Samuel Bénard, atteint d'autisme : "Pour moi, oui, la vie est belle tout le temps"

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Samuel Bénard : "Pour moi, oui, la vie est belle tout le temps. J'ai la joie de vivre." © Louise Allavoine
Samuel Bénard : "Pour moi, oui, la vie est belle tout le temps. J'ai la joie de vivre."
Samuel Bénard : "Pour moi, oui, la vie est belle tout le temps. J'ai la joie de vivre." © Louise Allavoine

Rien de prévu le 9 juin ? Venez faire la fête avec des personnes handicapées dans vingt villes de France. Samuel Bénard, 36 ans, atteint d'autisme, vous attend à Paris. Pèlerin l'a rencontré.

Les grands entretiens Pèlerin

À propos de l'article

  • Créé le 06/06/2018
  • Publié par :Marie-Christine Vidal
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7071 du 7 juin 2018

Vous êtes ambassadeur de la première Nuit du handicap. Que va-t-il se passer le 9 juin ?
Dans vingt villes, il y aura plein de fêtes, des pots avec des handicapés, des spectacles, de la musique. Pour porter un regard différent sur le handicap. Moi, je serai à Paris, sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame.


 

Pourquoi parlez-vous de regard différent ?
Quand on a un handicap, on nous regarde de travers. Par exemple, je marche un peu différemment des autres et, dans la rue, je sens des regards un peu durs. Les gens ont peur. La différence fait toujours peur.

Le mot « handicap », vous l'assumez ?
Il n'est pas facile à entendre mais je l'accepte. Tout le monde ne le dit pas mais chacun a un handicap intérieur. Même ceux qui en ont peur : cette peur, c'est leur handicap ! La normalité n'existe pas, la perfection n'existe pas. Tout le monde a ses fragilités intérieures. Même Macron, même Neymar (footballeur vedette du PSG, ndlr), même Johnny (Hallyday, ndlr).

À quel âge avez-vous pris conscience de votre handicap ?
Petit, je me rendais compte de ma différence, mais je ne savais pas ce que c'était. Je m'en suis rendu compte quand j'ai galéré pour trouver un travail. On voulait m'orienter vers du jardinage, mais je voulais travailler dans le monde des livres. J'ai fait plus de quarante stages avant d'être embauché.

Où travaillez-vous ?
Dans une bibliothèque de la Ville de Paris. Au début, j'avais des contrats d'avenir. J'avais toujours peur qu'ils ne soient pas renouvelés. Puis j'ai passé un concours de la fonction publique. Catégorie C, magasinier. Comme j'avais du mal à écrire, je l'ai passé à l'oral. Et je l'ai eu. C'est ma plus grande fierté. Surtout vis-à-vis de mes grands-parents : j'étais leur premier petit-enfant à avoir un emploi.

Tout se passe bien au travail ?
Oui, super. Depuis septembre, je suis responsable du planning du service au public. C'est la tâche la plus importante : sans cela, la bibliothèque ne peut pas tourner. À une époque, j'avais des problèmes avec certains collègues qui ne comprenaient pas mon handicap. Ils étaient un peu trop exigeants avec moi. Par exemple, ils voulaient que je couvre des livres, alors que je ne peux pas. Mais tout ça, c'est fini. Aujourd'hui, je travaille avec une équipe formidable. Ils m'ont accepté comme je suis. Pour rien au monde je ne travaillerais ailleurs. Je suis un homme de contact. Je ne me verrais pas enfermé pendant des heures devant mon ordinateur.

Le 9 avril, vous avez pris la parole devant le président de la République, invité par les évêques au Collège des Bernardins, à Paris.
J'ai été très honoré. Parler devant tous les évêques de France et devant le président de la République, ce n'est pas donné à tout le monde. J'ai ressenti beaucoup d'émotion parce qu'on allait enfin reconnaître mes difficultés, et qu'à travers moi, les personnes handicapées pourraient enfin être mises à leur juste place.

Emmanuel Macron a lui aussi été ému de vous rencontrer, non ?
C'est vrai. Il m'a d'abord salué après mon intervention puis, à la fin de la soirée, il a demandé à me revoir. Il m'a dit : « Merci beaucoup, c'était super. C'est impressionnant, votre parcours. » J'ai vu dans son regard qu'il avait été très sensible à mon témoignage. À ce moment-là, j'ai dit à Brigitte et Emmanuel (Macron, ndlr) : « Je vous invite à Philae ! » (le foyer de l'Arche où il vit, à Paris,ndlr). Brigitte a été exceptionnelle : elle est venue une semaine après.

