Sœur Bernadette Moriau : “J'ai tout reçu de Dieu !”

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Sœur Bernadette Moriau est la 70e miraculée de Lourdes reconnue par l'Église. © David Morganti
Sœur Bernadette Moriau est la 70e miraculée de Lourdes reconnue par l'Église.
Sœur Bernadette Moriau est la 70e miraculée de Lourdes reconnue par l'Église. © David Morganti

Dix ans après sa guérison inexpliquée, la religieuse de Beauvais (Oise) a été reconnue 70e miraculée de Lourdes par l'Église. Avec des mots simples et d'une grande profondeur, elle témoigne dans un livre du mystère de cette grâce. Rencontre avec une femme lumineuse.

Les grands entretiens Pèlerin

À propos de l'article

  • Créé le 25/09/2018
  • Publié par :Agnès Chareton
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7087 du 27 septembre 2018

D'où est venue l'idée de ce livre ?
Ce livre m'a été demandé. Au début, je n'étais pas très chaude, parce que ce n'est pas trop mon truc. Et puis, l'évêque m'a encouragée. Je l'ai fait en obéissance à l'Église. Mais si j'avais su tout ce qui m'attendait, je ne sais pas si j'aurais eu le courage ! (Rires.)

Il était important de témoigner du miracle de votre guérison ?
Oui, ce témoignage est une mission que j'ai reçue. Je me vois mal garder cette grâce pour moi ! (Silence.) En même temps, c'est un dépouillement. J'ai dit à l'une de mes sœurs : « Tu te rends compte, tout le monde va tout savoir, comment va-t-on me regarder ? » Ce n'est pas facile. Mais je n'ai pas tout révélé, ni donné trop de détails. De toute façon, j'ai dit la vérité. J'ai beaucoup de défauts, sauf celui-là, de ne pas être vraie. Ce que j'ai vécu, je l'ai expérimenté dans ma chair, au plus profond de moi-même.

Tout commence en 2008, lorsque vous vous rendez en pèlerinage à Lourdes sur le conseil de votre médecin. Que s'est-il passé ?
Je suis partie en pèlerinage avec les autres malades. Dès le quai de la gare, j'ai vécu l'un des premiers miracles de Lourdes : celui de la fraternité. Je savais que j'allais terminer ma vie en fauteuil roulant et que c'était irréversible. À la grotte, j'ai senti la présence silencieuse et mystérieuse de la Vierge Marie et de Bernadette. J'ai vécu le sacrement de la réconciliation, qui donne une grande paix, et j'ai accepté de recevoir le sacrement des malades pour avoir la force de continuer mon chemin. Je savais que j'allais terminer ma vie en fauteuil roulant et que c'était irréversible. Depuis quarante ans, la souffrance faisait partie de mon chemin. Atteinte du syndrome de la queue de cheval*, je devais porter un corset et une attelle au pied. J'étais équipée d'un neurostimulateur pour canaliser la douleur et je devais prendre de fortes doses de morphine. Je n'ai jamais demandé la guérison. Au cours d'un temps d'adoration, alors que le prêtre bénissait les malades avec l'ostensoir, j'ai expérimenté au plus profond de moi-même la présence vivante du Christ. Dans la prière, j'ai reçu cette parole : « Je marche au milieu de vous, je vois ta souffrance, celle de tes frères et sœurs malades, donne-moi tout. » J'ai offert ma souffrance au Seigneur et j'ai prié pour ceux qui étaient à côté de moi.

J'ai reçu cette parole : "Je marche au milieu de vous, je vois ta souffrance, celle de tes frères et sœurs malades, donne-moi tout".

