Climat : tous concernés !

agrandir La COP21 prévoit, pour la première fois, un accord engageant tous les pays du monde.
La COP21 prévoit, pour la première fois, un accord engageant tous les pays du monde. © NOBU / Fotolia.com
La COP21 prévoit, pour la première fois, un accord engageant tous les pays du monde.
La COP21 prévoit, pour la première fois, un accord engageant tous les pays du monde. © NOBU / Fotolia.com

Du 30 novembre au 11 décembre 2015, la France accueille la plus grande conférence diplomatique jamais organisée sur son sol. L’enjeu est décisif : freiner la progression de cet ennemi redoutable qu’est le dérèglement climatique. Un combat de longue haleine et qui nécessite la mobilisation de tous.

Pèlerins de la Terre

À propos de l'article

  • Créé le 24/11/2015
  • Publié par :Véronique Badets
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6939, du 26 novembre 2015

C’est un ennemi sournois et extrêmement puissant. Il fait rarement la « une » des journaux, car il agit dans l’ombre, à l’insu de tous.

Parfois, un typhon ravageur, des pluies diluviennes ou de gigantesques incendies prospérant suite à des années de sécheresse révèlent de façon spectaculaire sa progression.

Mais la plupart du temps, happés par leurs préoccupations quotidiennes, les habitants de la Terre oublient cette menace majeure pour leur bien-être et leur sécurité : le réchauffement climatique.

Le premier enjeu de la grande Conférence climat (COP21), qui va s’installer du 30 novembre au 11 décembre sur le site du Bourget (Seine-Saint-Denis) est là : braquer les projecteurs sur cet ennemi invisible, afin de mieux comprendre son pouvoir de nuisance et pousser les États comme les citoyens à l’action.

Depuis quelques mois, en vue de la COP21, textes et rapports s’accumulent pour rendre plus concret le défi du climat.

Début novembre, la Banque mondiale a alerté sur le fait que 100 millions de personnes risquent de basculer dans l’extrême pauvreté d’ici à 2030si rien n’est fait pour amortir les chocs sociaux liés au changement climatique déjà en cours.

En cause : le prix des denrées alimentaires, qui va être tiré à la hausse avec la multiplication de catastrophes naturelles (sécheresse, inondation, cyclone). Autre impact majeur pour les populations : la montée des eaux, causée par la fonte des glaciers et la dilatation des océans.

Une augmentation des températures de +4 °C provoquerait d’ici la fin du siècle l’inondation de villes et territoires habités par 470 à 760 millions de personnes, estiment les chercheurs américains de l’institut Climate Central. Si le réchauffement global est contenu en dessous de +2 °C, ce chiffre ne serait « que » de 130 millions. Dont deux millions de Français (en métropole et outre-mer)… au lieu
de trois millions à +4 °C.

Un enjeu pour la paix et la sécurité de l’humanité

On le voit : derrière des chiffres en apparence insignifiants et abstraits (quelques degrés Celsius), se cachent de terribles bouleversements.

Si la tendance actuelle continuait, ce siècle pourrait être témoin de changements climatiques inédits, et d’une destruction sans précédent des écosystèmes, avec de graves conséquences pour nous tous 

→ souligne ainsi le pape François dans l’encyclique Laudato si’,publiée en juin 2015, notamment dans la perspective d’aiguillonner la conférence de Paris. Face à de tels enjeux pour la paix et la sécurité, peut-on espérer que cette fameuse COP21 ne sera pas un sommet de plus accouchant d’une souris ?

 Arrêtons-nous d’abord sur ce sigle : il désigne la Conférence des parties (Conference of the Parties,en anglais), 21réunion des États signataires de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques signée à Rio de Janeiro (Brésil) en 1992.

Son objectif est clair : ramener vers le bas la courbe ­ascensionnelle des gaz à effet de serre (GES) responsables de la hausse du thermomètre mondial.

