Magnus MacFarlane-Barrow nourrit un million d'enfants

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© bruno Levy
Magnus MacFarlane-Barrow nourrit un million d'enfants
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1 250 000 repas sont distribués chaque jour à des enfants pauvres par l’ONG Mary’s Meals (Les repas de Marie). Son fondateur fait le récit de cette étonnante aventure dans un livre.

Les grands entretiens Pèlerin

À propos de l'article

  • Créé le 31/07/2018
  • Publié par :Christophe Chaland
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7079 du 2 août 2018

Quelle est la vocation de l’association Mary’s Meals (Les repas de Marie) ?
Notre mission est simple : fournir un repas par jour à des enfants parmi les plus pauvres au monde, sur le lieu même où ils sont scolarisés. Aujourd’hui, Mary’s Meals procure un repas quotidien à plus de 1 250 000 enfants, dans quinze pays, grâce aux dons venant de quinze autres pays.

Comment cela a-t-il commencé ?
L’aventure Mary’s Meals a commencé concrètement au Malawi (petit pays de l’ Afrique de l’Est, NDLR) en 2002. Mais il faut remonter à 1983 pour comprendre. J’avais 15 ans. Nous nous étions rendus en famille à Fatima (Portugal), l’année précédente. Ma sœur aînée, Ruth, a lu quelques lignes dans la presse sur les apparitions de la Vierge Marie à Medjugorje, ville de la Yougoslavie d’alors, aujourd’hui en Bosnie-Herzégovine. Nous avons donc demandé à nos parents d’y aller. Ils ne pouvaient pas se libérer mais, à notre grande surprise, ils nous ont encouragés à voyager sans eux ! La semaine passée là-bas fut pour nous une forte expérience de l’amour de Dieu.  


Avec mon frère, nous avons entendu dire que des gens manquaient de tout dans un camp près de Medjugorje. Nous voulions agir.

Nous sommes revenus emplis d’une joie profonde, avec le désir de mettre le Seigneur à la première place dans nos vies. Nos parents étaient stupéfaits. Ils firent alors le voyage et, à leur retour, décidèrent de transformer leur maison en centre de retraites spirituelles. Neuf ans plus tard, la guerre a éclaté en Bosnie-Herzégovine. Je travaillais alors dans une ferme aquacole. Avec mon frère, nous avons entendu dire que des gens manquaient de tout dans un camp près de Medjugorje. Nous voulions agir. Nos parents ont alors demandé à leurs amis, à la famille, aux personnes passées par le centre de retraites, d’apporter nourriture, vêtements et médicaments que nous livrerions en Bosnie. J’ai obtenu de justesse une semaine de disponibilité de mon employeur, et nous sommes partis. Je n’ai jamais repris mon travail d’éleveur de saumons : pendant mon absence, les dons avaient continué à arriver, et j’ai su à mon retour que j’avais une décision à prendre. Après avoir réfléchi et prié, j’ai démissionné et me suis consacré à l’aide à apporter en Bosnie-Herzégovine et en Croatie. Nous avons appelé notre organisation familiale Scottish International Relief (Aide internationale écossaise).

Le Vatican retient son jugement sur les apparitions mariales de Medjugorje. Comment le vivez-vous ?
Je comprends que le discernement soit très difficile pour l’Église. Je respecte de toute façon sa position.

Comment le Scottish International Relief est-il devenu Mary’s Meals ?
En 2002, la presse a parlé abondamment de la famine en Afrique australe. Au Malawi, 3 millions d’enfants étaient en danger de mort. Nous nous demandions : « Pouvons-nous faire quelque chose ? » À la maison, l’un de nous a lancé : « Qu’est devenue cette dame qui nous avait écrit du Malawi ? » De fait, en 1983, de retour de Medjugorje, ma sœur Ruth avait écrit un article publié dans le Catholic Herald, un journal très lu dans le monde anglophone. Nous avions reçu des milliers de lettres et les avions toutes oubliées, sauf une, contenant ces mots : « Je suis Gay Russell, j’habite au Malawi et je pilote un avion pour une compagnie sucrière. » Penser à cette femme diffusant des nouvelles de Medjugorje dans son petit avion était devenu un sujet de plaisanterie entre nous.


Aucun doute : nous devions lancer Mary’s Meals. C’était la volonté de Dieu.

