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En gare de Saint-Quentin (Aisne). © passiondutrain.com / Flickr / CC
En gare de Saint-Quentin (Aisne).
En gare de Saint-Quentin (Aisne). © passiondutrain.com / Flickr / CC

Rendez-vous en gare de Saint-Quentin, dans l’Aisne. Un train supprimé, un autre en retard pour rentrer à Paris. Et, pour Anne Ponce, l’occasion d’observer ceux qui restent en rade sur le quai. Une métaphore de notre époque...

Dossier

Nos éditos

Les éditos d'Anne Ponce

À propos de l'article

  • Créé le 30/04/2014
  • Publié par :Anne Ponce
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6857, du 2 mai 2014

Me voici à la gare de Saint-Quentin, en attente du train Intercités pour Paris Nord. Affichage du tableau des départs : Train de 16 h 10, retard 50 min.

Peu après : Supprimé. Je ne dois pas m’énerver. Le prochain train
est annoncé pour 17 h 13. Retard 25 min. « Incidents techniques » qu’ils disent. Puis la SNCF lâche le morceau : « Train retardé en raison de l’attente d’un membre du personnel » (? !)

Son. Ecoutez l’édito d’Anne Ponce.

 

Ici j’évite tout commentaire, j’ai peur de devenir méchante. Alors que je reviens déjà d’un enterrement et qu’il fait froid, c’est le bouquet ! Bon, voyons le bon côté des choses : j’ai du temps pour écrire mon édito.

Il faut dire que je suis frappée ces derniers temps du nombre de gens en errance dans les gares. Des personnes qui se trouvent dans le hall, parfois sur le quai, mais qui ne montent jamais dans aucun wagon. Ils sont là, tournent en rond.

Certains font beaucoup d’efforts pour maintenir les apparences, d’autres ont abdiqué l’ambition d’avoir l’air comme tout le monde. Parfois ils viennent vers vous.

Florilège de sollicitations :

On m’a volé mon portefeuille, pouvez-vous me dépanner d’un peu d’argent ?

→ Un homme, look jean et polo.

Auriez-vous quelques pièces : il nous manque 4 euros pour payer une chambre dans un hôtel social.

→ Un jeune couple, air épuisé et crâne rasé.


Je suis en galère, pouvez -vous m’aider ?

→ Une dame, mise élégante et dynamique pouvant évoquer une catéchiste de la paroisse.

Bref une métaphore de notre époque. Dans notre société, il y a les chanceux qui voyagent en première classe et foncent à grande vitesse : places chères et limitées.

À l’autre extrémité, on trouve ceux qui restent en rade sur le quai, ne trouvent plus leur place sur les voies du travail, du logement, du lien social : désolés, c’est complet.

Au milieu, la majorité de ceux qui ont leur ticket pour le confort et la sécurité mais ne sont pas à l’abri d’un incident d’aiguillage : réservation non garantie.

Et enfin les quelques-uns qui sont chargés de conduire la locomotive du pays mais qui semblent parfois oublier de mener tous les wagons, à destination : en attente d’un membre du personnel. Et voilà, il est 17 h 51 : mon Intercités prend finalement le départ. J’espère que personne ne reste à quai.

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Paru le 20 septembre 2018

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