Mariage pour tous : les représentants des religions invitent les députés à ne pas entreprendre une "réforme hasardeuse"

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Mariage pour tous : les représentants des religions invitent les députés à ne pas entreprendre une "réforme hasardeuse" © Manuel Cohen / AFP
Mariage pour tous : les représentants des religions invitent les députés à ne pas entreprendre une "réforme hasardeuse"
Mariage pour tous : les représentants des religions invitent les députés à ne pas entreprendre une "réforme hasardeuse" © Manuel Cohen / AFP

Devant les députés, les représentants des grandes religions (chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes) ont détaillé, le 27 novembre, leurs principales inquiétudes face au projet de mariage pour tous.

À propos de l'article

  • Créé le 28/05/2013
  • Modifié le 28/05/2013 à 14:00
  • Publié par :Sabine Harreau
  • Édité par :Gilles Donada

Le 27 novembre, à l’'Assemblée nationale, dans la salle Lamartine, les représentants des grandes religions étaient invités à s'’exprimer devant la commission des lois :
■ Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des évêques de France.
■ Le pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante de France.
■ Le grand rabbin de France, Gilles Bernheim.
■ Le métropolite Joseph, représentant de l’'Assemblée des évêques orthodoxes de France.
■ M. Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman.
■ La vénérable Marie-Stella Boussemart, présidente de l'Union bouddhiste de France.

Mgr Vingt-Trois : "La loi crée de nouvelles discriminations vis-à-vis des enfants"
 
Mgr Vingt-Trois a pris la parole le premier. "Le projet de loi ne vise pas quelques aménagements du code civil, mais un changement radical qui touche à l’'équilibre général des relations sociales", a-t-il indiqué en s’'interrogeant sur l’'opportunité de légiférer sur des situations privées touchant un faible nombre d'individus. "La loi doit-elle s’'engager dans la gestion des orientations et des sentiments particuliers, surtout pour une faible minorité ?"

À propos de l’'adoption, Mgr Vingt-Trois a souligné que "le projet vise à satisfaire les attentes des adultes auxquels il semble reconnaître un droit à l’'enfant et évoque l’'absence, pour l’'enfant, du droit de connaître ses origines réelles et d'’être élevé par ses parents".

Pour lui, le projet de loi suscite de nouvelles discriminations pour les enfants : "Les uns de famille hétérosexuelle, d’'autres d’'un ménage homosexuel issu d’'un couple hétérosexuel dissocié, d’'autres, adoptés, sans identification de leur géniteur."

Enfin, Mgr Vingt-Trois a relevé que le projet n’'envisage pas la gestion des conflits familiaux, y compris le divorce, et a conclu en invitant à ne pas entrer dans une "réforme aussi ambitieuse et hasardeuse".

Pasteur Baty : "Le mariage est structuré par la différence des sexes et des générations"
 
Le pasteur Claude Baty a affirmé : "Le mariage n’'est pas la fête de l’'amour mais une organisation sociale qui contribue à structurer les relations en symbolisant la différence entre générations, entre les sexes, entre personnes épousables et personnes non-épousables. Il est le lieu où se construisent les rapports entre les sexes et les générations."

Claude Baty a poursuivi en expliquant : "Que deux hommes ou deux femmes ne puissent pas s’'épouser "ne nous paraît pas une atteinte à l’'égalité mais le respect d’'un agencement du corps social fondé sur autre chose que les sentiments."

Mais il a reconnu légitime la demande, par les couples homosexuels, d’'une sécurité juridique accrue, et évoqué la possibilité d’'une union civile.

Enfin, concernant la filiation, il a rappelé qu'’il est "important et structurant que l'’enfant puisse se situer dans une lignée paternelle et une lignée maternelle. Quoi qu’'on en dise, notre origine est bisexuée."

Métropolite Joseph : "Droit à l'enfant ou bien droit de l'enfant ?"

Le métropolite Joseph, se fondant sur sa foi, a affirmé la nécessité de sortir des préjugés : "Apporter un regard positif sur la différence, un regard d'’amour et de compréhension et non de condamnation et de suspicion…. Ceci est en soi quelque chose d’'agréable à Dieu."

Toutefois, il a plaidé pour une prise de conscience : "Derrière l’'intention louable, le projet de loi touche à la notion du couple, à la conception de la famille, de la filiation, de l'’éducation des enfants, de l’'altérité, de la différence des genres, des régimes matrimoniaux…. La nécessité de prendre en compte les transformations de la société et de répondre à certaines attentes, par souci de justice et d’'égalité, ne doit pas menacer d’'ébranler une des institutions centrales de notre société."

Le métropolite s'’est ensuite interrogé sur le droit à l’'adoption : "Est-ce un droit à l’enfant ou un droit de l’'enfant ?"

Enfin, il a appelé à un débat national "afin d’'entrevoir toutes les solutions alternatives et de mettre fin à cette source de divisions."
 

Rabbin Bernheim : "Il n'est pas nécessaire d'ajouter la loi à ce qui existe déjà"
 
Le rabbin Gilles Bernheim a rappelé qu'’il avait diffusé, en octobre, un document : "Mariage homosexuel, homoparentalité et adoption : ce que l’'on oublie souvent de dire".

Il est revenu sur deux points. Il a souligné, d'une part, la différence entre amour et mariage : "Au nom de l’'égalité, on ne peut pas donner droit au mariage à tous ceux qui s’'aiment." Il a rappelé les fonctions du mariage, qui "n’'est pas uniquement la reconnaissance d’un amour, mais l’'institution qui articule l’'alliance de l’'homme et de la femme, l'’instauration d’une famille qui crée une relation de filiation entre ses membres."

Gilles Bernheim a, d'autre part, défait l’'argument selon lequel l’'homoparentalité existant déjà, il faudrait créer un cadre juridique pour protéger ces enfants.

"Le code civil envisage la possibilité de déléguer l’'autorité parentale à un tiers sur décision du juge. La compagne homosexuelle peut déjà partager avec la mère l’'autorité parentale. Il n'’est donc pas nécessaire d’ajouter la loi à ce qui existe déjà pour répondre aux situation des familles recomposées, y compris homoparentales."

Président Moussaoui : "La transformation d'une institution millénaire"
 
Le Président Mohammed Moussaoui a réaffirmé son opposition au mariage de deux personnes du même sexe, tout en souhaitant contribuer au débat démocratique et en insistant sur la condamnation de l’'homophobie.

Le projet de loi n’'est pas "une simple extension, mais la transformation d'’une institution millénaire". Il a également indiqué que "la mission du mariage ne peut être réduite à la reconnaissance du lien amoureux".

Si certains sondages donnent 65 % de Français favorables au mariage homosexuel et 53 % en faveur de l’'adoption par des couples homosexuels, il a rappelé qu'"avant le lancement des états généraux de la bioéthique, en 2008, une majorité de Français était favorable à la gestation pour autrui. Après un semestre de débats publics, ils étaient une majorité à s’'opposer à cette pratique."

Vénérable Marie-Stella Boussemart : "Bouddha n'a jamais parlé d'homosexualité"
 
Enfin, la vénérable Marie-Stella Boussemart a expliqué qu'’il y avait sans doute une pluralité d’'opinions parmi les bouddhistes et que "Bouddha n’'avait jamais parlé d’'homosexualité". Elle a aussi indiqué que, dans les pays d'’Asie, le mariage de deux personnes du même sexe n'’existe pas.

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Paru le 20 septembre 2018

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