Écrivain à succès, Timothée de Fombelle se confie.

Timothée de Fombelle a vendu des millions de livres pour la jeunesse, il publie aujourdhui un ouvrage intime pour les grands.

Pour la première fois, Timothée de Fombelle, auteur de livres pour la jeunesse, aux millions d'exemplaires vendus, publie un ouvrage, intime et sensible, pour les grands.

Les grands entretiens Pèlerin

À propos de l'article

  • Créé le 02/01/2018
  • Publié par :Isabelle Vial
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7048 du 28 décembre 2018

Pourquoi écrire pour la première fois sur l'enfance, et non plus pour les enfants ?

Neverland est un voyage dans mon enfance. Je puise beaucoup mon inspiration dans mes premières années, bien plus que dans celles des enfants autour de moi. Pour moi, la jeunesse est davantage un territoire géographique qu'un temps passé. Cette métaphore de l'enfance comme un lieu, et pas seulement comme l'écoulement du temps, me semble être le seul moyen de pouvoir y voyager.

J'ai le sentiment profond que l'enfance est un pays, le lieu d'une fantastique chasse au trésor. Comme écrivain, mon seul mérite est de trouver les mots pour décrire cet esprit d'enfance que l'on possède tous. C'est une sorte de pile atomique qui nous fait vivre, parfois sans que nous le sachions vraiment. C'est l'esprit suspendu de la liberté et du possible, avant que n'approche le pays des adultes, avec ses contraintes et ses responsabilités.


Êtes-vous resté proche de la vôtre ?

Oui… Peut-être parce que j'ai écrit des livres lus par un jeune public, j'ai l'impression d'avoir su garder ouvert le chemin vers mon enfance. Je vais y puiser ce que je mets dans mes livres : le goût de l'aventure, du rêve, de l'imaginaire… Je n'aurais pas pu les faire sortir de nulle part. Je les ai simplement gardés en vie. J'ai la nostalgie des émotions grandioses qui vont avec l'âge tendre, quand on ressent tout en « jamais » ou « toujours ».

Comme cette sensation, à la veille des vacances, d'avoir devant soi un continent de liberté, que l'école ne recommencera jamais, que les vacances n'auront jamais de fin. Ce qui ne nous arrive plus quand on grandit. Or retrouver du temps, c'est retrouver l'enfance. J'ai la chance, très particulière et très fragile, presque miraculeuse, de pouvoir retourner sur les lieux de ma jeunesse.

La petite maison près de la mer de ma grand-mère, que l'on essaye de garder avec mes cousins et mes oncles, et cette maison sur la Sèvre nantaise où nous passions nos étés chez mes grands-parents, avec tous les cousins. Dans une liberté de créer totale, absolue.


Pourquoi écrivez-vous que lorsqu'on grandit, on fait « semblant de devenir adulte » ?

L'enfance renvoie à une forme de fragilité qui peut faire peur. On se mure alors dans le sérieux, dans une forme de dureté : « Voyons, tu n'es plus un enfant ! » On peut craindre de retrouver cette vulnérabilité. Ce n'est pas mon cas. Les héros forts, je ne sais rien en dire. La fragilité de la vie forme ma matière première.

Je crois qu'elle fait partie de l'existence et même que c'est à travers elle que l'on peut se laisser toucher par les autres. L'enfance renvoie aussi à une forme de pauvreté. Pas seulement celle de ne rien posséder mais celle qui permet de tout recevoir. Se laisser atteindre, en profondeur, par ce qui nous arrive est sa marque. Ce qui la teinte d'une certaine gravité.


Cette gravité vous est-elle familière ?

Il y a des moments où la vie ne rigole pas… En même temps, je suis fondamentalement optimiste, je rebondis facilement. J'ai vu des catastrophes dont je pensais qu'on ne pouvait pas sortir, et pourtant, on y a survécu. La souffrance, puis la mort de mon père, lorsque j'avais une vingtaine d'années, ont représenté pour moi l'écroulement d'un monde.

Je ne pensais pas que notre famille s'en remettrait. J'avais interrompu mes études pour l'accompagner. J'étais simplement à ses côtés, j'essayais de rendre les heures plus belles en étant là, en m'occupant du quotidien avec ma mère. Je me souviens de la plénitude, du sentiment d'être utile que j'ai eu alors. Trouver sa place, n'est-ce pas l'une des quêtes fondamentales de l'être humain ?


