Jardin bio : l’exemple de la ferme du Bec-Hellouin

agrandir Perrine Hervé-Gruyer cultive les légumes sous serre à la ferme du Bec-Hellouin.
Perrine Hervé-Gruyer cultive les légumes sous serre à la ferme du Bec-Hellouin. © Claudius Thiriet
Perrine Hervé-Gruyer cultive les légumes sous serre à la ferme du Bec-Hellouin.
Perrine Hervé-Gruyer cultive les légumes sous serre à la ferme du Bec-Hellouin. © Claudius Thiriet

En Normandie, dans la ferme du Bec-Hellouin, Perrine et Charles Hervé-Gruyer s’inspirent de la nature pour cultiver leur terre. Ils favorisent les écosystèmes, économisent les ressources et récoltent la diversité.

Pèlerins de la Terre

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À propos de l'article

  • Créé le 28/05/2015
  • Publié par :Dominique Lang
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6913, du 28 mai 2015

Émerveillé. Le groupe de visiteurs, venus ce jour-là en car de Compiègne (Oise), sort conquis d’une visite de plus de deux heures du jardin de la ferme du Bec-Hellouin (Eure). Aussi bien les néophytes en jardinage que les amateurs éclairés ou les professionnels en maraîchage : tous en ont pris plein la vue. Il faut dire que ce jardin potager, vieux d’une dizaine d’années à peine, ne ressemble à aucun autre.

Ici, pas de grandes allées de légumes identiques alignés au garde-à-vous. Pas de tracteur ou de motoculteur sur ce terrain entouré de prairies où paissent nonchalamment quelques vaches normandes.

Et encore moins de réserves remplies de produits chimiques, fertilisants ou pesticides, à l’horizon. Juste une ferme ressemblant plutôt à un « grand jardin » débordant d’arbres, de légumes et de fleurs.

La déambulation vous mène ainsi dans une succession de parcelles très différentes – faites de buttes de terre, de haies, de mares – ayant chacune une histoire et une biodiversité qui méritent d’être racontées.

Comme autant de petites paraboles de ce qui a été redécouvert ici, à force d’essais, de rencontres et de recommencements, dans un joyeux mélange de savoir-faire anciens et de pragmatisme moderne que les habitants du lieu, Charles et Perrine Hervé-Gruyer (Permaculture : guérir le terre, nourrir les hommes, Éd. Actes Sud, 372 p. ; 22,80 €) et leurs quatre filles, cultivent patiemment.

Raconter, encore et encore, cette aventure auprès des nombreux visiteurs – 700 rien que pour la récente journée « portes ouvertes » – fait ainsi partie du travail, sans oublier la formation de près de 500 stagiaires chaque année.

Un accueil généreux mais presque démesuré pour la dizaine de personnes qui travaillent ici et dont la vocation première reste la production maraîchère.


Nous sommes en recherche permanente d’équilibre


→ confient Charles et Perrine, bien conscients de l’ampleur de leur tâche, parfois épuisante.


Une leçon douce-amère pour ce couple qui s’était retiré ici, en 2003, pour retrouver le goût des choses simples et une vie plus attentive à la terre. Mais pas de regrets pour autant. Ni pour Charles et sa vie passée de marin sillonnant les mers à bord de son voilier-école. Ni pour Perrine et sa carrière de juriste internationale.

En venant s’installer sur ces terres normandes, à quelques encablures à peine de l’abbaye bénédictine du Bec-Hellouin, ils ont d’abord fait le choix de vivre bien, en famille. Leurs deux dernières filles sont d’ailleurs nées ici et illuminent de leurs rires les allées du jardin.

Retrouver de la cohérence

C’est pour faire vivre cette famille qu’ils ont appris le métier de paysan, en agriculture biologique d’abord, puis, à force de lectures et de rencontres, en déployant les potentialités de la permaculture.

Cette technique de production agricole, née en Australie à la fin des années 1970, insiste sur la nécessité préalable d’observer la manière dont travaille la nature.

Un écosystème naturel, comme la forêt par exemple, produit deux à quatre fois plus de biomasse que nos systèmes cultivés. Et tout cela sans le moindre labour

rappelle Charles. Autant de leçons toutes simples qui ont servi aux nombreux essais menés ici. Au final, sur les 4 500 m2 de maraîchage, les légumes et les fruits sont cultivés de manière très dense et dans une grande diversité. Ici, sur des buttes de terre.

Là, sous les arbres fruitiers d’un verger. Ailleurs encore, dans des grandes serres, où trône aussi un poulailler, des haricots s’élèvent au milieu de pieds de pommes de terre, se soutenant dans un mutuel effort de croissance.

Au fil des saisons, ce sont près de 1 000 espèces de fruits et de légumes qui sont cultivées sur cette ancienne prairie d’une vallée humide et froide. Une terre qui, au fil des huit rotations annuelles, s’enrichit sans cesse de toutes les interactions nées entre les racines des plantes et la biodiversité en micro-organismes et en insectes qu’elle permet.

Il y a cinq ans, quelques ingénieurs agronomes passés par là se sont, eux aussi, étonnés des résultats obtenus à la ferme. Une étude scientifique menée depuis lors vient de montrer qu’une surface de 700 m2 cultivée ainsi peut suffire à fournir un revenu annuel suffisant à un maraîcher.

« Il y a ici une vraie rupture dans l’imaginaire du monde agricole, explique François Léger, l’un des auteurs de l’étude publiée en décembre dernier. Ce n’est pas en simplifiant à l’extrême le travail de terres de plus en plus étendues que l’on augmente les rendements de production mais, au contraire, en le complexifiant et en le densifiant sur de petites surfaces travaillées à la main. »

Une leçon qui n’a pas fini d’émerveiller les jardiniers de la ferme du Bec-Hellouin eux-mêmes.


Animation. 7 conseils pour un jardin à l’écoute de la nature.

 

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► A lire aussi notre dossier spécial de 20 pages, dans Pèlerin n° 6913, du 28 mai 2015.

bonheur dans le jardin

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Paru le 6 décembre 2018

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