Sur les traces du père Jacques Hamel

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La tombe du père Jacques Hamel, au cimetière de Bonsecours, près de Rouen (Seine-Maritime). © Amandine Loget
La tombe du père Jacques Hamel, au cimetière de Bonsecours, près de Rouen (Seine-Maritime).
La tombe du père Jacques Hamel, au cimetière de Bonsecours, près de Rouen (Seine-Maritime). © Amandine Loget

Accroché à la colline, le cimetière de Bonsecours domine la ville de Rouen. Parmi les tombes, sous une dalle bien fleurie, reposent quatre prêtres, dont le père Jacques Hamel, assassiné le 26 juillet 2016, à Saint-Étienne-du-Rouvray.

L’endroit paisible porte à la méditation. dans la vallée serpente la Seine. il y a plus d’un siècle, c’est tout spécialement pour le clergé qu’a été créé le cimetière. en contrebas, se trouve le carré des prêtres du diocèse. Qui connaît une agitation inhabituelle depuis deux ans. « Ça défile sans arrêt ! s’exclame Michel. ils viennent tous voir la tombe du père... C’était plus tranquille avant. » Le gardien du cimetière ne cache pas son irritation, même s’il est un peu moins sollicité depuis que la mairie a mis en place une signalétique. Le prêtre assassiné a volé la vedette au poète José-Maria de Heredia (1842-1905), et ce sont des bus qui accostent maintenant sur la colline de Bonsecours. Michel s’inquiète de cette affluence, fervente et bruyante. Certains visiteurs s’étonnent de la pierre toute simple, qui ne se distingue pas des autres sépultures. N’en déplaise au gardien, la tombe du père Jacques Hamel risque d’attirer de plus en plus de monde.


Ça défile sans arrêt ! s’exclame Michel. ils viennent tous voir la tombe du père...

Depuis quelques mois, une main anonyme veille à l’entretien de la tombe où les pèlerins viennent se recueillir. « Quand ils remontent du cimetière, leur visage est différent, ils sont transformés, confie sœur Viviane. il s’est passé quelque chose.» il y a cinq ans, le diocèse a confié aux sœurs de la Présentation de Marie l’animation spirituelle de Notre-Dame de Bonsecours, qui fait face au cimetière. « C’est le seul sanctuaire marial du diocèse, confie sœur Viviane. Les fidèles prient à Bonsecours mais, depuis peu, certains viennent d’abord pour le père Hamel. »


Il faut donner du temps au temps, reconnaît sœur Viviane, souriante : c’est très beau ce qui se passe ici.

Dans la basilique, un troisième cahier a été ouvert pour les intentions de prière à l’intention du prêtre martyr. Les fidèles s’adressent aussi à Notre-Dame, et les quatre religieuses portent indifféremment toutes ces prières sous les voûtes du bel édifice centenaire. « Ce sont souvent des soucis familiaux qui nous sont confiés, et on sait que la famille était importante pour le père Hamel », insiste sœur Viviane. Sa mort a connu un incroyable retentissement, et porte des fruits insoupçonnés... Un miracle lui serait attribué, sans que l’Église en soit encore vraiment saisie. Certains fidèles parlent de grâces reçues qui font déjà de lui un « saint » populaire, avant même l’issue de la procédure (lire encadré). Si une forme de dévotion est en train de naître, rien n’est mis en œuvre pour développer ce pèlerinage : « il faut donner du temps au temps, reconnaît sœur Viviane, souriante : c’est très beau ce qui se passe ici, tout simplement. »

Une piété populaire

Une  troupe  scoute,  une  session  de  jeunes  prêtres,  le  clergé  d’un diocèse, des groupes de Paris, Versailles, Le Mans, des anonymes...

Il était déjà saint sur terre.

Les  pèlerins  viennent  à  la  rencontre du père Hamel, à Bonsecours comme à Saint-Étienne-du-rouvray. Sacristains auprès du père pendant quatorze  ans,  Maria et Sébastien Velardita continuent à ouvrir l’église chaque jour, à préparer l’autel quand des groupes accompagnés d’un prêtre veulent célébrer : « on le fait pour le père Hamel, il était notre famille », murmure Maria, qui évoque aussi sa grande discrétion. « il était déjà saint sur terre », estime Sébastien. Quand Jacques Hamel  restait  en  retrait,  le sacristain s’emportait : « Je préfère les strapontins », lui rétorquait l’abbé.


Je préfère les strapontins », lui rétorquait l’abbé.

Simplicité, discrétion, vie donnée. Dans l’église de pierre blanche, l’agression  par  deux  jeunes  djihadistes  est  rappelée  sobrement. Là  encore,  un  cahier  permet  aux  fidèles  de  se  confier  :  «  Que  votre  mort soit féconde pour la paix dans le monde », écrit un visiteur, alors qu’un autre insiste : « dans la foi, nous savons que vous n’êtes pas mort pour rien. » C


Nous savons que vous n’êtes pas mort pour rien.

e que veulent croire les Stéphanais et bien d’autres encore, qui se réuniront le 26 juillet, autour de la stèle inaugurée l’an dernier par Emmanuel Macron. « La ville a connu un drame un jour, et reste marquée pour toujours, souligne le maire Joachim Moyse. À nous de rappeler les valeurs universelles que sont la paix, la fraternité. » Une cérémonie est donc prévue avec les autorités locales et Mgr Lebrun, archevêque de Rouen. « Nous devons entretenir la mémoire, aider au recueillement, à la réflexion, confie l’élu communiste : bien vivre ensemble, c’est notre socle commun. »

Retrouver la belle prière d'intercession au père Jacques Hamel

Un humble prêtre

« Vous êtes mort en habit de prêtre : que Dieu nous aide à témoigner de son Évangile, jusqu’au bout » : la prière d’intercession, signée de Mgr Lebrun, est d’ores et déjà diffusée, alors que se poursuit la procédure pour reconnaître la qualité de martyr du père Jacques Hamel. Tout comme pour Jean-Paul II ou Mère Teresa, il a bénéficié d’une dispense du délai de cinq années avant l’ouverture de son procès.

Lancée le 13 avril 2017 par l’archevêque de Rouen, l’enquête a été confiée au postulateur, le père Paul Vigouroux, prêtre du diocèse : à partir de témoignages, il doit montrer que le père Hamel a été tué en haine de la foi, donnant sa vie par amour. Cinquantepersonnes ont été auditionnées. La phase diocésaine s’achèvera début 2019. La Congrégation pour la cause de saints, à Rome, reprendra la procédure en vue de la béatification. « Je m’approche avec respect et délicatesse d’une personne, à la recherche de sa vérité ; c’est beau et émouvant », reconnaît le père Vigouroux.

Le vieux prêtre normand est devenu le « frère aîné » de jeunes générations de prêtres et une figure de fidélité pour les chrétiens,  explique le père Vigouroux : « Tous les baptisés sont appelés à devenir saints en vivant l’Évangile, ce que Jacques Hamel a vécu de manière singulière. »


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Vos commentaires

2 Commentaires Réagir

Hamel

Belledonne 23/08/2018 à 20:26

Oui...Pénélope...Merci...de nous le faire partager... Son assassinat en notre temps, dans son église et au cours de l'office reste quelque chose pour nous d'inimaginable... Et ce qu'il était : son âge, sa dimension d'écoute, sa disponibilité, ses ... lire la suite

Hamel

penelope 25/07/2018 à 18:41

Il est vrai que nous ne sommes pas habitués à de telles choses dans nos murs, mais le site de la Christianophobie signale souvent de tels actes en Afrique ou en Moyen-Orient; auront-ils la même reconnaissance que notre père Hamel ?

Paru le 10 janvier 2019

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