Colette Nys-Mazure : "Oui, c'est une chance de vieillir !"

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© Lison Leroy/Salvator
Colette Nys-Mazure : "Oui, c'est une chance de vieillir !"
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Cinq verbes pour baliser le chemin de la vieillesse, avec l'éclairage de l'écrivain et poétesse Colette Nys-Mazure.

Les grands entretiens Pèlerin

À propos de l'article

  • Créé le 07/06/2018
  • Publié par :Christophe Chaland
  • Édité par :Sabine Harreau
  • Publié dans Pèlerin
    7071 du 7 juin 2018

 OSER

"Grandir, c’est vieillir et vieillir, c’est grandir ",  aimait dire Geneviève Laroque (1930-2012), un grand nom de la gérontologie en France. Mais vieillir n'est pas facile ! « C'est dur », insiste Geneviève de Balincourt, 79 ans, qui accompagne spirituellement des personnes âgées depuis plus de vingt ans et vit elle-même dans un Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Éhpad). De fait, beaucoup de vieux – n'ayons pas peur des mots – se sentent jeunes, alors qu'ils perdent leurs forces.

Nicole, 90 ans, lectrice de Pèlerin, s'interroge, un brin malicieuse : « Suis-je concernée par le sujet ? Pour tout vous dire, dans ma tête, je me crois âgée de 35 ans, et j'ai décidé que ces 35 ans dureraient le temps que le Seigneur voudra bien m'accorder ! »

Avancer en âge, c'est faire de nouvelles expériences, pas forcément agréables. Mais si l'on continue à suivre le Christ sur son chemin déroutant, à lui faire confiance, du neuf peut surgir. « Osez espérer ce qui vous paraît impossible, préparez-vous à la rencontre avec Celui qui n'attend de vous que confiance et gratitude, écrit sœur Dolores Aleixandre, 78 ans, C'est fascinant d'essayer. » Cette théologienne, fort appréciée du pape, le soutient dans l'un de ses derniers ouvrages. (1)

ÉCHANGER

Robert, 87 ans, lecteur de Pèlerin : « La vieillesse m'a fait comprendre que, quand nous déversons amour et compréhension, cela nous revient au centuple », écrit-il. En sage accompli, il soigne ses relations lorsqu'il marche sur les chemins de randonnée – oui, à 87 ans ! –, seul ou avec ses arrière-petites-filles, ou lors de l'un de ses pèlerinages à Lourdes.

RELIRE

La vieillesse impose un voyage au pays de l'intériorité, cet espace où l'on est seul avec soi-même, à l'écart des sollicitations extérieures. Mais le chemin spirituel de chacun est commencé depuis longtemps. François, 45 ans et cinq enfants, engagé aux Équipes Notre-Dame : « Je suis de plus en plus à l'aise avec ma foi chrétienne. L'âge fait du bien. C'est peut-être ça la maturité. » Dans la vieillesse, le cheminement spirituel peut reprendre, plus intense, parce que l'on est plus disponible.

GAGNER

Avoir plus, c'est ce que la société valorise. Or, vieillir, c'est perdre des capacités, qu'elles soient physiques, intellectuelles ou relationnelles ! L'épreuve est rude. Mais l'expérience spirituelle, qui nécessite de lâcher prise, peut y trouver sa place. Christian, 95 ans : «   A 80 ans que j'ai vu mes forces diminuer, j'ai eu un accident vasculaire cérébral. Aujourd'hui, je peux dire, avec saint Paul et Jean Vanier, fondateur des communautés de l'Arche : ''Ma faiblesse, c'est ma force !” Ma vie est plus intérieure, et j'assume mieux ma vieillesse que je n'ai assumé ma jeunesse ». Christian vit le détachement, une valeur essentielle. Celui qui est détaché est capable de rire de lui-même, s'intéresse aux autres et on aime se trouver auprès de lui.  « Nous pouvons oser un détachement vis-à-vis de la mort elle-même, parce que nous mettons notre confiance dans l'amour de Dieu, plus fort que la mort », souligne le dominicain Jean-Marie Gueullette.