Racontez !
Elle m'a rendu visite un mercredi, en fin d'après-midi. Je lui ai fait visiter mon studio, celui de mon ami Abou. Elle a parlé à tout le monde : aux volontaires en service civique, aux éducateurs. Elle a dit que le handicap lui tenait très à cœur. Quand elle est partie, je lui ai dit : « La prochaine fois, viens avec Manu ! »

Parlez-nous de vos passions.
Ma passion, c'est Johnny, le chanteur. Parce qu'il a été très courageux dans sa vie. Il a eu beaucoup de coups durs. La première fois que j'ai entendu une chanson de lui, c'était L'envie, et j'ai eu envie de l'aimer. J'avais 15 ou 16 ans. Depuis, j'ai assisté à quasiment tous ses concerts. J'ai tous ses disques, toutes ses revues, tous ses livres. Le matin de sa mort, c'est mon frère qui m'a appelé pour me l'annoncer. J'étais complètement miné mais j'ai trouvé le courage d'aller travailler. On est allés à son enterrement. C'était très émouvant. Johnny, c'était mon tout et il reste mon tout. Pour moi, il est éternel.

Et le football ?
Alors là, je suis fan depuis tout petit. Mon amour pour le foot date de 1981 et d'un coup franc de Platini contre les Pays-Bas.

Mais 1981, c'est l'année de votre naissance !
Oui, j'étais tout bébé. Ce jour-là, j'étais dans les bras de ma grand-mère maternelle ; mon père et mon parrain regardaient la télévision, et au moment du but, ils ont tous les deux sauté de joie. J'ai senti leur émotion. Je supporte le Paris-Saint-Germain. J'ai eu longtemps un abonnement au Parc (des princes, ndlr) mais, aujourd'hui, c'est trop cher. Je regarde tous les matches à la télé. La seule chose que je n'aime pas, c'est qu'ils gagnent beaucoup d'argent.

Diriez-vous que la vie est belle ?
Pour moi, oui, tout le temps. J'ai la joie de vivre. J'habite dans une belle ville comme Paris, j'ai des amis fidèles, un travail, une famille très soudée.

Vous êtes très proche de votre frère…
Oui. Avec Flo (Florent, ndlr), j'ai une relation fusionnelle. Un peu comme celle de mon peintre préféré, Vincent Van Gogh, avec son frère Théo. Lors de la soirée aux Bernardins, Flo a dit que j'étais son roc. Lui est ma fierté. Je l'admire beaucoup. Il me protège. Il est toujours attentif aux gens fragiles. Ses amis sont devenus mes amis. Je pars en vacances avec eux.

Comment voyez-vous votre vie dans dix ans ?
Je serai installé dans mon nouveau foyer (2) où j'aurai encore plus de liberté qu'ici, tout près de chez mes parents, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Je travaillerai toujours en bibliothèque, mais peut-être dans une autre. Je rêve aussi tout le temps de rencontrer mon âme sœur. Quand je vois mon frère, ma sœur, mes cousins en couple, je souffre parfois d'être seul. Mon âme sœur, ce sera quelqu'un qui me fera du bien et qui comprendra qui je suis. Pas forcément quelqu'un d'handicapé.

Et Dieu dans tout ça ?
Il compte énormément pour moi. C'est celui qui me protège quand je ne vais pas bien. Je le retrouve aussi à Foi et lumière (groupes d'amitié entre personnes handicapées, leurs proches et leurs amis, ndlr), un lieu très important pour moi. J'y ai découvert des gens inoubliables, fraternels, pleins de joie de vivre.

Existe-t-il un secret du bonheur ?
Oui : regarder les personnes handicapées. Elles donnent toujours du bonheur quand elles voient quelqu'un sur leur chemin. Les gens fragiles ont une énorme force. Ils sont plus persévérants, ont le contact très facile et aiment donner de l'amour. Et ça, il faudrait que les gens qui n'ont pas de handicap le comprennent.

(1) Organisée par l'Office chrétien des personnes handicapées. rens.  ici

(2) Ses parents ont fait construire un foyer de vie pour personnes handicapées.




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Biogaphie

1981 Naît à Paris.
1995 Diagnostiqué autiste.
1998 Commence à enchaîner les stages (il en effectuera plus de quarante).
2009 Embauché dans une bibliothèque après avoir réussi un concours de la Ville de Paris.
2014 S'installe dans un foyer de l'Arche, à Paris.
9 avril 2018 Témoigne, avec son frère, devant Emmanuel Macron et les évêques de France


En aparté

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"Pas simple de soumettre les questions de notre entretien à un ami. ''Sam'', avec qui j'ai fait du théâtre et vécu de joyeuses aventures à Foi et lumière, se retrouve ambassadeur de la Nuit du handicap, émeut le président de la République et reçoit la première dame chez lui. Mais… ouf ! Sam reste Sam et accepte de me rencontrer. Nous voici attablés dans un petit bistrot du quartier de Montparnasse, à Paris, pour aborder des questions essentielles, voire existentielles, de sa vie. Le regard vert attentif, il répond avec cœur et simplicité. La classe, Monsieur l'ambassadeur."
 Marie-Christine Vidal

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Paru le 6 décembre 2018

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