L’espoir fragile des réfugiés d’Erbil

agrandir Le diocèse de Lyon a fourni 10 000 cierges et corolles à l’image de la Vierge de Fourvière pour la fête des Lumières, partie de la cathédrale Saint-Joseph d’Erbil (Irak).
Le diocèse de Lyon a fourni 10 000 cierges et corolles à l’image de la Vierge de Fourvière pour la fête des Lumières, partie de la cathédrale Saint-Joseph d’Erbil (Irak). © Jean-Matthieu Gautier/Ciric
Le diocèse de Lyon a fourni 10 000 cierges et corolles à l’image de la Vierge de Fourvière pour la fête des Lumières, partie de la cathédrale Saint-Joseph d’Erbil (Irak).
Le diocèse de Lyon a fourni 10 000 cierges et corolles à l’image de la Vierge de Fourvière pour la fête des Lumières, partie de la cathédrale Saint-Joseph d’Erbil (Irak). © Jean-Matthieu Gautier/Ciric

À Erbil, capitale du Kurdistan irakien, les réfugiés chrétiens s’apprêtent à passer Noël loin de chez eux, dans une situation matérielle précaire. Le cardinal Philippe Barbarin et une délégation de Lyon les ont rejoints du 5 au 7 décembre 2014 pour célébrer avec eux la fête des Lumières. Lueurs d’espoir dans la nuit irakienne.

La vie des chrétiens d'Irak aujourd'hui

À propos de l'article

  • Créé le 16/12/2014
  • Publié par :Mikael Corre
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6890-6891, du 18-25 décembre 2014

Dans le camp de réfugiés chrétiens de Mar Elias, à Erbil, Jésus s’apprête à passer Noël sous une toile de tente canadienne. Emmailloté dans son berceau en plâtre, entouré des figurines de Marie et Joseph, de faux moutons et d’une dizaine de lumignons, il partage la dure condition des 110 familles du camp.

Parties en août 2014 de la plaine de Ninive, désormais sous contrôle de l’État islamique (ou Daesh), elles affrontent, sous soixante-deux abris de bâches bleues, la rigueur de l’hiver du Kurdistan irakien.


Je ne veux pas fêter Noël ici. Je veux revenir chez moi, à Qaraqosh, retrouver ma pharmacie, ma maison et mon église. 

→ affirme Nissan Putrus, 58 ans, assis sur un banc devant sa tente numérotée 641.

Un enfant passe en trottinant, un cierge à la main, la flamme protégée d’une corolle en papier ornée de la Vierge de Fourvière.

Il rejoint ses camarades alignés devant l’église du camp. Tous attendent la sortie du cardinal Philippe Barbarin, venu les soutenir.

Vidéo. Le cardinal Barbarin arrive à Erbil.

 

L’archevêque de Lyon était à Erbil du 5 au 7 décembre 2014, avec une délégation de son diocèse, pour célébrer la fête des Lumières auprès des 50 000 réfugiés.

Le 29 juillet 2014, il a jumelé son diocèse avec celui de Qaraqosh et Mossoul, villes aujourd’hui désertées par les chrétiens.

Ce samedi soir, 10 000 cierges sont distribués devant la cathédrale Saint-Joseph, d’Erbil.Ils sont des milliers, lumière à la main, avançant vers l’immense statue de la Vierge qui marque l’entrée d’Ankawa, le quartier chrétien d’Erbil.

 Je comprends désormais le sens de cette lumière que nous allumons chaque 8 décembre à Lyon, confie, dans la foule, une employée de ce diocèse. Ici, en Irak, l’espérance brille réellement dans les ténèbres. 

► Twitter. Source Erbilight.

 

Bloqués à Erbil, à moins de 100 km de chez eux

Dans le cortège, une vieille femme, cheveux cachés sous un foulard vert, tient le bras de son mari qui avance courbé sur une canne.

