Rupert Sheldrake, chercheur : "Ma foi ne s’oppose pas à la recherche scientifique"

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Le scientifique Rupert Sheldrake chez lui, dans le quartier de Hampstead, à Londres. © Stuart Conway / Camerapress / Gamma-Rapho
Le scientifique Rupert Sheldrake chez lui, dans le quartier de Hampstead, à Londres.
Le scientifique Rupert Sheldrake chez lui, dans le quartier de Hampstead, à Londres. © Stuart Conway / Camerapress / Gamma-Rapho

Ce scientifique anglais mondialement réputé est un spécialiste de la croissance des végétaux. Chrétien anglican, il dérange par ses recherches iconoclastes. Rupert Sheldrake appelle à la mise en œuvre d’une science plus ouverte, et décomplexée dans ses relations aux religions.

Pèlerins de la Terre

À propos de l'article

  • Créé le 07/01/2014
  • Publié par :Dominique Lang
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6841, du 9 janvier 2014

Pèlerin : Quelle drôle d’idée de s’intéresser à la croissance des végétaux !
Rupert Sheldrake : Je tiens sans doute mon intérêt de la passion de mon père, qui a été herboriste toute sa vie. J’ai eu la chance de travailler sur un type particulier de molécules, les auxines, que les plantes libèrent pour stimuler la croissance des racines et des tiges. Or, ces auxines sont aussi libérées par la plante au moment même où elle meurt, pour stimuler la vie autour d’elle.

Une découverte qui a nourri votre foi chrétienne ?
Je suis en effet de confession anglicane. Et cette découverte m’a bouleversé puisqu’elle m’évoquait ce que les croyants disent de la mort et de la résurrection : il y a bien dans la création une étonnante force de régénération. Il suffit de se promener dans une forêt pour le pressentir. C’est la grâce des domaines scientifiques minoritaires, comme ces recherches sur les végétaux, que d’élargir ainsi l’esprit. On est là bien moins contraint qu’ailleurs.

Qu’est-ce qui peut bien « contraindre » le travail d’un scientifique ?
D’abord, les champs de recherche deviennent de plus en plus spécialisés : au bout d’un moment, un scientifique n’arrive plus à s’intéresser à ce qui se passe ailleurs, même dans le laboratoire de son voisin. De plus, il y a des effets de modes ! Depuis quelques années, par exemple, tout tourne autour de la génétique. Et comme les politiciens n’y connaissent pas grand-chose, ils votent le financement de ces recherches médiatisées.

Vidéo. Intervention de Rupert Sheldrake sur la résonance morphique et les champs d'organisation du corps et de l'esprit. Durée : 14 minutes.

 

Mais la recherche en génétique n’a-t-elle pas révolutionné nos connaissances ?
Bien sûr ! Mais une fois qu’on a fini de décrypter le patrimoine génétique, on s’est rendu compte qu’on ne comprenait pas mieux la mécanique complexe d’un organisme vivant. C’est en fait très réducteur de ne s’intéresser qu’aux gènes, comme le prône le courant scientifique matérialiste : c’est un peu comme si vous vouliez déduire le plan initial d’une maison à partir de ses briques et de ses poutres ! Je me suis toujours intéressé à des domaines où la génétique n’avait pas réponse à tout. Par exemple, comment les plantes font-elles pour garder les mêmes formes extérieures au fil des générations qui se succèdent ? Si les gènes interviennent, je pense qu’il existe, en parallèle, une forme de « mémoire », partagée au sein d’une population végétale ou animale à travers le temps.


Que voulez-vous dire ?
 Selon moi, la mémoire ne serait pas simplement un ensemble de données conservées dans nos cellules, à l’image d’un ordinateur stockant ses informations dans ses circuits. Car, sur un plan biologique, cela laisserait entendre qu’aucune mémoire ne peut survivre à la fin de notre vie. Mais, pour nous chrétiens, comment envisager alors un « jugement dernier », par exemple, s’il ne reste plus rien de nos vies vécues après la mort cérébrale ?


Rupert Sheldrake  est l’auteur de Réenchanter la science, Ed. Albin Michel, 450 p., 24 euros.

 

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Paru le 11 octobre 2018

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