définie par la loi de 2005. Mais c’est vrai, nous sommes tous fragiles.

Vous insistez sur l’importance de la vie intérieure. Notre fragilité, c’est le vide du cœur humain, le néant. Et comme la nature a horreur du vide, nous pouvons vite le combler par des futilités. Que faire ? Ce n’est pas à force de volonté qu’on arrive à habiter ce vide, mais en répondant à un appel. Je pense aux moines qui consacrent leur vie à aller au cœur de leur vide intérieur pour le remplir par la présence de cet Autre qui nous dépasse.

(…)



6948Livre une sacré erreur

* Une sacrée erreur, Éd du Cerf, 110p.; 15 €


6948 JB HIBON double

▶ Retrouvez cette rencontre en intégralité dans Pèlerin n°6948 du 28 janvier 2016.

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 15 novembre 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières