Nos maisons changent avec nous

agrandir Les habitants d’Écolline devant leur habitat écologique et participatif à Saint-Dié-des-Vosges (Vosges). Lancé en 2008, cet écolieu propose un mode de vie alternatif tissant intimement le lien social et le lien à la terre.
Les habitants d’Écolline devant leur habitat écologique et participatif à Saint-Dié-des-Vosges (Vosges). Lancé en 2008, cet écolieu propose un mode de vie alternatif tissant intimement le lien social et le lien à la terre. © Pascal Bastien
Les habitants d’Écolline devant leur habitat écologique et participatif à Saint-Dié-des-Vosges (Vosges). Lancé en 2008, cet écolieu propose un mode de vie alternatif tissant intimement le lien social et le lien à la terre.
Les habitants d’Écolline devant leur habitat écologique et participatif à Saint-Dié-des-Vosges (Vosges). Lancé en 2008, cet écolieu propose un mode de vie alternatif tissant intimement le lien social et le lien à la terre. © Pascal Bastien

Un souffle nouveau traverse les paysages français. À Saint-Dié-des-Vosges, Quimper, Rambouillet... et ailleurs, on invente des manières différentes de construire, de partager l’espace et de vivre ensemble. Quand les contraintes humaines, économiques et écologiques obligent à la créativité.

Pèlerins de la Terre

À propos de l'article

  • Créé le 19/10/2015
  • Publié par :Guillemette de la Borie
  • Édité par :Aude Loyer-Hascoët
  • Publié dans Pèlerin
    6934 du 22 octobre 2015

Habitats alternatifs, participatifs, autogérés, écohabitat, coopérative d’habitants… Les qualificatifs foisonnent, reflets d’autant de rêves, expériences, initiatives.

Dans une société en mutation rapide et en crise, rien d’étonnant à ce que les manières de vivre ensemble se cherchent également. Le rêve français du pavillon individuel a montré ses limites : trop cher et pas assez modulable pour des étapes de vies différentes, trop gourmand en énergies fossiles polluantes, trop individualiste, de plus en plus éloigné des services et commerces.

Les grands « ensembles » d’immeubles anonymes sont souvent désertés par ceux qui le peuvent et le 20e Rapport sur l’état du mal-logement en France (2015) de la Fondation Abbé-Pierre   évalue à 800 000 le nombre de personnes touchées par la crise du logement.

► Retrouvez ici quelques chiffres sur les visages du mal logement en France

Nouvelle voie

Il faut donc dessiner une « troisième voie », selon la formule de Coordin’Actions, une fédération d’associations, de coopératives et de professionnels du logement.

Ils se sont rencontrés en juillet dernier à Marseille, autour de ces multiples interrogations : comment renforcer des solidarités de proximité, créer des espaces communs, mutualiser les charges ?

Comment préserver la mixité des âges et des cultures dans une société de plus en plus fragmentée, et s’adapter au vieillissement de la population ? Quelles nouvelles organisations collectives inventer et quelles autres manières de concevoir la propriété de son logement ?

La crise écologique peut être une opportunité

Alain Cornet-Vernet est architecte et ingénieur. Il a pris part à l’élaboration des villes nouvelles en Île-de-France, et tiré de son expérience un livre à paraître sur Le futur de la ville (Éd. Presses des ponts).

Il note : « Cette crise écologique que nous avons à traverser, il faut la saisir pour développer des initiatives : construire des logements producteurs d’énergie, renforcer le contact avec la nature, développer l’accès à une nourriture de qualité. »

C’est possible, affirme- t-il, en rapprochant consommation et production : « Aujourd’hui, grâce aux techniques agricoles de la permaculture, on peut obtenir 10 à 12 récoltes par an et fournir 40 à 50 familles en fruits et légumes, sur un terrain de 1 000 m2, en créant un salaire au Smic. »

 À voir aussi, notre diaporama sur l’agroécologie au Burkina-Faso : Ils reverdissent le Sahel 

Valeurs coopératives

Sans compter l’importance pour l’équilibre humain de mettre la main… à la terre. Il rappelle aussi « le besoin profond, après les erreurs des années 1970-1980, de construire des logements moins ségrégatifs, capables de favoriser des liens sociaux, de partager des valeurs, qu’elles soient coopératives ou spirituelles ».