Concrètement,il s’agit de contenir la fièvre planétaire en deçà de +2 °C (nous sommes déjà à +0,85 °C), niveau au-delà duquel la science anticipe un emballement incontrôlable de phénomènes dangereux, comme l’acidification des océans ou la fonte du permafrost (en Alaska et en Sibérie, le permafrost est en train de fondre pour la première fois depuis la fin du dernier âge glaciaire, il y a onze mille ans. En fondant, il libère d’énormes quantités de gaz carbonique et de méthane), nom donné aux sols gelés des régions arctiques.

« Pour rester sous la barre des +2 °C, les émissions totales de gaz à effet de serre émises par l’humanité doivent diminuer de 40 % à 70 % d’ici 2050, ce qui signifie un changement important de notre mode de développement basé aujourd’hui sur les énergies fossiles », explique Pierre Radanne, expert des questions énergétiques et écologiques.

Si le sommet de Paris est l’objet d’une attente aussi forte, c’est que figure à son ordre du jour la signature d’un accord engageant pour la première fois tous les pays du monde (et plus seulement les pays développés) à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, en fonction de leurs capacités et de leurs responsabilités.

À Copenhague (Danemark), en 2009, la COP15 avait le même objectif et a connu un échec retentissant. Mais depuis, la Terre a tourné, de nouvelles catastrophes naturelles ont interpellé opinion publique et gouvernants, des technologies propres comme l’énergie photovoltaïque ont vu leur coût chuter. Bref, les mentalités ont changé.

Aider les pays à réaliser leur transition énergétique

« À Copenhague, le processus était bloqué par la rivalité Chine/États-Unis, rappelle Pierre Radanne. Depuis, la Chine, sous une pression énorme de sa population qui n’en peut plus de la pollution atmosphérique, a fait des pas majeurs dans le sens d’un accord à Paris. Quant aux États-Unis, ils avanceront si la Chine avance. »

Si le duel sino-américain n’est plus un obstacle aux négociations, tout n’est pas réglé pour autant. Les pays les plus pauvres, et d’autres en pleine croissance comme l’Inde, attendent des nations développées, responsables historiques des émissions de gaz à effet de serre, qu’elles les soutiennent face au changement climatique. Et d’abord en les aidant à réaliser leur transition énergétique.

« L’Inde signera l’accord de Paris si elle a l’assurance qu’elle bénéficiera de transferts de technologie et d’engagements financiers lui permettant de renoncer
progressivement au charbon sans compromettre son développement économique », explique le nouveau directeur de WWF France, Pascal Canfin (auteur, avec Peter Staime, de Climat : 30 questions pour comprendre la conférence de Paris, Éd. Les petits matins, 200 p. ; 12,25 €).

Ensuite, les pays les plus vulnérables attendent des aides pour s’adapter au changement climatique déjà en cours. C’est le cas, par exemple, du Niger qui doit protéger son agriculture face à l’avancée du désert, ou du Sénégal qui doit renforcer les digues de sa capitale, Dakar, face à la montée des eaux. Le financement de l’adaptation des pays les plus pauvres est ainsi une des clés de l’accord de Paris.

Changer les modes de vie

Une autre clé réside dans la mobilisation citoyenne qui entourera et suivra la COP21. De nombreux chrétiens sont ainsi impliqués dans l’organisation de célébrations ou d’événements lors du sommet, afin de réclamer un accord juste et ambitieux.

Les attentats du 13 novembre ont certes porté un coup dur à plusieurs manifestations qui devaient accentuer la pression sur les ­négociateurs de l’accord de Paris. Mais au-delà de la COP21, il s’agit bien pour tous les citoyens, chrétiens ou non, de s’engager dans une profonde conversion de nos modes de vie, guidés par la conviction que les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Car l’urgence est là. Le cardinal Philippe Barbarin ne craint pas de l’affirmer : pour de plus en plus d’êtres humains sur Terre, le bouleversement des températures n’est rien moins qu’« une question de vie ou de mort ». Nous sommes prévenus ! 

 Carte interactive. Les lieux clés lors de la COP21.

 

 Et aussi

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A lire notre dossier spécial de 6 pages dans Pèlerin n° 6939 du 26 novembre 2015 avec des personnalités qui nous font partager leurs impressions sur la COP21 et une infographie sur Comment perdre du poids… en carbone.

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Paru le 11 octobre 2018

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