L'urgence d'un loi pour l'emploi

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Des jeunes manifestent contre la loi El Khomri à Nantes © Loic Venance / AFP
L'urgence d'un loi pour l'emploi
Des jeunes manifestent contre la loi El Khomri à Nantes © Loic Venance / AFP

Concilier flexibilité et sécurité, c'est l'un des atouts de la loi El Khomri estime Benoît Fidelin, rédacteur en chef à Pèlerin

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À propos de l'article

  • Publié par :Benoit Fidelin
  • Édité par :Gilles Donada
  • Publié dans Pèlerin
    6954du 10 mars 2016

C’est peu dire si je m’en souviens de ce reportage ! C’était en Finlande, en 2006. J’étais parti voir comment ce pays avait fortement réduit le chômage des jeunes et des salariés âgés. « Mais tu nous as raconté des miracles en matière d’emploi ! » s’était écrié mon chef de service en lisant mon article.

De fait, le taux de chômage était passé en quinze ans de 21 % à 7 %, grâce à la fameuse « flexécurité », mélange de souplesse offerte aux employeurs et de garanties données à leur personnel. « Vous verrez, on protège davantage l’employé que l’emploi », m’avait prévenu un interlocuteur à Helsinki. Si les entreprises pouvaient, en effet, se séparer assez facilement de leurs salariés, ceux-ci bénéficiaient d’allocations généreuses et d’un accompagnement efficace pour retrouver du travail. À tel point que 70 % d’entre eux décrochaient un job dans les trois mois suivant leur licenciement et 90 % dans les six mois.

Du coup, les Finlandais cultivaient l’optimisme en s’adaptant au marché du travail où, les compétences évoluant sans cesse, les salariés sont appelés à changer plus souvent d’emplois et de secteurs professionnels. « À quand de telles pratiques en France pour en finir avec le chômage de masse ? » m’étais-je demandé à mon retour.
Il m’aura fallu attendre dix ans et l’actuelle proposition de loi sur le droit du travail (lire p. 28).

Bien sûr, ce texte est porté par un pouvoir à bout de souffle et discrédité sur le front de l’emploi, vu les 600 000 chômeurs supplémentaires depuis 2012. Il surgit, de plus, après un débat empoisonné sur la déchéance de la nationalité, mesure aussi inflammable qu’inefficace. Bref, la réforme majeure du quinquennat Hollande arrive bien tard et tombe très mal.

Mais est-ce une raison pour refuser les réformes audacieuses dans une France où, non, on n’a pas tout essayé contre le chômage ? Et notamment des mesures courageuses qui, en donnant plus de souplesse et de lisibilité aux entreprises pour affronter l’économie mondialisée, lèvent les freins à la création d’emplois au profit des éternels recalés de l’embauche : les jeunes et les salariés âgés. Quitte à en démunir d’autres au nom d’un juste partage des risques ? C’est là, justement qu’apparaît nécessaire la collaboration de syndicats responsables, afin de garantir une sécurité aux salariés face à la flexibilité. Pourvu que leur concertation avec le gouvernement aboutisse ! Car rien ne serait pire que l’immobilisme… 

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Paru le 20 septembre 2018

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