Mgr Philippe Bordeyne, recteur de l’institut catholique de Paris : "Gaudete et Exsultate ne s’adresse pas à une élite"

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© Stéphane de Sakutin / AFP
Mgr Philippe Bordeyne, recteur de l’institut catholique de Paris : "Gaudete et Exsultate ne s’adresse pas à une élite"
© Stéphane de Sakutin / AFP

La nouvelle exhortation du pape François se comprend dans une perspective d’ensemble. Entretien avec le recteur de l’Institut catholique de Paris, Mgr Philippe Bordeyne, théologien moraliste.

À propos de l'article

  • Créé le 12/04/2018
  • Publié par :Christophe Henning
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7064 du 19 avril 2018

Pèlerin. Avec sa troisième exhortation apostolique, on peut parler d’une invitation à la sainteté ordinaire, ce que le pape François appelle "la classe moyenne de la sainteté".
Mgr Philippe Bordeyne. C’est un texte qui s’adresse à tous les croyants et ne vise pas une élite. Déjà dans Evangelii Gaudium, il encourageait "Un petit pas, au milieu de grandes limites humaines". Aujourd’hui, il appelle à la sainteté par "cette constance à aller de l’avant chaque jour" §7.

Mais il y a des obstacles à la sainteté…
Le pape François déploie son message et développe une juste théologie de la grâce en dénonçant deux hérésies historiques qui connaissent des formes actuelles, la gnose qui est la doctrine sans la miséricorde, et le pélagianisme qui place en premier la volonté de l’homme.

Quelle place prend ce texte dans son pontificat ?
L’exhortation Gaudete et Exsultate est écrite dans la continuité des précédents textes. Elle est signée deux ans après Amoris Laetitia, jour pour jour. Ce texte constitue l’approfondissement de l’enseignement fondamental sur la grâce et le don de Dieu que François avait inauguré avec Evangelii Gaudium.

On voit bien la portée pastorale de ce texte qui est aussi une réflexion théologique sur notre attachement au Christ.
Une méditation que le pape François mène depuis longtemps : on trouve par exemple dans le chapitre 4 du document d’Aparecida des évêques d’Amérique latine, rédigé en 2007 par un certain cardinal Bergoglio, cette définition de "la vocation des disciples missionnaires à la sainteté" appelés à "se configurer véritablement avec le Maître". Dans l’exhortation, la formule est encore plus directe : "Le dessein du Père, c’est le Christ, et nous en lui" §21.

Des propos tout simples qui ne sont pas sans provoquer les "savants" de l’Église…
Bien sûr, il donne des petits coups de patte aux théologiens, mais s’appuie sur les plus grands d’entre eux comme saint Bernard, Thérèse d’Avila et Jean de la Croix, Catherine de Sienne et saint Augustin, pour rappeler le primat de la grâce, déjà évoqué avec Thomas d’Aquin dans Amoris Laetitia, ou encore avec Thérèse de Lisieux qui se présente à Dieu "les mains vides".

Cette question de la sainteté pourrait-elle nuire au rapprochement des catholiques avec leurs frères protestants ?
Reprenant les propos de Jean Paul II, le pape rappelle la portée œcuménique du martyre : "Le témoignage rendu au Christ jusqu’au sang est devenu un patrimoine commun aux catholiques, aux orthodoxes, aux anglicans et aux protestants". S’il est difficile vis-à-vis de nos frères réformés de parler de l’intercession auprès des saints, le pape rappelle que les œuvres sont toujours les fruits de la grâce, ce qui nous unit sur le fond.


Le pape a voulu une écriture simple, accessible, ce qui n’empêche pas un texte important.
C’est une véritable exhortation : "J’exhorte chacun à se demander et à discerner devant Dieu" (§62). Et encore : "Il est de mon devoir, en tant que son Vicaire, de supplier les chrétiens d’accepter (les requêtes de Jésus) et de les recevoir avec une ouverture d’esprit sincère, “sine glossa”, autrement dit, sans commentaire, sans élucubrations et sans excuses". C’est une parole forte : on ne peut pas édulcorer le côté dérangeant de l’Évangile quand le pape vient murmurer à l’oreille de chacun qu’il faut prendre soin du frère le plus fragile  qui est image de Dieu (§61-63).

Il pousse les fidèles à s’engager, et pas seulement à prier ou se retirer du monde, bien au contraire…
Oui, c’est un appel à agir, il est très ignacien : c’est la contemplation dans l’action  ou la spiritualité de l’action. On a besoin d’une sainteté incarnée. J’aime beaucoup la chronique d’une journée de sainteté ordinaire (§16) où il décrit la vie d’une mère de famille. C’est le pape, prédicateur de la Maison Sainte-Marthe, qui parle et nous dépeint la sainteté en quatre saynètes. Il met la vie spirituelle et la mission à la portée de tous.


Vidéo de la soirée des Bernardins, avec les discours de Mgr Pontier et du président de la République

 

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Paru le 18 octobre 2018

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