Pedophilie, le pape dans la tourmente

agrandir Le 25 août, lors d’une veillée au Croke Park Stadium de Dublin, le pape François a renouvelé devant quelque 70 000 participants son appel à vivre la miséricorde en famille et à construire l’Église dans un esprit familial.
Le 25 août, lors d’une veillée au Croke Park Stadium de Dublin, le pape François a renouvelé devant quelque 70 000 participants son appel à vivre la miséricorde en famille et à construire l’Église dans un esprit familial. © HO/AFP
Le 25 août, lors d’une veillée au Croke Park Stadium de Dublin, le pape François a renouvelé devant quelque 70 000 participants son appel à vivre la miséricorde en famille et à construire l’Église dans un esprit familial.
Le 25 août, lors d’une veillée au Croke Park Stadium de Dublin, le pape François a renouvelé devant quelque 70 000 participants son appel à vivre la miséricorde en famille et à construire l’Église dans un esprit familial. © HO/AFP

Ce devait être une fête : la rencontre mondiale des familles, en Irlande la semaine dernière, était pour le pape l’occasion de célébrer « avec joie l’évangile de la famille ». Les affaires de pédophilie ont occupé le devant de la scène. Retour sur un scandale qui ne cesse de salir l’Église.

À propos de l'article

  • Publié par : Christophe Henning
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    27 aout 2018

« Cette plaie ouverte nous défie d’être fermes et décidés dans la recherche de la vérité et de la justice. »

Durant ce voyage les 25 et 26 août en Irlande – pays durement touché par les affaires de pédophilie dans l’Église –, le pape a prié, rencontré huit victimes d’abus et rappelé sa détermination. Un rendez-vous qui fait suite à des jours difficiles pour le pape François : les affaires de prêtres coupables d’agressions sexuelles sur des mineurs n’en finissent pas d’entacher l’Église catholique. Ainsi, le 14 août dernier, le procureur de Pennsylvanie, à l’issue d’une enquête minutieuse, révélait que plus d’un millier d’enfants avaient souffert des agissements de trois cents prêtres, tout au long d’une période de quelque soixante-dix ans.

C’en était trop pour le pape. Le 20 août, dans un appel d’une forme inédite, c’est avec une « lettre au peuple de Dieu » diffusée en sept langues qu’il demandait aux catholiques de l’aider à éradiquer ce mal : « L’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire. »

La douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur ; pour cette raison, il est urgent de réaffirmer encore notre engagement pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables.

>>> À lire aussi sur Pelerin.com : La lettre du pape François "au Peuple de Dieu" <<<

Le pape argentin s’était déjà élevé contre la tendance de l’institution à étouffer les affaires : il en appelle aujourd’hui à l’ensemble des catholiques.

Les leçons du pape

Ce que François souligne une fois encore, c’est l’extrême gravité des abus sexuels qui sont aussi « des abus de pouvoir et de conscience » : « Les blessures infligées ne disparaissent jamais, ce qui nous oblige à condamner avec force ces atrocités et à redoubler d’efforts pour éradiquer cette culture de mort. »

Que propose le pape ? « Ce que l’on peut faire pour demander pardon et réparation du dommage ne sera jamais suffisant », confesse-t-il. Il faut une conversion plus profonde de l’institution : « Notre style de vie a démenti et dément encore ce que notre voix proclame. » En clair, l’organisation ecclésiale a permis à des prédateurs d’agir et les a protégés, à partir d’une « manière déviante de concevoir l’autorité de l’Église comme l’est le cléricalisme », alors qu’il faut désormais « vaincre l’appétit de domination et de possession, très souvent à l’origine de ces maux ».

