Sainte Bernadette : Quand la Vierge choisit la voix des petits.

Sainte Bernadette : Quand la Vierge choisit la voix des petits.

La détermination calme et confiante de la petite Bernadette a impressionné ses interlocuteurs, même les plus sceptiques. Grâce singulière de ces enfants porteurs d’un message qui les dépasse.

Être témoin d’apparitions mariales n’est pas une expérience facile à vivre. La petite Bernadette Soubirous l’a appris à ses dépens, se retrouvant rapidement confrontée aux curieux et aux sceptiques en tout genre. Le 28 août 1858, six mois après les apparitions, l’abbé Fonteneau, vicaire général de Bordeaux (Gironde) et futur évêque d’Agen (Lot-et-Garonne), l’interrogea à son tour. L’homme était, jusqu’à cette rencontre, un incrédule et opposant notoire aux affirmations de la petite paysanne. Il raconta vingt ans plus tard ce qui l’avait frappé pendant leurs échanges : « Bernadette répondait à nos questions multiples et à nos objections de toute nature avec une lucidité admirable.


Je ne vous oblige pas à me croire. Mais je ne peux que répondre en vous disant ce que j’ai vu et entendu.

Elle termina par ces mots qui me frappèrent vivement: “Je ne vous oblige pas à me croire. Mais je ne peux que répondre en vous disant ce que j’ai vu et entendu.” » Bernadette elle-même, des années plus tard, devenue religieuse à Nevers (Nièvre) et sommée de mettre par écrit ses souvenirs, rassembla ses propos en une formule plus concise encore : « Je ne suis pas chargée de vous le faire croire. Je suis chargée de vous le dire. »

Ce credo, lapidaire, va devenir, de fait, le leitmotiv de son engagement personnel, refusant toute promotion mondaine et résistant à tout orgueil déplacé. Sans en avoir conscience, la petite Pyrénéenne rejoint ainsi une des plus belles veines de la spiritualité chrétienne qui s’est manifestée au long des siècles : la vie et le témoignage d’enfants pauvres devenus témoins de l’action divine.  Ainsi, en ne tenant compte que de la quinzaine d’apparitions mariales officiellement reconnues à travers le monde par l’Église catholique, plus de la moitié d’entre elles concernent des enfants voyants, aussi bien à Pontmain (Mayenne) qu’à Fatima (Portugal), à Saint-Étienne-le-Laus (Hautes-Alpes), à La Salette (Isère), à Beauraing (Belgique), à Kibeho (Rwanda), etc…

La confiance en l’amour de Dieu

Mais le phénomène est aussi présent dans la tradition juive et biblique. Il suffit de rappeler le souvenir de ces trois enfants juifs résistant au tyran qui les persécute et qui clament leur foi au Dieu créateur alors qu’ils sont jetés dans la fournaise (Dn 3). C’est encore un enfant qui démasque la turpitude de deux vieillards accusant faussement l’innocente Suzanne (Dn 13), en criant à la face de la foule aveuglée : « Je suis innocent de la mort de cette femme ! »  Un « esprit de sainteté » que Dieu éveille à tout âge et qui se manifeste de manière plus criante dans ces figures encore enfantines mais déjà pleines de sagesse.


Laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à moi...

Dans l’enseignement de Jésus lui-même, l’attention aux enfants est frappant dans une société antique où ils étaient pourtant rarement mis en avant : « On présenta des enfants à Jésus pour qu’il leur impose les mains en priant. Mais les disciples les écartèrent vivement. Jésus leur dit : “Laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le royaume des Cieux est à ceux qui leur ressemblent.” Et il leur imposa les mains. » (Mt 19, 13-15.)

Ce mélange étonnant d’ouverture à l’inattendu et de confiance en l’amour de Dieu que résume l’esprit d’enfance célébré par Jésus est bien une voie spirituelle essentielle. Et c’est sans doute cela aussi que les apparitions mariales rappellent tout au long des siècles et des événements. D’ailleurs, Marie de Nazareth connaît bien le sort des petits et des humbles, ses semblables. Elle sait naturellement comment s’adresser à eux et se faire entendre. Elle avait déjà compris, au moment de l’Annonciation, dans une belle fulgurance théologique, la manière surprenante dont Dieu travaille : c’est en abaissant les « puissants » et en élevant les « humbles », chante-t-elle dans son Magnificat que la grande Histoire et les petites histoires de nos vies sont sans cesse sauvées et renouvelées.

Des fruits inattendus

Et Bernadette, à Lourdes, en témoigne à sa manière. Au milieu de ce XIXe siècle français si compliqué et douloureux, la petite glaneuse sait bien qu’elle n’a rien à attendre du côté des puissants. À 14 ans, elle parle à peine le français, et ne sait ni lire ni écrire. Son catéchisme, rudimentaire, lui donne surtout le courage d’affronter unes santé fragile et une grande précarité familiale et sociale. Comme tant d’autres pauvres, elle n’est chargée de rien, si ce n’est de témoigner par sa vie de ce qu’elle a vécu. Et son témoignage continue de porter des fruits inattendus.

Une autre Bernadette

Cent cinquante ans plus tard, en effet, c’est une autre Bernadette qui en bénéficie et pour le coup, ce n’est pas une enfant mais une femme âgée de 78 ans. Bernadette Moriau est une religieuse marquée depuis de nombreuses années par une maladie très invalidante et qui, après un séjour à Lourdes en 2008, a été guérie de son mal de manière miraculeuse. Aux journalistes, souvent incrédules eux aussi, qui s’ingéniaient à rendre compte de ce « miracle » de Lourdes, Bernadette Moriau n’avait, elle aussi, qu’une seule et simple chose à dire, comme sa sainte patronne : « Je suis chargée de vous témoigner ce qui m’est arrivé.  Pas de vous le faire croire. »

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Paru le 10 janvier 2019

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