Marcel Rufo : "Gestation pour autrui, attention danger !"

agrandir Marcel Rufo
Marcel Rufo © Alain Tendero
Marcel Rufo
Marcel Rufo © Alain Tendero

Marcel Rufo, pédopsychiatre, intervient chaque semaine dans Pèlerin pour apporter son "Grain de sel". Cette semaine, il a décidé de donner son point de vue sur la GPA (gestation pour autrui).

À propos de l'article

  • Créé le 28/05/2013
  • Modifié le 28/05/2013 à 14:00
  • Publié par :Marcel Rufo
  • Édité par :Julien Jégo
  • Publié dans Pèlerin
    6793 du jeudi 7 février 2013

La gestation pour autrui (GPA) fait les gros titres des journaux. En cause : une circulaire de la Chancellerie facilitant l'accès à la nationalité française des enfants conçus à l'étranger de cette façon. Je ne peux, malgré de multiples rencontres avec des couples en souffrance du fait de leur stérilité, me résoudre à accepter l'idée de cette pratique.

En l'état de nos connaissances, nous savons déjà que de multiples communications s'établissent entre la mère et l'enfant au cours de sa vie intra-utérine. Les recherches ont ainsi démontré que l'audition fœœtale était fonctionnelle et que, dès le 7e ou 8e mois, parfois même avant, l'enfant à naître se dotait d'une véritable mémoire. D'autres travaux s'appuient sur l'importance du sommeil paradoxal, support des rêves, vers le 8e ou 9e mois de la grossesse : les électroencéphalogrammes montrent que ces phases de sommeil peuvent être synchrones chez la mère et le fœœtus.

Comment dès lors ne pas faire l'hypothèse que la femme puisse transmettre ses rêves et son émotion à son enfant ? En tout cas, dès la naissance, les audiogrammes révèlent non seulement que le bébé reconnaît la voix de sa mère, mais aussi qu'il lui accorde une attention soutenue. L'école de psychologie cognitive de Harvard, animée par les Prs Terry Brazelton et Joshua Sparrow, a mis en évidence les compétences du nouveau-né et ses interactions avec sa mère : il identifie l'odeur de sa maman, il réagit au son de sa voix, il préfère le goût de son lait.

■ Le nouveau-né identifie l'odeur de sa maman et réagit au son de sa voix

Bien entendu, il s'agit aussi de respecter les femmes stériles quand le recours à cette technique de procréation émane d'un couple hétérosexuel. Combien de fois ai-je perçu chez celles que j'ai eu l'occasion de rencontrer, et qui avaient « loué les services » d'une mère porteuse, un désarroi majoré ! Je ne dis pas, bien sûr, qu'elles ne peuvent parvenir, ensuite, à adopter l'enfant de leur époux, mais elles se retrouvent seules à devoir accomplir ce travail d'adoptante.

Enfin, il faut prêter attention aux mères « gestatrices » : peut-on considérer l'utérus comme un simple réceptacle, une fabrique d'enfants  ? Cette vision organique fait l'impasse sur ce que nous ont appris les psychologues spécialistes de la grossesse, le puissant investissement affectif des mères sur l'enfant à venir, dès les premiers mois de la grossesse. On ne me fera pas croire que la GPA, en dépit de la référence à « autrui » qu'introduit cette nouvelle dénomination, est une solution différente et plus supportable que celle qu'on nous présentait autrefois sous la désignation de « mère porteuse ». Quel que soit son nom, elle relève d'une approche à laquelle, en tant que médecin et citoyen, je m'oppose résolument.

Marcel Rufo, le Grain de sel du Pèlerin n°6793

■ Retrouvez l'article « Gestation pour autrui, attention, danger ! » de Marcel Rufo dans Pèlerin n°6793 du jeudi 7 février 2013.

Trouvez Pèlerin chez le marchand de journaux le plus proche de chez vous (entrez "Pèlerin" puis votre adresse postale).

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 18 octobre 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières