Mgr Joseph Coutts président de la Conférence des évêques du Pakistan : "Ben Laden était un homme malade et marginalisé"

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Pakistan Lahore : un policier pakistanais veille sur une église lors de la messe de Pâques 2011. © AFP Photo/Arif ALI
Pakistan Lahore : un policier pakistanais veille sur une église lors de la messe de Pâques 2011.
Pakistan Lahore : un policier pakistanais veille sur une église lors de la messe de Pâques 2011. © AFP Photo/Arif ALI

Mgr Joseph Coutts, président de la conférence des évêques du Pakistan, est à Paris cette semaine à l’invitation d’Aide à l’Eglise en détresse (AED). Au lendemain de l’élimination de Ben Laden par les troupes américaines au nord d’Islamabad, il évoque le sort des chrétiens de son pays.

La vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui

À propos de l'article

  • Créé le 28/11/2013
  • Publié par :Samuel Lieven
  • Édité par :Gilles Donada
  • Publié dans Pèlerin
    5 mai 2011.

Pèlerin : La mort de Ben Laden peut-elle entraîner des conséquences néfastes pour les chrétiens du Pakistan ?
Mgr Joseph Coutts : Je ne vois pas de lien direct entre cette actualité et la minorité chrétienne pakistanaise – 2% de la population – persécutée

Mgr Joseph Coutts

de longue date par les extrémistes musulmans. Ben Laden était un symbole du terrorisme global qui avait fini par trouver refuge au Pakistan.

Son leadership sur Al-Qaida était très affaibli : c’est un homme malade et marginalisé que les Américains ont abattu dimanche. Quelle était son influence réelle auprès des terroristes pakistanais ? Il est difficile de répondre à cette question.

Mais aux yeux de ces extrémistes, Ben Laden n’est-il pas un martyr ?
Le problème de fond, c’est que pour un musulman du Pakistan (95 % de la population), tout ce qui vient d’Europe et des États-Unis est assimilé au monde chrétien. A ses yeux, ce sont des chrétiens qui ont attaqué l’Afghanistan, puis l’Irak. Ce sont encore des chrétiens qui aident Israël à mieux opprimer les musulmans palestiniens. Des imams colportent à longueur de prêches que les croisades sont toujours d’actualité.

Les interférences des Américains dans la politique intérieure pakistanaise – bombardements anti-talibans près de la frontière afghane, présence massive de la CIA sur notre territoire – accréditent leur discours auprès de l’opinion. Tout cela contribue à accentuer la pression sur les chrétiens.

Que vivent au quotidien les chrétiens pakistanais ?
La plupart appartiennent aux couches sociales les plus modestes : éboueurs, femmes de ménage, petits employés… S’ils peuvent pratiquer leur religion librement, ils sont à la merci de la moindre dénonciation, en particulier depuis l’adoption d’une loi qui punit de mort le blasphème. Beaucoup de chrétiens, comme la jeune mère de famille Asia Bibi, sont emprisonnés dans l’attente d’être jugés.

En janvier dernier, Salman Taseer, gouverneur du Penjab, a payé de sa vie son opposition à cette loi. En mars, Shabbaz Bhatti, ministre fédéral chrétien des minorités, a été abattu pour les mêmes raisons. Au Pakistan, ce n’est pas l’État qui tue les chrétiens. Ce sont les fanatiques qui s’en chargent en entretenant la haine dans les esprits.

A quand remonte leur calvaire ?
Tout a commencé avec les quelques lois islamiques introduites par la dictature militaire dans les années 70. Par la suite, en 1979, lorsque l’URSS a envahi l’Afghanistan, les Américains ont formé et armé des combattants islamistes en utilisant la rhétorique du jihad (guerre sainte) contre les non-croyants – c’est-à-dire les communistes. Des milliers de jeunes musulmans ont alors appris le maniement des armes. Ils ont été systématiquement encouragés à la violence.

Vingt ans plus tard, nous nous retrouvons en présence d’un islam puritain et agressif. Un islam qu’en réalité, la majorité des Pakistanais rejettent : les gens veulent une vie normale, aller à l’école, à l’université, s’habiller à l’occidentale et écouter de la musique… Des comportements que la loi islamique réprouve.

Comment l’Église agit-elle dans ce contexte ?
Nous ne sommes pas une Église du silence comme en Turquie ou en Arabie Saoudite. Les prêtres, par exemple, peuvent se promener dans la rue en soutane sans être arrêtés. Les chrétiens ont même pu manifester à Islamabad pour protester contre l’assassinat de Shabbaz Bhatti. Par ailleurs, nos sept diocèses comptent des centaines d’écoles où tout le monde, chrétiens et musulmans, est accueilli sans distinction. Des religieux missionnaires travaillent dans les hôpitaux et les dispensaires au service de toute la population.

Nous comptons aussi des élus chrétiens au parlement et de nombreux responsables dans les partis démocratiques. Notre combat consiste surtout à résister mentalement à la violence des extrémistes qui cherchent à diffuser la peur dans toute la population. C’est d’ailleurs le thème de la lettre pastorale que les évêques ont envoyée en mars à tous les chrétiens : « N’ayez pas peur ! »

► Mgr Coutts a témoigné dans le cadre de la journée "La palme de la liberté", organisée par l'AED (Aide à l'église en détresse) pour défendre la liberté religieuse.

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Paru le 20 septembre 2018

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