Le couple vit dans un appartement d’Erbil loué par des amis depuis leur fuite de Karamlesh, un village à 40 km de Qaraqosh.

 Nous prions pour que cette procession de lumières nous ramène à la maison 

→  chuchote la dame âgée.

« J’espère que la Vierge va libérer Mossoul comme elle a sauvé les Lyonnais de la peste », rajoute une Irakienne à qui une Française a raconté l’origine, au XVIIe siècle, de la fête des Lumières lyonnaise.

C’est aussi le vœu du pape François, qui a dénoncé, dans un message vidéo projeté aux réfugiés, l’expulsion des chrétiens du Moyen-Orient : « Vous êtes les roseaux de Dieu ! » a clamé le Saint-Père, dénonçant les « violences inhumaines » de Daesh, sans toutefois nommer l’organisation.


 Des roseaux qui s’abaissent sous le vent féroce, mais qui ensuite se redresseront. Je vous souhaite de revenir, de pouvoir revenir chez vous. 

Ankawa Mall, un autre des vingt-cinq camps d’Erbil, où vivent environ 1 700 réfugiés. Dans les fondations d’un centre commercial en travaux, un vieil homme à la barbe clairsemée – il s’appelle Gibrail Quran –, vêtu d’une tunique traditionnelle, est assis sur une chaise en plastique.

Aujourd’hui il y a de la lumière parce que la délégation est là mais d’habitude nous n’avons pas d’électricité dans le camp. Heureusement que j’ai une présence rayonnante 

→  plaisante-t-il, en se levant difficilement. « Ma maison a été pillée, mon magasin saccagé, je n’ai plus rien », résume-t-il, en m’invitant à déjeuner dans son abri. Ils vivent à cinq dans dix mètres carrés d’Algeco recouverts de bâches tendues, floquées du sigle UNHCR, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés.

Saja, sa nièce de 24 ans est assise près de lui. Cette femme aux yeux clairs et cheveux épais veut rentrer chez elle avec ses deux enfants, dont l’aîné a 3 ans.

Mais pourra-t-elle y vivre en sécurité avec les siens ? Son mari retrouvera-t-il son travail ? « On ne sait même pas que Noël va venir, ironise-t-elle, prenant sa petite dernière dans les bras. Comment avoir le cœur à la fête, quand on n’imagine pas l’avenir ? »


Ceux qui souhaitent quitter l’Irak et ceux qui veulent rentrer possèdent un point en commun : ils sont bloqués à Erbil, à moins de 100 km de chez eux, sur une terre qui n’est pourtant pas la leur et dans des conditions qui leur permettent juste de survivre.

La plupart de ces chrétiens, réfugiés dans des tentes, des mobile homes ou des carcasses d’immeubles inachevés, vivaient auparavant dans l’aisance.

 Même une étable, c’est mieux qu’ici 

→  résume, lapidaire, Imad Mona, qui vit aussi à Ankawa Mall. Ce Syrien catholique de 50 ans était un riche photographe de Qaraqosh. Il vit désormais avec toute sa famille dans un Algeco minuscule au premier étage du Mall. Il rêve de quitter cet endroit mais veut rester en Irak. « Nous faire quitter le pays, c’est comme faire sortir un poisson de l’eau », déclare-t-il.

Pourtant, rentrer signifierait cohabiter avec ceux qui les ont chassés. Ce ne sont pas seulement des terroristes venus d’ailleurs qui les ont attaqués, mais aussi des voisins, musulmans sunnites, ralliés à Daesh.

« Mon épouse donnait pourtant des cours à leurs enfants, dans les villages qui entourent Qaraqosh », s’indigne Imad. Sa femme complète : « Nous avons reçu le coup de fil d’un terroriste qui était en train de piller notre maison ; il décrivait cyniquement à mon mari les costumes qu’il allait emporter. »

Ivan, responsable d’un autre camp, commente : « Nous aussi, nous avons été trahis par les musulmans des villages autour de Qaraqosh. Quant aux Kurdes irakiens qui sont allés jusqu’en Syrie secourir la ville kurde de Kobané, ils n’ont pas tiré une balle pour protéger la ville chrétienne de Qaraqosh. »

Plusieurs fois par jour, les minibus de la délégation lyonnaise s’arrêtent dans les camps de réfugiés ; le cardinal Barbarin en descend, et commence par bénir les enfants.