Trois jours plus tard, de retour dans votre fraternité de Bresles, près de Beauvais, votre vie bascule…
Je suis restée allongée avec des calmants pendant trois jours pour récupérer. Le vendredi 11 juillet, j'étais en adoration dans la chapelle. Il était 17 heures, la même heure que la procession du Saint-Sacrement à Lourdes. Cette expérience spirituelle m'avait laissé une grande joie. À 17 h 45, j'ai senti une détente dans mon corps. Une chaleur m'a envahie. Elle partait du cœur. Rentrée dans ma chambre, une voix m'a dit : « Enlève tes appareils. » J'ai pensé à l'Évangile où Jésus dit au paralytique : « Lève-toi, prends ton grabat et marche. » Dans un acte de foi, j'ai enlevé l'attelle. Mon pied qui était tordu était redressé. J'ai ôté le corset. Je pouvais bouger sans douleur. « Regarde ce qu'il m'arrive ! » ai-je dit à ma sœur. Nous avons pleuré et prié ensemble. Le jour même, j'ai arrêté le neu-rostimulateur et la morphine que je prenais depuis 1994. Je suis allée aux toilettes, et je n'avais plus besoin de me sonder, ce que je devais faire depuis neuf ans. J'ai beaucoup pleuré. Impossible de trouver le sommeil cette nuit-là. J'étais dans l'action de grâce, mais sans réaliser ce qui m'arrivait.


Après dix ans d'enquête médicale, l'Église a reconnu le caractère miraculeux de votre guérison. Aujourd'hui, quel sens lui donnez-vous ?
Je ne la comprends pas. C'est un mystère. Pourquoi moi ? Je ne sais pas. Quelqu'un m'a écrit récemment : « Parce que vous en rayonnez et que vous êtes capable de témoigner. » Mais oui, cette question m'habite, d'autant que j'ai perdu plusieurs frères et sœurs pour qui j'avais beaucoup prié. Je reste devant le mystère et j'accueille cette grâce que Dieu m'a donnée, en étant consciente que ce n'est pas pour moi. C'est un don fait en Église, peut-être pour raviver notre foi et redonner un petit peu d'espérance. La première fois que j'ai témoigné auprès des malades, j'appréhendais. Comment allaient-ils réagir ? N'allaient-ils pas se demander : pourquoi a-t-elle été guérie et pas nous ? À la fin de mon témoignage, ils m'ont dit : « Vous nous avez redonné de l'espérance, ça nous a fait du bien ! »

Que dites-vous à ceux qui souffrent ?
Je n'ai pas peur de dire aux malades que, moi aussi, j'ai vécu des moments très durs où j'ai eu envie d'en finir. Parfois, on n'a plus que nos larmes à offrir. C'est quand on n'a plus rien que le Seigneur donne tout. J'en suis persuadée. Le texte des noces de Cana m'a marquée. Marie dit aux serviteurs : « Faites tout ce que Jésus vous dira. » Je me dis : « Oui, j'ai fait ce qu'il m'a dit. » La cruche qui était vide, le Seigneur l'a remplie. Au fond, notre vie, c'est un peu ça, se laisser remplir. Face à des personnes en grande souffrance, je n'ai pas de paroles. Tu ne baratines pas sur la souffrance. Je leur dis simplement de regarder Jésus sur la croix. Et que je prie pour eux. C'est tout ce que je peux dire. D'autant que notre souffrance ne prend sens qu'unie à celle du Christ. Il y a aussi des bonnes nouvelles. Hier soir, j'ai appris qu'une jeune de 16 ans qui souffrait d'un cancer allait beaucoup mieux. J'avais prié pour elle à Lourdes avec sa meilleure amie. Cette intention m'avait beaucoup habitée. Je porte une foule de gens dans la prière au quotidien. Alors, quand je reçois des messages comme ça, je dis : « Merci Seigneur ! » Ça me dépasse. Je ne peux pas en tirer orgueil. J'ai tout reçu de Dieu, par l'intercession de la Vierge Marie.


Je ne peux pas en tirer orgueil. J'ai tout reçu de Dieu, par l'intercession de la Vierge Marie.

