De jeunes chrétiens, juifs et musulmans agissent ensemble pour la paix

agrandir La première dimension de l'interreligieux, c'est le dialogue.
La première dimension de l'interreligieux, c'est le dialogue. © Coexister
La première dimension de l'interreligieux, c'est le dialogue.
La première dimension de l'interreligieux, c'est le dialogue. © Coexister

Ils ont moins de 35 ans et sont chrétiens, juifs ou musulmans. Leur différence, ils n'en font pas un sujet de discorde mais bien une richesse pour agir ensemble. Ils sont membres de l'association de dialogue interreligieux Coexister.

« Nous, membres des trois religions, (...) croyons que la paix passe par la rencontre de l'autre, par la découverte de nos ressemblances et la compréhension de nos différences. » C'est par la rédaction de ce manifeste que l'aventure de l'association Coexister a pris forme.

Le 14 janvier 2009, après l'offensive israélienne lancée sur Gaza, le groupe interreligieux de l'église Saint-Léon, de la synagogue Adath Shalom et de la mosquée rue de Javel, à Paris (XVe arrond.), appelle chrétiens, juifs et musulmans à prier ensemble pour la paix.

À la fin de ce temps de prière, Samuel, catholique de 17 ans, lance un appel :


Vous êtes croyants, vous avez moins de 30 ans : montons ensemble un groupe de dialogue interreligieux.

Dix jeunes le rejoignent. Moins de deux ans après, Coexister a pris de l'ampleur et compte désormais amis et adhérents par dizaines.

Les jeunes de 16 à 35 ans sont juifs, chrétiens, musulmans, croyants ou en recherche, plus ou moins impliqués dans leur communauté respective, lycéens, étudiants, jeunes professionnels, français ou étrangers, sensibles au dialogue interreligieux par tradition familiale ou du fait de leurs études.

L'envie de se rencontrer, c'est d'abord ce qui les réunit. « Ce qui m'intéresse à Coexister, c'est le contact humain, confie Lama, Égyptienne musulmane de 22 ans et adhérente depuis mars 2010. Je peux dire qu'on se connaît vraiment. »

Membre de Coexister depuis plus d'un an, Nicolas, orthodoxe de 22 ans, confirme que c'est dans cette « ambiance bon enfant », ces paroles échangées de manière « informelle, sérieuse mais surtout amicale », qu'il a pu développer « plus de tolérance vis-à-vis de l'autre ».

Pour le P. Christophe Roucou, directeur du service des relations avec l'islam de l'Église de France et soutien à l'association :


L'amitié entre les jeunes de l'association est un point d'appui fort pour créer des passerelles.

« Le fait que Coexister soit une initiative de jeunes nous permet d'exprimer aussi ce qui pourrait choquer des adultes, note Farah, musulmane de 22 ans et vice-présidente. On s'interroge les uns les autres par rapport à nos convictions, nos pratiques... »

Une idée que partage Jonathan, entrepreneur de 23 ans, juif et président de l'association Tamar-France, sympathisante de Coexister : « Rares sont les occasions d'entendre parler de sa propre religion et de pouvoir s'exprimer en retour sur celle des autres. À Coexister, c'est possible. »
 

Un don du sang, ensemble, pour la vie 

C'est le cas lors des rencontres cultuelles, culturelles ou spirituelles du KIF (KIF pour Culturel - Interreligieux - Fraternel). C'est ainsi que la question d'une fête de l'association a fait débat lors de la dernière assemblée générale : « Qu'entend-on par fête ? Alcool, danse, repas... Comment l'organiser au mieux pour respecter la diversité culturelle des trois communautés ? »

De la parole à l'action, il n'y a donc qu'un pas que Coexister a franchi depuis ses débuts. Notamment avec « Ensemble à sang % », qui a lieu chaque année fin mai à Paris, en association avec l'Établissement français du sang.

« Au sang versé par les guerres au nom des religions, opposons ce geste universel, anonyme et gratuit, du don du sang pour la vie » : c'est le parti pris de cette opération citoyenne et symbolique. En plus d'agir, les jeunes de l'association auront l'occasion, dans les mois prochains, de se former mais aussi de voyager ensemble.

Plusieurs dizaines de jeunes chrétiens, juifs et musulmans seront conviées aux Journées mondiales de la jeunesse en août 2011, à Madrid. Le défi : que ces quinze jours de prière et de rencontres soient une vraie expérience interreligieuse entre jeunes des trois confessions, et « non un temps d'accueil des juifs et des musulmans par des jeunes chrétiens », comme le précise Samuel, devenu président de l'association.

Oser exprimer ce que l’on croit

Loin de l'idée d'effacer les différences, chaque projet de l'association permet aux participants d'approfondir sa relation à Dieu, de (re)découvrir sa propre identité. « Je suis en recherche de vérité pour vivre de l'amour de Dieu et ici, j'ai envie de le partager. Je sens que je grandis dans mes convictions religieuses », confie Latif, 33 ans, musulman et membre depuis mai 2010.


Avec Coexister, j'ai compris la beauté du christianisme, renchérit Samuel. Je l'ai découverte au contact des musulmans et des juifs.

Catéchumène de 24 ans, Thibaut n'hésite pas à dire que son « engagement à devenir chrétien prend son sens au sein de l'association ».

Lama, elle, a senti un « déblocage » grâce à cette expérience : « J'ai remis le Coran au centre de ma foi... Aussi pour mieux répondre aux questions des autres ! » L'étudiante égyptienne trouve ici, quand Nicolas parle de « témoignage en puissance de l'amour fraternel chrétien », tout le champ pour vivre le premier des cinq piliers de l'islam : la profession de foi.

Témoigner de sa foi est en effet un autre des objectifs de Coexister. À l'invitation de lycées, de centres pour jeunes en difficulté, d'universités, d'associations, ces jeunes croyants évoquent leur investissement dans le dialogue interreligieux.

Oser exprimer ce que l'on croit en a affranchi plus d'un : « Coexister m'a permis de défendre mon point de vue, lance Tiphaine, étudiante lyonnaise de 19 ans. Maintenant, je m'affirme encore plus comme croyante ! »

Membre de Coexister depuis peu, Saad, 24 ans, trouve dans cette implication spirituelle, mais aussi intellectuelle et citoyenne, qu'un dialogue de paix peut se construire. L'avenir s'ouvre, et les jeunes veulent y croire : coexister est un trésor à partager !


Pour prendre contact

► Association Coexister, 16 rue des Bergers, 75015 Paris. Tél. : 06 71 78 56 38 ; www.coexister.fr

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 6 décembre 2018

Notre Librairie

Voyages et croisières