Pour lui, « il ne faut pas attendre des décisions politiques, ou du système marchand, car la notion de projet à partager ne fait pas partie de l’offre commerciale.

Les initiatives doivent venir des personnes elles-mêmes, de leur bon sens, de leurs désirs pour vivre, éduquer leurs enfants, partager des loisirs, etc.

À charge ensuite pour les pouvoirs publics et promoteurs de construire ces habitats dans des conditions financières acceptables. » Et de conclure : « Les chrétiens doivent prendre au sérieux l’encyclique Laudato si’, qui relie la nature et l’écologie, la sobriété, l’attention aux plus fragiles, à toutes les générations. C’est le moment de la mettre en pratique ! »

 Sur ce sujet, retrouvez notre dossier : L’encyclique "Laudato si" du pape François 

Concevoir son logement

Dans un tout autre univers, la mairie de Bègles, en Gironde, encourage des projets d’éco-habitat.

Jacques Prades, créateur de Cerises (Centre européen de ressources sur les initiatives solidaires et les entreprises sociales)   est chargé d’accompagner ceux qui voudraient concevoir eux-mêmes leur logement, en mettant au point un processus de décision : la cooptation d’un groupe de futurs propriétaires « ni trop différents, ni trop homogènes selon des critères d’âges, d’origines, de revenus, la rédaction d’une charte commune, des choix faits à l’unanimité, et le partenariat avec un constructeur, ici l’office HLM ».

« La ruche » sera ainsi livrée en février prochain à onze familles, avec une isolation thermique en paille, un toit végétalisé, des espaces mutualisés comme les chambres d’amis, ou communs comme le potager. « Et un prix de revient au mètre carré environ 35 % moins cher que la moyenne locale. »

Hors des cases

Autre projet, même souci de loger les plus fragiles, pour Anne et Dominique Bénard, avec d’autres parents de jeunes adultes handicapés psychiques ou cérébraux, en partenariat avec Habitat et humanisme.

Leurs enfants « ont envie de vivre comme tout le monde : ils travaillent, en milieu normal ou protégé, se débrouillent matériellement, mais quand ils essayent de vivre seuls, ils crèvent de solitude ».

L’idée est donc de créer une résidence de 10 à 15 personnes, rassemblant handicapés et étudiants, où chacun aurait son studio, avec un espace collectif animé par une maîtresse de maison, et une supervision de nuit. Les locaux sont trouvés, les autorisations obtenues, « mais il n’y a pas de case dans le système français pour une telle structure, qui n’est ni tout à fait une institution médicale, ni seulement un logement social, et il est bien difficile de faire avancer ensemble les partenaires. La France est très en retard par rapport à d’autres pays », regrettent Anne et Dominique Bénard, qui confieront la gestion du projet, à terme, à Habitat et humanisme, pour le pérenniser après eux et le multiplier autant que nécessaire.

Réinventer nos cadres de vie

L’association Simon de Cyrène a aussi imaginé des « maisons partagées », dont plusieurs sont déjà ouvertes, pour rassembler dans une vie commune personnes handicapés physiques et volontaires pour l’expérience.

Une bonne nouvelle ? La loi Alur de 2014 (loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové) , dont les décrets d’application devraient paraître cet automne, donne un cadre légal et juridique aux coopératives d’habitat et à l’autopromotion. L’impulsion nécessaire pour que les citoyens de tous les âges puissent inventer leur cadre de vie, et mieux se loger. 


► Retrouvez dans Pèlerin n°6934, un panel d'initiatives originales pour renouveler nos façons d'habiter.

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Paru le 20 septembre 2018

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