Pédophilie : À Lourdes, les évêques à l’écoute des victimes

agrandir Le 3 novembre 2018,  à Lourdes (Hautes- Pyrénées), les évêques de France ont accueilli pour la première fois des victimes de prêtres pédophiles. De g. à d., Mgr Crepy, évêque du Puy-en-Velay et président de la Cellule permanente de lutte contre la pédophilie,  Véronique Garnier- Beauvier, l’une des victimes, Mgr Pontier, président de la Conférence épiscopale, et Olivier Savignac, autre victime, lors de la conférence de presse donnée à l’issue de cette rencontre.
Le 3 novembre 2018, à Lourdes (Hautes-Pyrénées), les évêques de France ont accueilli pour la première fois des victimes de prêtres pédophiles. © Frédéric Lacaze/ciric
Le 3 novembre 2018,  à Lourdes (Hautes- Pyrénées), les évêques de France ont accueilli pour la première fois des victimes de prêtres pédophiles. De g. à d., Mgr Crepy, évêque du Puy-en-Velay et président de la Cellule permanente de lutte contre la pédophilie,  Véronique Garnier- Beauvier, l’une des victimes, Mgr Pontier, président de la Conférence épiscopale, et Olivier Savignac, autre victime, lors de la conférence de presse donnée à l’issue de cette rencontre.
Le 3 novembre 2018, à Lourdes (Hautes-Pyrénées), les évêques de France ont accueilli pour la première fois des victimes de prêtres pédophiles. © Frédéric Lacaze/ciric

Réunis en Assemblée plénière dans la cité pyrénéenne, les évêques français ont vécu une rencontre inédite avec des personnes victimes de pédophilie. Pour lutter contre ce fléau, ils ont pris conscience de la nécessité d’agir non seulement pour, mais avec les victimes.
 

À propos de l'article

  • Publié par : Agnès Chareton
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    5 novembre 2018

Le chemin sera encore long, mais c’est une nouvelle étape, décisive, qui a été franchie par l’Église dans sa volonté de venir à bout des affaires de pédophilie.

Il y a deux ans, à Lourdes, les évêques demandaient solennellement pardon pour leur « silence coupable » face aux abus sexuels. Le 3 novembre dernier, ils ont franchi un cap supplémentaire en échangeant avec sept victimes de pédophilie dans la cité mariale, au premier jour de leur Assemblée plénière d’automne. Une rencontre emplie de gravité alors que ces dernières semaines ont été marquées par le suicide de deux jeunes prêtres, sur fond de soupçons d’abus sexuels, et par le procès à Orléans d’un prêtre pédophile et d’un évêque émérite, Mgr André Fort, pour non-dénonciation.

Dans ce contexte lourd, le face-à-face entre les évêques et des personnes abusées par des prêtres était pour ces dernières un « signal fort. » Pendant un peu plus d’une heure, elles se sont exprimées librement, assises en cercle au milieu des évêques, réparties en quatre groupes de travail à huis clos. À l’issue de ces forums, deux personnes victimes ont évoqué des « échanges riches » devant un impressionnant parterre de journalistes, les autres ayant préféré garder l’anonymat.

« Ce qui était important était de dire les traumatismes qui étaient les nôtres et de proposer des pistes de réflexion », a rapporté Olivier Savignac, 38 ans, boucles brunes et blouson en cuir, abusé en 1993 par un prêtre lors d’un camp de jeunes. « Aujourd’hui, l’Église est face à une crise sans précédent. Nous espérons qu’elle saisira la balle au bond pour proposer dans chaque diocèse des actes concrets », a insisté le jeune homme, resté croyant malgré tout.

Coïncidence du calendrier, il témoignait trois jours auparavant au procès de son agresseur à Orléans. « Après m’être sentie rejetée de l’Église, avec d’autres, pendant tant d’années, nous nous sommes sentis de nouveau un peu rassemblés dans un corps » a témoigné de son côté Véronique Garnier, 57 ans, victime d’un prêtre prédateur à l’âge de 13 ans. « Nous sommes à un moment crucial, à la fois de croix et de croisement. Si nous prenons tous ensemble le bon croisement, si nous allons dans la bonne direction vers la vérité, la réparation, la prévention, nous aurons avancé. »

>>> À lire aussi sur Pelerin.com : Véronique Garnier-Beauvier : "Il faut sortir de la honte et agir ensemble !" <<< 

Les évêques disent avoir été interpellés par le courage des victimes, qui n’étaient pas venues à Lourdes dans un esprit de revanche mais « pour ouvrir des portes » selon Véronique Garnier.

Pour certains, comme Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix-en-Provence et d’Arles, ce tête-à-tête était une expérience inédite. « J’ai été profondément touché par le récit de cet homme, agressé à l’âge de 13 ans par un prêtre en soutane, raconte-t-il. C’était il y a cinquante ans. Il avait du mal à lire ses notes et en parlait avec des sanglots dans la voix. J’ai été bouleversé. »

Pour les victimes, le but n’était pas seulement de susciter un électrochoc, mais aussi de proposer aux évêques de nouvelles pistes d’action. Pour Olivier Savignac, l’une des priorités est de libérer la parole en organisant des soirées de discussion dans les paroisses. Car selon lui, de nombreuses personnes victimes – parfois il y a des décennies – ne sont pas encore sorties du silence. « Cela ira dans le sens de la grande commission d’enquête que l’Église veut lancer, souligne-t-il. Il faut mettre des moyens, le premier est humain. »

Parmi les autres chantiers évoqués, l’indemnisation financière des victimes, « même symbolique », est pour lui « indispensable », notamment dans le cas des affaires prescrites, où les personnes n’ont plus aucun moyen de faire reconnaître ce qu’elles ont vécu. « Une indemnité, même de 1 000 €, est une forme physique de réparer », assure-t-il.

Pour Véronique Garnier, cette somme aiderait aussi les victimes à payer les longues années de psychothérapie souvent indispensables à leur reconstruction.

L’opportunité de créer une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les abus sexuels dans l’Église, débattue par les évêques, ne faisait, elle, pas l’unanimité.

Quel serait son objectif ? De quels moyens humains et financiers serait-elle dotée ? À l’heure où nous bouclions ces pages, l’initiative n’avait pas été votée.

Reste que pour Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France, une nouvelle page doit s’ouvrir dans la lutte contre la pédophilie.

« Nous avons fait des choses, mais ce que nous faisions jusqu’à maintenant, nous le faisions seuls, a-t-il reconnu. Aujourd’hui, nous le ferons ensemble, avec les personnes victimes. »

De notre envoyée spéciale à Lourdes Agnès Chareton

 

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

blessée pour nos Prêtres

renaitre 09/11/2018 à 16:06

Enfin on commence à crier cette injustice, alors que depuis des mois nous salissons nos prêtres et beaucoup croient qu'ils sont les seuls dans ce désastre. Selon un rapport de l'OMS rendu public en 2014, dans 94% des situations, c'est un proche qui ... lire la suite

Paru le 15 novembre 2018

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