Cette révolution ecclésiale – que le pape François a appelée de ses vœux à plusieurs reprises et qui ne tient pas seulement aux abus sexuels – met à mal la hiérarchie de l’Église. C’est de la base que pourra venir, selon lui, la mutation : « Il est nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin. »

Démission et pétition

Pour que ce texte ne reste pas « lettre morte », il faut que les catholiques s’en emparent. L’initiative du père Pierre Vignon en est l’une des expressions les plus médiatiques : « L’heure est venue de passer aux actes (…). Je vous demande donc publiquement et sans détour de donner votre démission de cardinal et d’archevêque », réclame-t-il dans une lettre adressée au cardinal Philippe Barbarin.

Parole libre d’un prêtre qui est par ailleurs juge ecclésiastique dans la province de Lyon et qui a suivi depuis des années des victimes ou des coupables de pédophilie.

Parole libre répondant à l’appel du pape, qui vise aussi une des figures les plus emblématiques de l’épiscopat français : « Je ne peux pas considérer comme suffisante la démarche de jeûne et de prière, elle demande à être suivie d’effets concrets », insiste le père Vignon.

Le primat des Gaules, poursuivi pour non-dénonciation d’agressions sexuelles commises par le père Preynat à l’encontre de jeunes scouts, n’en a pas fini avec la justice des hommes : s’il a bénéficié d’un classement sans suite en 2016, il devra toutefois comparaître devant le tribunal correctionnel de Lyon, début 2019 s’il n’y a pas de nouveau report.

La procédure vaticane de révocation d’un évêque est prévue par le dernier motu proprio du pape François Comme une mère aimante (4 juin 2016) pour des « motifs » graves, notamment dans la gestion des dossiers d’agressions sexuelles. Une mesure qui, à Lyon, dépend de l’issue judiciaire. Et c’est une autre affaire qui éclate samedi, alors que le pape est en Irlande : dans une longue lettre de dénonciation, Mgr Vigano, qui fut nonce apostolique aux États-Unis, l’accuse d’avoir protégé le cardinal McCarrick, 88 ans, qui a été « démissionné » seulement en juillet dernier, alors que le Vatican était informé depuis longtemps.

Une accusation que François n’a pas voulu commenter, émanant d’un prélat notoirement opposé au pape argentin.

La parole au peuple

Le climat délétère que suscite la question pédophile montre à la fois la détermination du pape et les réelles résistances du système ecclésial.

Le mal est profond : la lettre de François en appelle à tous les catholiques, encore faudra-t-il trouver le moyen d’action adapté.

Pour que, d’abord, les victimes puissent parler, un douloureux travail de mémoire doit encore être mené. Ces derniers mois, des cellules d’écoute ont été mises en place dans tous les diocèses de France, qui devraient aider à faire la lumière sur les faits passés. La lutte contre la pédophilie exige aujourd’hui de comprendre les mécanismes qui peuvent conduire des hommes de Dieu à devenir des agresseurs, en refusant les simplifications. Un exercice de pédagogie que les catholiques doivent mener (voir ci-après : « pédophilie et célibat sont-ils liés ? »).

Reste à s’interroger sur la transformation de l’institution, telle que le pape l’appelle de ses vœux. La conférence catholique des baptisé(e) s francophones réclame des « assises de la gouvernance de l’Église de France », la parole étant confiée au « peuple de Dieu », expression phare du concile Vatican II. Dans sa lettre, le pape espère voir grandir « le don de la compassion, de la justice, de la prévention et de la réparation ». C’est dire l’ampleur du chantier.


 L'échec des autorités ecclésiastiques pour affronter ces crimes ignobles a justement suscité l'indignation et reste une cause de souffrance et de honte pour la communauté catholique.

Pape François à Dublin, 25 août 2018

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Pédophilie dans l'eglise

urus 29/08/2018 à 20:53

Il faut parler, prier, jeûner: "Père, tu as envoyé ton fils pour nous sauver et tu as confié ton église aux hommes. Entends le cri de tes enfants, entends la prière de tes prêtres, vois les larmes de ton peuple. Toi seul peux nous purifier, Toi ... lire la suite

Paru le 20 septembre 2018

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