Les enfants de couples homosexuels témoignent

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Les enfants de couples homosexuels témoignent © Adrià Fruitòs
Les enfants de couples homosexuels témoignent
Les enfants de couples homosexuels témoignent © Adrià Fruitòs

Comment grandir dans une famille (re)composée de deux mamans ou de deux papas ? Porter le lourd secret de ses origines ou, au contraire, assumer sa tribu pas comme les autres, à l'école, face aux copains ? Où trouver des modèles d'altérité pour se construire ? Trois enfants de couples homosexuels témoignent, suivi du regard éclairé de notre expert Marcel Rufo pour nourrir la réflexion.

À propos de l'article

  • Créé le 29/05/2013
  • Modifié le 29/05/2013 à 14:00
  • Publié par :Catherine Lalanne
  • Édité par :Caroline Chabir
  • Publié dans Pèlerin
    6802 du 11 avril 2013

Alexandre, 39 ans : « J’ai porté le secret de mon père »

«Quand j'ai appris l'homosexualité de mon père, j'avais 15 ans. Nous vivions avec ma mère et mon frère, comme une famille ordinaire, mais je sentais que quelque chose n'allait pas. Je me disais que mes parents allaient peut-être divorcer. Un jour, mon père est venu dans ma chambre et m'a demandé : 'À ton avis, qu'est-ce qui ne va pas à la maison ?' Je lui ai répondu que je pensais qu'il allait quitter maman. C'est alors qu'il m'a annoncé qu'il était attiré par les hommes, qu'il en avait eu honte pendant des années, qu'il n'était pas question qu'il se sépare de ma mère, que personne n'était au courant à part elle. Et qu'il avait le sida.

Dans les années 1980, l'homosexualité était taboue. Mon père venait d'un milieu où elle était considérée comme une maladie. Il avait fait sa vie en enfouissant ses désirs jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus. Qu'il soit homosexuel ne m'a pas choqué. Mais la souffrance qu'il a endurée pendant toutes ces années de clandestinité a été quelque chose de très douloureux pour moi.
 Mes parents ont continué de vivre ensemble. Ils ne formaient plus un couple mais s'aimaient beaucoup. Chacun menait sa vie amoureuse de son côté. Personne dans la famille ne devait être au courant, ni les oncles ni les grands-parents. Lorsque la maladie est devenue grave et que papa a été hospitalisé, nous avons continué à préserver son secret.
 L'homosexualité de mon père n'a pas modifié mes relations avec mes parents. Il restait mon père et ma mère restait ma mère. Avec le temps, je me suis dit que c'était leur histoire, leur intimité, et que cela ne me regardait pas. Je connaissais le compagnon de chacun et j'ai accepté la situation. Pourtant, j'ai mis du temps avant d'en parler. Mes copains ne savaient rien. D'une certaine façon, j'ai entretenu le tabou de mon père. Je me suis aussi posé des questions sur moi. À l'époque, on disait que l'homosexualité était héréditaire. Et puis, j'ai compris que j'étais attiré par les femmes et non par les hommes.
Quand mon père est mort, c'était difficile de toujours devoir se taire. Je parle sereinement de son homosexualité depuis deux ou trois ans seulement. J'ai d'ailleurs raconté à mes enfants l'histoire de leur grand-père. Ne pas avoir eu une parole libre plus tôt a été douloureux. Mais cette épreuve m'a fait gagner en tolérance. »

Louise, 27 ans :  « J’ai grandi entre deux mamans aimantes »

«Ma mère biologique, Sybille, avait 37 ans quand elle a rencontré sa compagne, Sylviane, 42 ans. Elles ont décidé d'avoir un enfant et ont demandé à un couple d'amis, Françoise et Gérard, si ce dernier acceptait d'en être le géniteur. C'est ainsi que Gérard est devenu mon père.

Je considère que j'ai deux mamans. Mais j'ai aussi un père que je vois régulièrement, une belle-mère, Françoise, des demi-frères et sœurs, les enfants de mon père et de sa femme. Nous sommes une sorte de famille recomposée, sauf qu'il n'y a jamais eu le drame de la séparation !

Mes mamans m'ont parlé de leur homosexualité lorsque j'étais adolescente. Bien sûr, intuitivement, je l'avais déjà perçue. Cela n'a pas posé de problème. Mes copains et copines venaient à la maison. Les maîtresses d'école étaient au courant.

Mon père n'a pas pris une vraie part dans mon éducation. C'était un peu comme un oncle. Je n'ai pas su ce que cela signifiait d'avoir un père présent à la maison. Ce que l'on ne connaît pas ne nous manque pas ! Quant à l'autorité de mes deux mamans, je faisais comme tous les enfants. Sybille, ma mère biologique, était plus sévère que Sylviane. Donc, selon les sujets, j'allais vers l'une ou l'autre. Au plus facile.
Je pense que j'ai eu de la chance de grandir dans une famille aimante. Les homosexuels ne font pas de meilleurs parents que les hétérosexuels mais ils ne sont pas moins bons. Comme dans toutes les familles, il y a des cas où ça fonctionne bien et d'autres où cela se passe mal. L'éducation n'est pas une science exacte. Et la vie d'une famille non plus. »

Noé, 24 ans :  « Mes oncles m’ont servi de modèles »

«Ma mère était bisexuelle. Elle s'est mariée avec mon père et ils ont eu deux enfants, mon frère, de quatre ans mon cadet, et moi. J'avais 5 ans lorsqu'ils ont décidé de divorcer. Leur rupture n'avait rien à voir avec l'orientation sexuelle de ma mère. Ils ne s'entendaient plus, c'est tout. J'avais 8 ans lorsque maman a rencontré Gaëlle, qui est devenue sa compagne. Nous vivions, mon frère et moi, avec elles deux et nous voyions notre père deux fois par mois.

