Que révèlent nos rêves ?

agrandir Que révèlent nos rêves ?
© AdobeStock
Que révèlent nos rêves ?
© AdobeStock

Lumineux ou dérangeants, les rêves fascinent. En lien avec notre quotidien, ils ouvrent sur une autre dimension. Que révèlent-ils ?

À propos de l'article

  • Créé le 16/07/2018
  • Publié par :Pascaline Balland / illustrations : Anna Godeassi
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7070 du 31 mai 2018

À quoi riment les images et les situations rassemblées en rêve ? D'où vient leur impact émotionnel ? En un mot, les rêves ont-ils un sens ? Anthropologie et histoire des religions l'attestent : les songes ont longtemps eu valeur de prémonition.


En un mot, les rêves ont-ils un sens ?

Les puissances supérieures y délivraient un message. Bienveillant ou hostile ? Impossible à dire sans interprétation. L'art en était confié dans l'Antiquité à des experts, prophètes ou médecins.

« Avec la conception chrétienne de l'âme, la subjectivité émerge. De ce fait, le récit de rêve est considéré comme autobiographique à partir du Moyen Âge », indique Jacqueline Carroy, historienne de la psychologie des rêves. Un savoir populaire et savant sur le sujet alimente des « clés des songes » : « Il s'agit de recueils de rêves se présentant comme des dictionnaires, explique leur spécialiste. Ils se sont multipliés au XIXe siècle.


Au même moment, la conviction naissait qu'une science des rêves était possible.

Au même moment, la conviction naissait qu'une science des rêves était possible. » C'est sur ce terreau qu'en 1900, un médecin viennois nommé Sigmund Freud a l'audace de renverser la perspective : les rêves n'annoncent pas le futur, mais éclairent le présent à la lumière du passé du rêveur.


Seul celui-ci en détient la clé. Pour le père de la psychanalyse, « le rêve est un rébus qu'il faut traiter comme un texte sacré, c'est-à-dire déchiffrer selon des lois », indiquent Roland Chemama et Bernard Vandermersch dans leur Dictionnaire de la psychanalyse*. Surtout, il satisfait un désir sexuel inconscient et censuré. Trop réducteur, objecte Carl Jung, le disciple dissident de Freud. Pour celui-ci, les images des rêves renvoient le rêveur à son évolution intérieure.


En permettant de multiples associations d'idées, les rêves invitent à débuter une exploration intérieure.

Ni les neurosciences ni la sociologie, interpellées à leur tour par les rêves, n'invalident ces apports qui font la part belle aux symboles. En permettant de multiples associations d'idées, ceux-ci invitent à débuter une exploration intérieure. En voici six fréquents dans les rêves. Avec, pour chacun, un bref aperçu de ses significations dans les mythes, l'histoire de l'art, la littérature ou la psychanalyse. De quoi y puiser quelques indications pour notre vie ?


6 SYMBOLES


lesdents copie

Les dents 

Désagréables et répandus, les rêves au cours desquels on perd, casse ou se fait arracher des dents traduisent un sentiment d'insécurité. Perdre ses dents, c'est en effet se retrouver sans défense, privé de barrière entre monde intérieur et monde extérieur. Une expérience d'impuissance commune à l'enfance et au grand âge. Chez le poète grec Homère, elles représentent de petites digues opposées aux écarts de la langue et aux abus de la parole. Selon Freud, les dents dans un rêve évoquent les organes génitaux. Les perdre renvoie pour lui à une sexualité trop réprimée. Vu par Carl Jung, ce rêve signale une peur du changement et un tournant personnel.


eau copie

L'eau

Ruisseau, cascade ou océan, cet élément s'invite souvent dans les rêves. Eaux primordiales, océans des origines, dans beaucoup des récits de création du monde, c'est à partir de l'eau que toute forme peut apparaître. Littérature et peinture en font le premier symbole de Mère nature. Une dimension qui trouve écho chez Freud : pour lui, l'eau dans les rêves est en lien avec le féminin, et d'abord la mère. Il l'associe aussi à l'inconscient et retient son action purificatrice. Chez Jung, l'eau est symbole de vitalité psychique. Mais gare à l'inondation : cela peut être le signe qu'une menace plane sur l'équilibre de vie du rêveur.


examen copie

Un examen

Passer ou repasser un examen est un rêve classique. Bac, permis de conduire, examen médical manifestent une angoisse de ne pas être à la hauteur. Une interprétation freudienne y voit un rêve d'évaluation : le rêveur parvient-il à contrôler son énergie sexuelle ? Pour un psychanalyste jungien, l'examen est le signe d'une confrontation à une situation nouvelle dans la vie réelle (déménagement, nouvel emploi, nouvel amour) ou à un changement psychique. Le mot « bac », version raccourcie de « baccalauréat », ne désigne-t-il pas aussi un moyen de transport pour joindre une autre rive ?


maison copie 2

La maison

Voilà un motif rassembleur ! Dans toutes les sociétés, la maison est un lieu protecteur, le conservatoire des souvenirs, un univers à elle seule. Les analogies entre ses pièces, les parties du corps et les états d'âme sont nombreuses. La quasi-majorité des interprétations de rêves la considère comme la représentation de soi. Comme elle symbolise ce qu'est le rêveur, ce qu'il aspire à être ou ce qu'il redoute d'être, rêver d'une maison aide à faire le point.


orange copie

La couleur orange

Ce sont les romantiques qui ont donné le coup d'envoi d'une passion savante pour la symbolique des couleurs. En 1837, un livre de référence souligne que toutes les cultures associent la couleur orange à la révélation de l'amour divin. Rêver d'orange pour la psychanalyse freudienne, c'est accepter son désir et laisser circuler son énergie sexuelle. Aux yeux de Carl Jung, cette couleur, intermédiaire entre le jaune et le rouge, indique que le rêveur est en route vers lui-même.


serpent copie

Le serpent

Rêver de serpent est l'un des rêves les plus fréquents. Ce symbole quasi universel est celui de l'énergie vitale (sans doute parce que l'animal peut changer de peau) et de l'immortalité. L'Occident a un peu oublié sa valeur positive – que rappelle tout de même l'emblème des médecins. Freud le rapproche du sexe masculin : le serpent symbolise dans les rêves une figure masculine et la façon dont se vit la sexualité du rêveur. Ou une représentation de l'inconscient.


