Marina Carrère d'Encausse se livre

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© William Beaucardet
Marina Carrère d'Encausse se livre
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Santé des Français, marche du monde... L'éclairage de Marina Carrère d'Encausse.

Les grands entretiens Pèlerin

À propos de l'article

  • Créé le 21/11/2018
  • Publié par :Éyoum Nganguè
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7095 du 22 novembre 2018

Depuis près de vingt ans, vous animez des émissions liées à la santé. Quel bilan dressez-vous de celle des Français ?
Il est positif. Les Français sont beaucoup plus acteurs de leur santé qu’autrefois: ils bougent plus, mangent mieux, fument et boivent moins. Et malgré quelques polémiques, ils se font vacciner. Les dépistages de cancers sont aussi entrés dans les mœurs. De plus, nous savons de mieux en mieux traiter de nombreuses pathologies telles que les cancers et les accidents vasculaires cérébraux. Enfin, le personnel soignant est très compétent.

L’hôpital paraît pourtant bien malade !
Il est à bout de souffle. Dans une grande démocratie comme la nôtre, ceux qui n’ont pas les moyens n’ont pas accès à des appareils dentaires, à des lunettes correctes ou à des soins adaptés. Il est inadmissible que tous les enfants porteurs d’un handicap ne disposent pas d’un auxiliaire de vie scolaire ! Mais ce qui me révolte le plus, c’est le traitement indigne de nos aînés dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Éhpad). Notre système de santé n’a pas pris en compte le fait que la population vieillit et va, de ce fait, devenir dépendante.

Quelle est la solution ?
Le nerf de la guerre : il faut de l’argent pour rénover ou créer des infrastructures, et permettre au personnel de travailler dans les meilleures conditions possible. La santé et la fin de vie doivent être des priorités.

Comment lutter contre les déserts médicaux ?
La décision de libérer le numerus clausus– système qui restreint le nombre d’étudiants pouvant accéder aux études de médecine – permettra d’avoir plus de médecins mais on ne verra ses effets que dans dix ans. Et sans mesures d’accompagnement, cela ne servira à rien. Car on ne peut pas demander à un jeune médecin d’aller s’installer dans une région où son conjoint ne va pas trouver de travail, où il n’y aura pas d’école à proximité pour ses enfants. Il faut des incitations financières et la mise en place de maisons de santé, ces structures au sein desquelles plusieurs médecins travaillent. Ils peuvent ainsi s’organiser pour confronter leurs diagnostics, prendre de vraies vacances.

Pourquoi avoir renoncé à exercer comme médecin et choisi la télévision ?
Donner des avis et des conseils à des milliers de téléspectateurs constitue une autre manière d’exercer la médecine. Lorsque j’anime une émission, j’ai conscience de m’adresser à un malade ou à une famille de malades. Même lorsque je présente « Le monde en face », le fait d’avoir une formation de médecin décuple ma capacité d’écoute des maux de notre société.

Vous auscultez régulièrement notre planète dans « Le monde en face ». À quels défis se trouve-t-elle confrontée ?
D’abord à la protection de l’environnement. Nous devons nous impliquer et transmettre à nos enfants les gestes utiles à sa préservation. Ensuite aux inégalités grandissantes entre pays riches et pauvres. Ajoutées aux guerres que subissent plusieurs pays du Sud, elles sont à l’origine d’afflux de migrants chez nous. Pour sortir de cette spirale, il faudrait instaurer des échanges plus équitables, particulièrement avec les pays africains. Enfin, plus inquiétant : le terrorisme. Sans politique concertée et une Europe plus forte, il ne sera pas facile de l’éradiquer.

Vous êtes engagée au sein de l’association Enfants de l’Inde...
Oui. Tous les soirs, l’association donne des cours aux enfants d’un des villages les plus pauvres d’Inde où je me rends au moins une fois par an. Des filles sont devenues infirmières ou ingénieures. Sauvées de la misère et de la violence, elles accèdent à une vie digne. C’est pour elle une espérance inimaginable. Je note que, malgré la crise, les Français restent généreux chaque fois qu’ils sont sollicités pour des causes, même si elles ne les touchent pas directement. Par ailleurs, de plus en plus de jeunes s’impliquent bénévolement dans des associations caritatives. Tout cela me rend optimiste.

Vous parrainez aussi l’association Les bibliothèques sonores...
Oui. Nous apportons de la littérature à des publics qui n’y ont pas accès pour des raisons sociales, financières ou de handicap, par exemple les non-voyants. Ayant présidé des jurys de clubs de lecture dans un Éhpad et une prison pour femmes, j’ai pu noter à quel point la lecture permet à des gens dans des situations dramatiques de rêver, de parler entre eux.

C’est cela qui vous a poussée vers une carrière de romancière ?
Enfant, je rêvais déjà d’écrire. J’ai commencé vingt romans, arrêtés au bout d’un chapitre... faute d’idées. Puis mon frère (l’écrivain Emmanuel Carrère) s’est mis à publier des livres. Ma mère (Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française) écrivait déjà. Je ne pensais pas pouvoir trouver une place entre eux dans la littérature. Mais ce désir n’a pas cessé de me tenailler. À 50 ans, j’ai estimé que si je ne franchissais pas le pas, je ne le ferais jamais. Dès mon premier roman, mon frère m’a félicitée. Quant à ma mère, c’est après avoir lu mon deuxième livre qu’elle m’a dit : « Tu es un écrivain. »

Trop modeste ! Vous semblez avoir eu besoin de l’imprimatur de vos proches pour vous rassurer sur vos talents. Pourtant vos livres ont été des succès...
Ce qui m’intéresse n’est pas le nombre d’exemplaires vendus, mais l’accès du plus grand nombre aux textes que j’écris. J’espère que les versions poche de mes romans seront lues par les personnes les plus modestes !

Romancière, médecin, présentatrice télé, mère... Comment parvenez-vous à tout gérer de front ?
À 30 ans, quand j’écrivais mes premiers livres (des essais médicaux), je me levais à 6 heures du matin pour travailler. Désormais, je donne la priorité à mes enfants et réserve quelques plages importantes à mes amis et mes parents. Pour tout dire, je suis très paresseuse. Mais dès que je m’y mets, j’abats une grande quantité de travail.

En aparté
"Dans son bureau d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) où elle nous reçoit, les murs sont tapissés d'images d'enfants : les siens, et celles de ses nombreux protégés indiens. Y sont aussi épinglées des caricatures représentant quelques-uns de ses légendaires fous rires. Sa bonhomie à l'écran n'est pas feinte. « J'aborde parfois des sujets difficiles et lourds. La bonne humeur sur le plateau me permet d'en parler avec bienveillance », nous explique-t-elle. E.N.

marina enfnin

Biographie

1961 Naissance à Paris.

1987 Docteur en médecine.

Depuis 1999 Présente sur France 5 « Le journal de la santé », devenu en 2004, « Le magazine de la santé ».

Depuis 2008 Présente sur France 5 « Enquête de santé ».

Depuis 2014 Présente « Le monde en face », sur France 5.

2018 Sortie en Poche de son roman Une femme entre deux mondes, Éd. Pocket, 208 p. ; 6,70 €.


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Paru le 6 décembre 2018

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