Les Français et la mort “J’y pense mais pas trop” - Sondage exclusif

Les Français et la mort “J’y pense mais pas trop” - Sondage exclusif

Quelle place la mort occupe-t-elle dans notre vie quotidienne ? La prépare-t-on ? Est-elle la fin de tout ou un passage vers l’au-delà ? Voici les résultats de notre sondage exclusif.

À propos de l'article

  • Créé le 31/10/2018
  • Publié par :Marie-Christine Vidal
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    7092 du 1er novembre 2018

1 - L’au-delà fait de la résistance

Voici un des résultats les plus étonnants de ce sondage : malgré la baisse de la pratique religieuse, la croyance en la vie après la mort ne s’effondre pas. En quarante-huit ans, elle baisse de 6 points seulement : 31 % des Français croient en un au-delà, contre 37 % en 1970. « J’imaginais que la baisse de la croyance en un au delà serait plus sensible », commente Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies de l’Ifop. Comment expliquer cette résistance ? « Sans doute par le fait que cette interrogation métaphysique est prise en charge par la religion, mais aussi par d’autres croyances ou cultures », avance l’expert.

Sur l’existence d’une vie après la mort, les catholiques pratiquants se montrent les plus convaincus. Deux sur trois y croient.

2 - La mort, pas si taboue

Si la mort est moins visible aujourd’hui qu’autrefois, la question demeure présente dans les esprits. 42 % des Français déclarent y penser souvent (14 % très souvent et 28 % assez souvent). À cette question, en 1979, 47 % répondaient de la même façon. Peu d’évolution, donc, sur un questionnement existentiel.

3 - Plutôt incinéré qu'enterré

Les Français sont plus nombreux à vouloir être incinérés (47 %) qu’enterrés (29 %). Presque un quart d’entre eux s’avouent indifférents. Le basculement a eu lieu au début des années 2000. Résistants à cette tendance : les sondés se réclamant d’une autre religion (48 % pour l’enterrement et 35 % pour la crémation) et les catholiques pratiquants, (38 % choisissent l’enterrement et 36 % la crémation). La question préoccupe, en tout cas, plus de deux Français sur trois : ils sont 67 % à y avoir réfléchi. À noter : la proportion de personnes choisissant l’incinération est en lente régression (6 points perdus en huit ans).

* Sondage Ifop pour L’Express, décembre 2017.

4 - La préparer, un peu

Moins d’un Français sur quatre (24%) a déjà réfléchi au déroulement de la cérémonie de ses obsèques. Seuls 18 % ont fait des démarches pour préparer leur décès (directives anticipées pour la fin de vie, convention obsèques, réservation d’une place de cimetière, etc.). Et seuls 12 % ont écrit leur testament. Sans surprise, plus on avance en âge, plus on engage de telles démarches.

Sondage IFOP pour Pèlerin, réalisé en ligne selon la méthode des quotas, du 12 au 15 octobre 2018, auprès de 1019 personnes.


Ils côtoient la mort au quotidien et nous expliquent comment cela change leur vision de la vie...ou pas.


Séverine, 43 ans, dans le souvenir d'Élouan

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« Il y a des gens qui sont faits pour vivre vieux, d’autres pour mourir jeunes. »  Séverine se souvient des mots de son fils, Élouan. Âgé de 11 ans, le petit garçon va mourir. Après des mois de chimiothérapies, d’espoir, son cancer a été déclaré incurable. « Nous avons mis en place l’accompagnement palliatif en respectant ses volontés, car Élouan était au courant de tout », explique-t-elle. Depuis le début de la maladie, c’est lui qui a donné le tempo dans la vie de la famille ; les dernières semaines aussi. « On était avec lui dans un élan, un combat, poursuit-elle. On ne pouvait pas aller moins bien que lui ! »

On était avec lui dans un élan, un combat. On ne pouvait pas aller moins bien que lui.