Cette période a-t-elle marqué votre passage dans le monde des adultes ?

Je ne pense pas qu'il existe un jour précis, ou même que l'on bascule totalement dans l'âge adulte. En fait, j'ai écrit mes livres sur cette blessure. Dans la famille, nous avons réappris à vivre. La disparition des parents ouvre aussi des horizons, oblige à se prendre en main. Quelque chose recommence malgré tout. Mon père nous a fait de la place, disant : « C'est ton tour, à toi de jouer ! » Ça nous a poussés à l'action.

La traversée de sa maladie nous a encore davantage soudés. Nous avons été tout surpris de nous retrouver vivants le lendemain. Étonnés que la vie se poursuive malgré tout.


Vous étiez aussi très proche de vos grands-parents…

Différentes étapes dans ma vie m'ont conduit à réaliser tout ce que je leur devais. Avec chacun, j'ai eu une relation forte et individuelle, même si j'ai trois frères et une petite sœur. Mon grand-père maternel, flamboyant mais modeste, ancien prisonnier en Allemagne, directeur de cabinet du général de Gaulle, était extraordinaire. C'est lui qui m'a dit : « À toi d'écrire, j'ai confiance. »

J'avais aussi une complicité très forte avec ma grand-mère paternelle, lectrice passionnée, cuisinière extraordinaire, gardienne des rituels. Une grand-mère de légende ! Son mari était un grand bricoleur, tout comme mon père. Et moi, je fabrique des tas d'objets. Écrire, c'est pour moi comme raboter une poutre : le travail doit être invisible à la fin. Je leur dois beaucoup. J'ai puisé en chacun d'eux ce que je suis.


On aime vos héros qui incarnent bravoure et dépassement de soi. Ces valeurs sont-elles les vôtres ?

Je résumerais tout cela par le panache. Une forme de courage mais aussi d'inconscience. Mon arrière-grand-mère avait un joli mot que l'on m'a répété toute ma vie : le devoir d'imprévoyance. Se tenir prêts à l'aventure, avec confiance et espérance.


On devine cette espérance dans tous vos livres. Que représente-t-elle pour vous ?

Je crois profondément que la vie n'est qu'un moment de la Vie. Ça change tout ! La mort n'est plus tant une catastrophe… Nos parents nous ont transmis leur foi en assistant à la messe, mais surtout en incarnant au jour le jour les valeurs chrétiennes. Ils posaient sur la vie un regard empreint de confiance et d'espérance.

La foi habitait très simplement notre quotidien. L'un de mes oncles est devenu prêtre. Il pouvait célébrer la messe dans notre cuisine tout en restant lui-même, c'est-à-dire le meilleur pêcheur à la crevette de notre famille, avec qui nous nous retrouvions à 3 heures du matin les pieds dans l'eau !


Et aujourd'hui ?

Je m'interroge, comme chacun, bien sûr, mais je n'ai pas connu d'éloignement de la foi. Toutes les valeurs de l'Évangile sont parfaitement raccord avec ce qui compte pour moi. Je les vis dans la continuité de ce que j'ai appris enfant. Dans la vie quotidienne, je nourris ma vie spirituelle seul ou en paroisse.

J'ai été accompagnant à Lourdes durant deux ans et j'ai découvert cette merveilleuse métamorphose des malades quand on leur porte attention… Dans mes romans, j'essaye toujours de faire de la place à cette espérance : je veille à ce que mes héros s'en sortent. Malgré les épreuves.


Biographie de Timothée de Fombelle

1973 Naissance à Paris.

2004 Naissance de sa fille.

2006 Publication de Tobie Lolness (Éd. Gallimard Jeunesse, deux tomes). À partir de 10 ans.

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2010 Publication de Vango (Éd. Gallimard Jeunesse, deux tomes). À partir de 12 ans.

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2014 Le livre de Perle (Éd. Gallimard Jeunesse, 304 p.) À partir de 13 ans.

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2017 Neverland, (Ed. de l'Iconoclaste, 128 p.). Pour les grands. 15 €.

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Paru le 6 décembre 2018

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