35 000 chrétiens ont quitté l’Irak depuis l’été

« Demain nous devrons construire des écoles pour eux, explique-t-il. J’ai le sentiment que nous sommes à la première page de ce jumelage. Nous le maintiendrons jusqu’à ce que les réfugiés puissent rentrer chez eux. »

Dans la cour du camp, Mgr Louis Raphaël Ier Sako, patriarche des chaldéens descend d’un 4x4 blindé, accompagné de trois gardes du corps.

« Il y a de grandes inquiétudes parmi les chrétiens, dit-il. La première concerne l’avenir des enfants. Surtout lorsque ces derniers ne peuvent plus aller à l’école. Mais le rêve de l’Occident est un mirage. Recommencer une nouvelle vie hors de l’Irak, c’est se couper de son histoire. »

On estime pourtant que 35 000 chrétiens ont quitté l’Irak depuis l’été. En dix ans, la communauté chrétienne a été divisée par cinq. Frère Sarmad Kallo, jeune dominicain originaire de Mossoul, ne leur jette pas la pierre : « Chacun est libre de choisir. Un père qui voit son fils malade se moque de la langue du Christ (parlée dans les régions d’où sont partis les chrétiens, NDLR) ; la vie est plus importante que la terre. »

 Document. Carte de localisation des différents sites.

Qaraqosh, Mossoul et la plaine de Ninive n’évoquent pas, pour les réfugiés, le berceau du christianisme mais, plus simplement, leur maison ou le commerce qu’ils ont dû abandonner. Dans le camp d’Al Amal (espérance en arabe), où vivent 45 familles et dont la réhabilitation a été en partie financée par le diocèse et par la Fondation Mérieux, Dieu est omniprésent, chez ce couple de yézidis (communauté monothéiste kurdophone) qui veille ce matin-là sa fille malade, tout en remerciant Dieu d’avoir survécu en famille.

 Ou encore chez ce vieux Syriaque catholique qui prie chaque jour le rosaire et affirme que Dieu est le sens de sa vie. À Mar Elias, les femmes se retrouvent le soir pour prier dans une petite chapelle de pierres blanches.

Pour la majorité des réfugiés, être chrétien n’est pas une option. C’est un signe d’appartenance inscrit sur leur carte d’identité. Et c’est pour ça qu’ils sont chassés.

Et parfois persécutés. Camp de mobile homes, à 100 mètres d’Al Amal, où vivent 220 chrétiens. Sahad Nassi, 50 ans, tient le petit Marc dans ses bras. L’enfant n’avait que dix jours lorsqu’ils ont quitté Qaraqosh.

Ce syrien-catholique n’a trouvé personne pour le faire enregistrer à l’état civil d’Erbil. « On m’a demandé de payer 500 dollars alors que je n’ai pas de quoi le soigner. » Sahad a quand même trouvé l’argent.

Pour subvenir à ses besoins, il tient une petite échoppe, où il vend des conserves, cigarettes et barres chocolatées.

C’est mieux que de rester les bras croisés. Tout ce que nous demandons, c’est la miséricorde de Dieu pour que notre enfant puisse grandir en paix dans une vraie maison.

Sa femme apporte le thé. « Je prie sans cesse, dit Amira. Seul le Seigneur peut nous sortir de là. Mon rêve ? Que mon fils puisse vivre sa foi en paix et devienne un jour prêtre en Irak. » f

Vidéo. Le cardinal Barbarin de retour d’Erbil.Source : Télé Lyon métropole.

 

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Paru le 18 octobre 2018

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