Quand maman a décidé de s'installer avec Gaëlle, elle est venue nous voir dans notre chambre et nous a dit simplement : 'Ce n'est pas un beau-père que vous aurez mais une belle-mère !' Je n'ai pas posé de question. Mon frère a été un peu déstabilisé. Mais ensuite, la situation était entendue. Je n'ai jamais considéré Gaëlle comme une seconde maman. Pour moi, c'est une personne qui s'est impliquée dans mon éducation alors que mon père était peu présent.

Nous vivions à Beauvais, dans l'Oise. À l'école, je n'ai jamais entendu de critiques de la part de mes camarades. À la maison, même si Gaëlle était partie prenante de toutes les décisions, c'était ma mère qui avait le dernier mot en matière d'éducation. Bien sûr, il y avait des conflits. Comme dans toutes les familles, à la maison, nous discutions beaucoup. Les repas constituaient un grand moment de dialogue sans tabou.
 Aujourd'hui, avec le recul, je considère que cette situation a été une chance pour moi. J'ai compris que les relations amoureuses ne se limitaient pas à l'autre sexe et j'envisage les choses de manière très égalitaire. Mon amie est heureuse qu'il en soit ainsi. Je crois aussi que je connais un peu mieux les femmes...
Je ne pense pas qu'un enfant a besoin d'un papa et d'une maman. En revanche, il lui faut des référents des deux sexes. J'étais très proche de mes oncles ainsi que de mes grands-parents. Ils m'ont servi de modèles et nourri de leur expérience. Plus on est confronté à la diversité, plus on est ouvert. La sexualité repose sur des rencontres, des personnes. On n'est jamais à l'abri d'être attiré par quelqu'un du même sexe que soi. »

 ■ L'avis de Marcel Rufo

« Ces témoignages éclairent plus sereinement le débat concernant les enfants d'homosexuels. Noé  a pu satisfaire son besoin d'identification grâce à ses oncles et grands-parents. Car un substitut de papa ou de maman, il est possible d'en trouver ailleurs si on ne les a pas chez soi ! Un professeur de sport, une amie de la famille... sont des figures d'identification possibles et compensatrices. Le témoignage le plus émouvant est celui d'Alexandre . Il a porté le poids du secret de son père parce que l'homosexualité était considérée comme une maladie honteuse. L'exclusion et le rejet subis par son père l'ont fait souffrir. Son récit démontre que nos enfants nous guérissent de nos blessures d'enfance. En racontant ce qu'il a vécu à ses enfants, Alexandre brise la chaîne du silence.
Le point commun entre Louise , Noé  et Alexandre  est qu'ils ont connu leurs parents biologiques. La question de la filiation ne s'est dont pas posée. La connaissance du passé familial est le socle de leur équilibre. Ce n'est pas le cas pour les enfants élevés par des couples homosexuels quand ils sont adoptés, plus encore quand ils ont été conçus par insémination de donneur anonyme. Enfin, ces jeunes gens ont développé de la sympathie pour les homosexuels. Et ils nous délivrent un vrai message de tolérance. »

► La parole donnée aux personnes homosexuelles, mais aussi à leurs parents et enfants. Des témoignages décryptés par les psychanalystes Geneviève de Taisne et Danièle Brun et par le pédopsychiatre Marcel Rufo. Lire l’enquête intitulée Face à l’homosexualité, les familles à cœur ouvert , de Catherine Lalanne, Timothée Duboc, Sabine Harreau et Laurence Valentini, dans Pèlerin n° 6801 du 4 avril 2013.

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Vos commentaires

2 Commentaires Réagir

parents équilibré(e)s, enfants équilibré(e)s

Sandy 16/07/2018 à 13:05

Prof dans un petit lycée catholique pour jeunes filles des États-Unis, je peux témoigner que mes élèves issues de couples du même sexe sont à l'image des jeunes dont vous publiez les témoignages. Il s'agit de jeunes filles bien dans leur peau, ... lire la suite

L'idéologie engendre la souffrance... ne tombez pas dans ce travers.

Gab 26/03/2014 à 15:27

Je suis abasourdi qu'un magazine comme pèlerin puisse avoir de tels a priori. En effet, de nombreux autres témoignages d'enfants de couples homosexuels démentent complètement les précédents ; alors pourquoi ne montrer que ceux qui ont bien vécu cela ... lire la suite

Paru le 18 octobre 2018

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