Tenir un journal de ses rêves

POURQUOI ?

♦ Parce que cela stimule la mémoire. À transcrire ses rêves chaque jour, on se souvient de plus en plus de détails.

♦ Parce que nos rêves récurrents signalent une préoccupation quotidienne ou intérieure.

♦ Parce que c'est une source intime d'intérêt et de réconfort.


COMMENT ?

♦ En plaçant un cahier à son chevet, sans oublier de quoi écrire. Au réveil, avant toute chose, on note ce dont on se souvient.

♦ En consignant tous les éléments sans souci de style : lieu, moment, personnages, action, images, chiffres, animaux, couleurs, sensations… Sans oublier le contexte et l'état d'esprit dans lequel on s'est endormi.

♦ En respectant deux colonnes : l'une réservée au rêve, l'autre aux interprétations qui émergeront tranquillement.

♦ En datant et titrant le rêve : résumer ainsi son contenu met déjà en lumière l'impression dominante ou le thème qui vous parl


DIco Psy

*Éditions Larousse, 540 p. ; 26 €.











4 questions au père Gérard Billon, exégète, directeur du Service biblique « Évangile et vie », à Paris

Y-a-t-il beaucoup de rêves dans la Bible ?
Le livre de la Genèse en compte plusieurs, parmi lesquels le plus célèbre et le plus beau est sans doute le songe de Jacob (Gn 28, 10-16) : le patriarche en fuite voit dans son sommeil des anges monter et descendre une échelle. Le rêve de Joseph qui voit les astres se prosterner devant lui (Gn 37, 5-12) est poétique aussi. Par ailleurs, Joseph, mais aussi le prophète Daniel (Dn 2, 26-45), se font respectivement les interprètes des rêves du roi d'Égypte et de celui de Babylone. Dans le Nouveau Testament, les récits de rêves sont concentrés dans l'Évangile de Matthieu : Joseph le charpentier apprend par un ange qu'il doit accueillir la grossesse de son épouse Marie, puis protéger Jésus du roi Hérode (Mt 1, 20-21 puis 2,13 et 19-20). Les mages également sont prévenus en songe qu'il leur faut éviter le tyran. Plus tard, la femme de Pilate est alertée par le même moyen de l'innocence de Jésus (Mt 27,19).

Existe-t-il des correspondances entre les rêves des deux Testaments ?
Jacob, en s'éveillant, comprend que son rêve signifie qu'il n'est pas abandonné par Dieu. Puis Jésus, lui-même, dans l'Évangile de Jean, fait une allusion à l'échelle de Jacob et en donne une nouvelle interprétation : elle symbolise le lien entre le ciel et la terre que, lui Jésus, réalise (Jn 1,51). Il est aussi intéressant de remarquer que les plus grands rêveurs de la Bible s'appellent tous deux Joseph. C'est un hasard qui fait sens.

Tous les songes relèvent-ils de la même catégorie ?
Il y a ce que nous appelons « les songes à message » que je qualifierais de rêves auditifs : Dieu, souvent par l'intermédiaire d'un ange, donne ses instructions. Les autres rêves sont visuels : ils parlent par images qui sont autant d'énigmes nécessitant, dans un second temps, une interprétation. Par exemple, Pharaon rêve de sept vaches grasses dévorées par sept vaches maigres et Joseph lui explique qu'elles annoncent la succession de sept années fastes pour les récoltes, suivies de sept années de disette (Gn 41).

Pourquoi autant de rêves ?
Nous sommes dans le contexte du Proche-Orient ancien. Toutes les cultures considèrent les rêves comme prémonitoires et les interprètent. Sur le plan spirituel, j'aime beaucoup l'explication qu'avait formulée la psychanalyste Françoise Dolto : pour bien recevoir la parole de Dieu, il faut être disponible. Or, quel meilleur moyen de « lâcher prise » que de s'endormir ? Le sommeil, nous dit la Bible, est un moment idéal pour entendre les messages divins.

Quelle est la spécificité de l'interprétation biblique ?
Le songe est un signe de la transcendance divine. Joseph ou Daniel disent que s'ils arrivent à le décrypter, c'est parce que Dieu leur en inspire l'interprétation. Et celle-ci s'oppose à la divination païenne qui annonce un destin à subir : dans la Bible, les hommes restent libres et maîtres de leurs choix. Ainsi, prévenu par son rêve, Pharaon peut agir : nommer un homme sage pour gérer les récoltes et anticiper la famine. Pilate, qui pourrait épargner Jésus, choisit d'ignorer le songe de sa femme. Tandis que Joseph, lui, décide de suivre, à la lettre, les indications de l'ange. Le rêve prépare le dormeur (et le lecteur de la Bible) à recevoir un message utile pour sa propre vie. *Exégète, directeur du Service biblique « Évangile et vie », à Paris. Recueillis par Sophie Laurant

Recueilli par Sophie Laurant

*Éditions Larousse, 540 p. ; 26 €.

* Exégète, directeur du Service biblique « Évangile et vie », à Paris.

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 2 août 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières