Gilles Clément, philosophe, paysagiste : "J’aime les jardins en mouvement"

Gilles Clément, philosophe et infatigable voyageur, est un observateur minutieux des espaces naturels qui nous entourent. Le créateur du jardin du musée Branly ou de celui du parc Citroën à Paris invite à retrouver notre juste place dans ce jardin qu’est devenue la planète.

Pèlerins de la Terre

À propos de l'article

  • Créé le 11/03/2014
  • Publié par :Dominique Lang
  • Édité par :François Boulard
  • Publié dans Pèlerin
    6851, du 20 mars 2014.

Pèlerin. Gilles Clément, vous êtes connus en France et dans le monde entier pour la création d’étonnants jardins. D’où vous vient cette passion ?

Gilles Clément

© Didier Coupy / Signatures

Gilles Clément : Mes réflexions sont le fruit de trente années de travail et de voyages. En parcourant le monde, j’ai pris conscience à quel point la planète est « anthropisée », transformée partout par l’humain. Il faut parler d’un « jardin planétaire », très loin du rêve de nos petits jardins clos, comme celui du jardin d’Éden. Mais désormais, c’est la planète tout entière qui est ceinte !


Et c’est là que nous partageons un même espace de vie…
G. C. : Quand on contemple un paysage de bord de mer, on voit à quel point nous appartenons à un même espace. Nous sommes, par exemple, « dans » l’eau. L’eau de la mer, bien sûr, qui est à nos pieds, mais aussi cette eau qu’on ne voit pas, dans le nuage d’humidité non condensée où nous évoluons. Et puis, il y a cette eau que nous buvons, qui en dit long sur nos interrelations. Il n’y a qu’une eau pour tous.

Pourquoi avoir eu besoin de créer votre propre jardin personnel, dans la Creuse ?
G. C. : D’abord parce que je viens de là. Mes parents avaient leur maison familiale pas très loin. Bien des années après en être parti, cherchant un lieu pour m’installer, je suis revenu ici, presque par hasard. Et là, à 1 kilomètre de ma maison familiale, j’ai trouvé le jardin que je cherchais !

Enfant, je connaissais ce vallon qui m’avait toujours fasciné par le nombre d’insectes différents qu’on y rencontrait. Un univers en mouvement qui m’étonnait et qui ne cessait de me poser des questions.

Je suis donc rentré dans le « jardin planétaire » par les insectes qui m’ont fait toucher du doigt ce qu’est un écosystème : dans la chaîne alimentaire, l’interruption n’est pas possible et aucun maillon n’est nuisible.

►Vidéo. Gilles Clément sur le jardin planétaire et le jardin en mouvement. Source : Ina. Durée : 7 minutes.

 

Il peut parfois être gênant mais c’est à nous de réguler les équilibres sans interrompre la chaîne. À l’opposé de ce qui se fait, par exemple, dans nos grands champs homogènes de maïs


Comment avez-vous abordé votre travail dans ce lieu ?
G. C. : D’abord en refusant l’idée d’une maîtrise totale. S’immerger dans un jardin, c’est entrer dans un espace de gratuité. Dans un jardin, dans une forêt, il y a des graines partout : renversez un arbre et vous verrez très rapidement des milliers de graines se réveiller sous la souche déracinée.

Je travaille à partir de là et je jardine par soustraction. Je laisse les plantes vagabonder car, d’une année sur l’autre, les massifs se recomposent différemment. C’est étonnant de voir ce foisonnement dans le mélange.

►Vidéo. Gilles Clément à propos du parc André Citroën. Source : Ina. Durée : 7 minutes.

 

 

Vous êtes jardinier, paysagiste. Et vous écrivez aussi. Des activités différentes nécessaires ?
G. C. : Pour moi, un jardinier doit d’abord être un naturaliste, quelqu’un capable de reconnaître ses plantes et de les choisir. C’est aussi un plasticien : il donne une forme à ce qui pousse. Enfin, c’est un homme qui travaille dans la durée.

De cette manière seulement, on sort d’une vision traditionnelle de ces espaces, où ce qui est d’abord visé, c’est de faire « propre ». Un héritage, sans doute, du jardin à la française ou du gazon à l’anglaise.

►Vidéo. Les rendez-vous du Futur : interview de Gilles Clément.

 

Comme le montre le jardin du musée Branly, à Paris, en dehors du modèle occidental, d’autres cultures ne séparent pas ce qui nourrit et ce qui décore. Vous pouvez en faire l’expérience chez vous : plantez vos salades au pied de vos rosiers ! Cela vous incitera immédiatement à arrêter les traitements dangereux sur vos plantes.

► La suite de l'article dans Pèlerin, n°6851, du 20 mars 2014.

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Paru le 20 septembre 2018

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