Laurent de Cherisey, entrepreneur : "Les personnes handicapées cérébrales peuvent retrouver un sens à leur vie grâce aux autres"

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Laurent de Cherisey © Eric Garault
Laurent de Cherisey
Laurent de Cherisey © Eric Garault

Entrepreneur, voyageur humaniste, Laurent de Cherisey, 47 ans, se consacre depuis six ans à la création d'un lieu de vie innovant pour les victimes de lésions cérébrales, qui devrait voir le jour, à l'automne 2011, dans les Hauts-de-Seine.

À propos de l'article

  • Créé le 03/08/2011
  • Modifié le 26/02/2014 à 12:00
  • Publié par :Véronique Badets
  • Édité par :Marine Bisch
  • Publié dans Pèlerin
    6714, du 4 août 2011

Pèlerin. Depuis presque six ans, vous tentez de créer un lieu pour des personnes atteintes de lésions cérébrales. Pourquoi ?
Laurent de Cherisey. Ma vie a rencontré le handicap lorsque ma sœur Cécile a eu un accident de voiture en 1983, à l'âge de 17 ans. Le Samu l'a sauvée mais elle a gardé de graves lésions au cerveau, qui l'obligent à se déplacer en fauteuil roulant et provoquent une grande fatigue et des troubles psychiques.

Notre mère, Sylviane, constatait combien ma sœur était heureuse au contact des autres. Elle a alors ouvert les portes de la maison à des amis, handicapés ou non, pour qu'ils puissent se retrouver, organiser des sorties ensemble. C'était très joyeux et de plus en plus de monde venait ! Ma mère a alors trouvé un local et fondé une association.

Qu’avez-vous tiré de cette expérience familiale ?
J'ai découvert que les personnes devenues handicapées sont capables de retrouver un sens à leur vie à travers la gratuité de la relation. « Depuis l'accident, on ne peut plus fonder une famille, me disait l'une d'entre elles. Mais on pourrait créer une famille d'amis. » Cela m'a bouleversé ! 

Cécile et ses amis rêvaient d'un lieu où ils pourraient mener une vie communautaire comportant, pour ceux qui le souhaitent, une dimension spirituelle. Fin 2005, j'ai décidé de me consacrer à la création de ce lieu de vie. Je suis alors entré en contact avec l'association Simon de Cyrène, née en 1996, qui partageait ce même objectif, sans avoir encore pu le concrétiser.

Comment en êtes-vous arrivé à être un entrepreneur social ?
Ma vie professionnelle a démarré dans le monde de la pub. J'ai créé deux sociétés dont l'une possédait de superbes locaux à proximité des Champs-Élysées et faisait travailler une soixantaine de collaborateurs. Mais ma femme et moi rêvions depuis longtemps d'aller à la rencontre de ceux qui font vraiment bouger le monde, ceux que nous appelons « passeurs d'espoir ». 

En 2004, nous sommes donc partis pour 14 mois avec nos cinq enfants, sur les cinq continents. Nous avons passé du temps avec des gens comme Rodrigo, jeune cadre informaticien dont le projet d'école d'informatique a fleuri dans 800 favelas , les bidonvilles du Brésil ; ou encore Josefina qui combat l'esclavage des petites filles au Pérou. À leur contact, mon désir de lutter contre la fatalité n'a cessé de croître.

Comment ces personnes vous ont-elles inspiré ?
Elles m'ont appris que les vraies solutions émergent de ceux qui, sur, le terrain, sont concrètement confrontés aux problèmes. C'est ainsi que durant les six premiers mois du projet Simon de Cyrène, je me suis contraint à réaliser une « analyse des besoins » en organisant des groupes de paroles de personnes handicapées. 

J'allais à l'encontre de ma nature, tournée vers l'action, qui me poussait plutôt à chercher tout de suite de l'argent et du foncier. Mais les passeurs d'espoir m'avaient montré l'importance d'écouter ceux que l'on prétend aider. Par exemple, en bon citadin, je rêvais de construire cette maison dans la campagne, au milieu des fleurs. Mais j'ai entendu : « Ne nous ajoute pas un handicap de plus ! »

Il était important pour eux de rester en ville, afin de conserver leurs relations riches et variées. Avec un peu de verdure tout de même... Par chance, le bâtiment que nous avons trouvé possède un jardin de 800 m2, tout à côté du métro !

Le nom de l’association que vous dirigez fait référence à l’homme qui a été réquisitionné pour aider le Christ à porter sa croix. Quel sens cela a-t-il pour vous ?
Simon de Cyrène n'a pas choisi d'aider le Christ. Pas plus que les personnes ne choisissent leur sort en étant victimes de lésions cérébrales... Pourtant, en acceptant cette épreuve, Simon de Cyrène a rencontré la source de l'amour. 

Ce disciple peut aussi être l'image de celui ou celle qui, à travers une personne fragile, trouve le Christ. Ce genre de rencontre permet de déposer les armes et d'accepter sa propre fragilité. Je n'idéalise pas la fragilité. Mais je suis convaincu que la capacité de notre société à surmonter les épreuves viendra de notre comportement vis-à-vis des plus faibles.

►  Intouchables : un autre regard sur le handicap. Notre dossier complet sur le succès du film avec des interviews, notre avis sur le film, la rencontre avec Philippe Pozzo di Borgo...

►  Le grain de sable et la perle, Éd. Presses de la Renaissance, 162 p. ; 17 €.

► Le site de l'association : www.simondecyrene.org. Tél. : 01 82 83 52 33. L’association recrute des assistants volontaires pour participer à la fondation de la communauté de Vanves.

► Passeurs d’espoir, de Marie-Hélène et Laurent de Cherisey. Éd. Presses de la Renaissance, tome I, 359 p. ; 21 € et tome II, 450 p. ; 21 €.

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Paru le 11 octobre 2018

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