Votre maladie s'est déclarée à l'âge de 27 ans et n'a fait que progresser pendant quarante ans. Qu'est-ce qui vous a fait tenir ?
Dans la maladie, on est confronté à sa propre solitude. Mais j'avais un tempérament actif. J'ai toujours aimé la vie. Ce tempérament, et mon ouverture aux autres, m'ont sauvée. Jamais je ne me suis enfermée sur moi-même, car je vivais en communauté religieuse et avais côtoyé les malades et les handicapés à l'hôpital ou dans les centres de rééducation. On porte parfois un regard de pitié sur le handicap alors que les personnes handicapées ont une capacité de vivre la joie, l'amour. J'ai vécu à plein avec mes limites. J'aimais la musique, la peinture, tout. Quand ça allait trop mal, je m'arrêtais et dès que ça allait mieux, je reprenais. Dans les années 1980, je suis même partie en pèlerinage à Vézelay en 4L avec un groupe de jeunes ! Je portais un corset, je souffrais du dos et des jambes, mais mon pied n'était pas encore paralysé. Après, ma santé s'est dégradée progressivement. Il y a eu des moments de découragement, où j'en ai eu assez de souffrir physiquement et moralement. Quand j'ai eu envie de capituler, le Seigneur m'a tenue. Si je n'avais pas eu la foi, je ne sais pas si je serais encore là.

À quoi ressemble votre nouvelle vie ?
Maintenant, je fais tout ! J'ai les limites de mon âge mais, pour l'instant, rien ne m'arrête. Ça ne durera pas, je ne suis pas éternelle. Je croque la vie à pleines dents, pour le service des autres. J'ai toujours vécu pour eux. C'est ma vocation.

Vous êtes désormais appelée à témoigner dans toute la France. Alors que vous venez de fêter vos 79 ans, comment voyez-vous l'avenir ?
J'ai appris à vivre au jour le jour ce qui m'est donné. C'est sûr qu'hier soir, quand j'ai sorti le planning pour octobre et novembre, je me suis dit, flûte, moi qui n'aime pas partir, je suis servie ! (Rires.) Il faut se mettre en route. Mais je ne fais pas de plans. De toute façon, l'inattendu de Dieu, nous ne pouvons pas le prévoir. Nous sommes là aujourd'hui, cet aujourd'hui ne reviendra pas. Alors qu'est-ce que j'en fais ? Et demain ne m'appartient pas. 

* Une grave atteinte des racines lombaires et sacrées.


Biographie

23 septembre 1939 : Naissance à Raismes (Nord) dans une famille d'ouvriers.

1959 : Entre chez les Franciscaines Oblates du Sacré-Cœur, à Nantes.

1965 : Obtient son diplôme d'infirmière.

1966 : Début des douleurs. Quatre interventions chirurgicales suivront, sans amélioration.

1967 : Prononce ses vœux définitifs.

8 juillet 2008 : Part à Lourdes et reçoit le sacrement des malades. Sa guérison a lieu trois jours plus tard, le 11 juillet.

11 février 2018 : Après dix ans d'enquête, Mgr Jacques Benoit-Gonnin, évêque de Beauvais, déclare le caractère miraculeux de la guérison.

Septembre 2018 : Parution de Ma vie est un miracle, avec Jean-Marie Guénois, Éd. J.-C. Lattès, 250 p. ; 17 €.



En aparté

Bernadette-Moriau 90

Une table en plastique, quelques chaises, un verre de jus de raisin : sœur Bernadette nous accueille en toute simplicité dans sa fraternité de Bresles. Avec ses yeux bleus pétillants, son bon sens plein d'humour et sa vivacité, difficile de l'imaginer en fauteuil roulant ! Depuis l'annonce du miracle, sa vie est devenue un tourbillon. « Je n'ai jamais eu un rythme pareil ! » s'exclame la religieuse, qui va entamer une tournée de promotion de son livre partout en France. Pour la « gloire de Dieu », elle accepte d'endosser cette « mission ». « Les photos, c'est ma plus grande pénitence ! » dit-elle en riant devant l'objectif du photographe.

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

J'ai tout recu de Dieu , soeur Bernadette Moriau

Wa Bilonda 26/09/2018 à 20:06

En lisant le témoignage de sœur Bernadette Moriau, je découvre la profondeur de sa foi en Dieu à travers sa prière et son engagement fidèle à sa vocation chrétienne. Elle est convaincue de son engagement : "J'ai toujours vécue pour les ... lire la suite

Paru le 6 décembre 2018

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