PRIER

La vie intérieure plus intense suscite des interrogations, y compris dans le domaine de la foi, et cela peut aller jusqu'à une remise en cause : « Ai-je eu raison de croire ? » Geneviève de Balincourt n'hésite pas à soutenir la foi de ceux qu'elle accompagne : « Nous devons nous annoncer les uns aux autres la foi, l'espérance dont nous vivons. « La prière est facilement envahie par l'activisme, explique Jean-Marie Gueullette. Spontanément, on évite le silence contemplatif en multipliant les demandes. Mais la présence silencieuse à Dieu n'est pas vide. Elle permet de goûter la vie, de la reconnaître comme reçue de Dieu ; de se savoir aimé, indépendamment de ce que l'on est capable de faire. » Cette prière est simple, mais elle demande une pratique quotidienne, même brève. Le regard alors s'illumine.

Voilà qu'en vieillissant on se sent reconnaissant de la pluie et du soleil, des larmes et de la joie, si pauvre et si émerveillé de tout recevoir de notre Père des cieux.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz (1920-2002), déportée, militante d'ATD Quart-Monde.


(1) Aux portes du soir. Vieillir avec splendeur, Éd. Fidélité, 214 p. ; 17,50 €.



3 questions à Colette Nys-Mazure*

C'est une chance de vieillir ?
Ah oui ! Mes parents avaient 30 ans lorsque je les ai perdus, et je ne me figurais pas que j'aurais la chance de vieillir. J'en ai 79 maintenant et suis enchantée d'être là. C'est vraiment une chance d'exister. Accomplir son être est magnifique ! On a tendance à mettre le bon côté de la vie du côté de la jeunesse, mais il n'est pas si facile d'être jeune. Je rends visite à beaucoup de personnes en seniorie (le nom des maisons de retraite, en Belgique, ndlr), et constate que la plupart apprécient d'avancer en vie. Il est important de s'affranchir des préjugés sur la vieillesse !

Qu'observez-vous dans cet accompagnement amical ?
Certains ont un véritable art de vivre. Ma marraine, à 94 ans, est toujours accueillante et avide d'avoir des nouvelles des enfants. Elle lit encore : cette ouverture au monde est capitale. Beaucoup ont tendance à dévaloriser leur vie, si leur entourage ne veille pas à en ranimer les heures lumineuses. Cependant, quand une relation de confiance s'établit, quand on choisit de parler de l'essentiel, la personne accompagnée peut souvent dénouer des rancœurs, effacer des remords. Cela peut encore être un soutien dans la foi. Ma marraine prie le chapelet tous les jours avec d'autres. Un jour, elle m'a demandé : « Tu crois que je vais revoir mon mari là-haut ? – Bien sûr, ai-je répondu, même si nous ne savons pas sous quelle forme nous nous retrouverons. Pas plus que le bébé dans le ventre de sa mère ne peut imaginer le monde dans lequel il va naître. – Ah, ça me fait du bien, répète-le moi », a-t-elle conclu.

Le grand âge porte encore des fruits ?
Oui ! Je pense à la religieuse qui a été capitale pour moi, mère Marie-Tarcisius, morte à 97 ans. Grabataire et aveugle, elle était toujours aussi gaie. Eh bien, cela me soutient, par exemple, quand je souffre de crises d'arthrose. De même qu'un enfant a besoin d'avoir devant lui un papa et une maman qui donnent envie de vivre, nous avons tous besoin d'avoir devant nous des silhouettes lumineuses qui nous précèdent, qui nous disent : ça vaut la peine.

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*Qui vient de publier un nouvel ouvrage : Cette obscure clarté, Éd. Salvator, 188 p. ; 19 €.






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Paru le 6 décembre 2018

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