Or, ce jour de 2002, donc, un homme nommé Tony Smith se trouvait à la maison, pour une retraite. Il est intervenu dans la conversation : « Je la connais ! Je travaille avec elle. Je peux vous mettre en contact. » Nous étions abasourdis. Deux mois plus tard, nous retrouvions Gay Russell et Tony Smith au Malawi. Un soir, Tony me fit une confidence : « J’ai entendu à la télévision un discours passionné d’un sénateur américain : “Si les États-Unis décidaient de procurer un repas par jour à chaque enfant des pays en développement, cela sortirait ces pays de la pauvreté.” J’ai eu comme une inspiration, continua Tony : si quelqu’un s’emparait de ce projet, le confiait à la Vierge, et l’appelait Mary’s Meals, ce que décrivait le sénateur se produirait. » Immédiatement, la cohérence de tout ce qui m’était arrivé les années précédentes m’est apparue. Aucun doute : nous devions lancer Mary’s Meals. C’était la volonté de Dieu.

D’où vient l’intuition « un repas pour un jour d’école » ?
Lors de ce premier séjour au Malawi, j’ai accompagné un prêtre qui visitait une famille. Le père était mort, la mère, atteinte du sida, se trouvait à l’agonie. Elle était allongée sur le sol, souffrante, au milieu de ses six enfants. Elle nous dit : « Je ne peux plus rien, sinon prier pour que quelqu’un s’occupe de mes enfants. »

Je voudrais avoir quelque chose à manger et aller à l’école.

Je me suis tourné vers l’aîné, Edward, qui avait 14 ans : « Qu’est-ce que tu veux ? Qu’est-ce que tu espères ? » Il m’a répondu : « Je voudrais avoir quelque chose à manger et aller à l’école. » Cela m’a fait réfléchir sur le lien entre la faim et la scolarisation. Les enfants pauvres ne peuvent pas aller à l’école parce qu’ils doivent mendier pour se nourrir. Si nous leur donnions un repas à l’école, ce serait une puissante motivation pour aller en cours.

Quelle est votre expérience de la charité ?
J’aime ce mot. Il est démodé, et c’est dommage. La charité authentique rejoint la personne qui nous fait face dans ses besoins immédiats, et elle veut la libérer de toute dépendance vis-à-vis du donateur. C’est ce que nous essayons de faire. Donner, c’est devenir plus pleinement humain. Mary’s Meals repose sur la générosité de très nombreuses personnes qui font de petits dons, y compris des enfants. Et aussi sur celle de très nombreux bénévoles qui préparent, dans les écoles, les repas des enfants. Je suis très impressionné par le don d’eux-mêmes que font ces gens. Par leur bonté. Nous tenons à garder ce caractère populaire de Mary’s Meals.

Pour vous, l’action de la Providence est tangible ?
Oui. C’en est même drôle, par moments. Ainsi l’histoire vécue avec un groupe de musulmans de Bosnie, que nous avons connus en Écosse alors qu’ils s’y étaient réfugiés. En 1995, les conditions étant réunies pour qu’ils rentrent enfin chez eux, et je les ai accompagnés avec un camion plein à craquer. Mais les douaniers belges les ont refoulés à leur frontière: leurs papiers ne leur permettaient pas de traverser l’Europe.

L’enveloppe contenait un chèque de 4 200 livres, de la part d’un prêtre d’Irlande.

J’ai calculé que je disposais de juste assez d’argent sur le compte bancaire familial, 4 200 livres (à peu près 35 000 francs à l’époque), pour payer des billets d’avion à chacun, tandis que je continuerais avec le camion. Revenant à la maison, je me demandais comment j’allais m’en sortir financièrement. Ma femme, Julie, m’a accueilli, visiblement émue, en me tendant une enveloppe. J’ai cru qu’il était arrivé quelque chose de grave. L’enveloppe contenait un chèque de 4 200 livres, de la part d’un prêtre d’Irlande. Elle ajouta : « Nous ne le connaissons pas, et il veut rester anonyme. »

C’est tout de même difficile de croire en la Providence...
Je me sens privilégié. Je ne sais pas pourquoi il m’a été donné de vivre des choses pareilles. Je ne vais pas dire : « Faites ceci et vous connaîtrez la même expérience. » Je sens que nous sommes embarqués dans ce travail pour servir nos prochains, et en particulier les petits, les enfants. Et nous comprenons bien que si nous éprouvons de l’amour pour eux, Dieu les aime tellement plus! Il me semble que si nous sortons un tant soit peu de notre confort, Dieu nous bénit pour cela.

Vous avez rencontré le pape François. Sa parole vous réconforte ?
C’est un homme extraordinaire, incroyablement courageux. Je ne sais pas où il trouve cette force. Il veut une Église qui se tourne vers les plus pauvres. Et c’est plus important que jamais.


Éd. des Béatitudes, 18 €.

LE CABANON QUI NOURRIT UN MILLION D'ENFANTS

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Paru le 6 décembre 2018

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