C’est lui qui a voulu que l’on cesse les traitements, c’est lui qui a voulu rentrer à la maison, à Nantes, « pour jouer avec ses copains et son chat ». « Nous avons transformé une pièce en chambre d’hôpital. Ses amis venaient le voir quotidiennement. » Pendant les jours qui précèdent sa disparition, il est peu question de la mort. « On en avait déjà beaucoup parlé avant », se rappelle la maman. Pour qu’il ne souffre pas, Élouan est sous morphine et Hypnovel, un cocktail classique en phase terminale. La nuit de son décès, « je me suis couchée contre lui, raconte Séverine, je sentais son petit corps en sueur. Il a ouvert grand les yeux sur une profonde inspiration, puis les a refermés. C’était fini » (Recueilli par Laurence Valentini.)


Gérard, 74 ans, témoin de la foi

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Depuis treize ans, Gérard fait partie d’une équipe de funérailles dans un quartier populaire d’Arras. « Quand j’ai débuté, se souvient-il, les familles étaient déconcertées d’apprendre que ce ne serait pas un prêtre qui allait célébrer les funérailles. Aujourd’hui, plus personne ne s’en étonne ! » La préparation de la célébration – toujours assurée par deux membres de l’équipe – est souvent la seule occasion pour les proches de parler de leur défunt et d’avoir un contact avec l’Église. Il s’agit d’une rencontre très importante.

Pour écrire les textes, choisir les chants, nous les écoutons longuement, explique Gérard. Ce temps d’échanges est très fort.

« Pour écrire les textes, choisir les chants, nous les écoutons longuement, explique Gérard. Ce temps d’échanges est très fort. Nous évoquons le caractère du défunt, sa foi, sa profession, ses liens avec son entourage, ses derniers moments... C’est plus facile de parler du mort que de la mort ! »Ancien professeur de français, Gérard aime sa mission : « Je rencontre des personnes que je n’aurais jamais connues autrement et je reste admiratif devant toutes ces vies qui me sont racontées. Parfois, ce sont de vraies leçons de courage, d’humanité. » Il ajoute : « L’accueil bienveillant, l’écoute que nous offrons constituent pour moi un témoignage de ma foi auprès des familles dans la peine. » (Recueilli par Laurence Valentini.)


Audrey, 31 ans, les liens du crématorium

Audrey

« Ça doit être dur !... Ah, il en faut bien... On n’en parle pas, ça me gêne.» Audrey a l’habitude des réactions de ses nouvelles connaissances lorsqu’elle leur annonce son métier. Depuis deux ans, elle est directrice du crématorium de Bonneville, dans la vallée conduisant à Chamonix. La mort fait peur. « C’est lourd », reconnaît la jeune femme. Mais elle a les épaules solides. D’abord monitrice de ski l’hiver, elle enchaînait les petits boulots l’été, quand l’occasion s’est présentée de travailler dans le secteur funéraire.

Beaucoup d’amitiés se nouent.

C’était il y a cinq ans. L’âge de son petit garçon. Depuis, elle a divorcé : « Mon métier rendait les choses compliquées dans notre couple. » Audrey dit les choses sans détour. Sa voix est posée. « Depuis toute petite, elle est réservée, et volontaire », observe sa mère. Elle accueille les familles endeuillées, plusieurs fois par jour, avec justesse. Les gens se confient. Elle écoute. Si bien que « beaucoup d’amitiés se nouent » au crématorium. En quelques années, la jeune directrice a changé : « J’ai conscience que la vie est courte ! Je me suis rapprochée de ma famille. J’ai beaucoup élargi le cercle de mes amis. » (Recueilli par Christophe Chaland.)


Virginie, 48 ans, prendre soin jusqu’au bout

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« À une époque où l’on veillait encore nos morts, je me souviens, à l’âge de 5 ans, avoir demandé à voir le corps de mon arrière-grand-mère. J’étais triste, mais la vue de son visage apaisé a permis que sa mort ne soit pas un drame », témoigne Virginie. Cette aide-soignante dans l’Éhpad de Mézières-en-Brenne a toujours voulu adapter sa manière de « prendre soin », parce que si « la maison de retraite propose un accompagnement à la mort, c’est d’abord un lieu de vie ». Quand des résidents se livrent sur leurs angoisses, ou manifestent leur lassitude de vivre, « on l’entend », dit-elle, tout en les amenant à un apaisement qui passe par le toucher, le regard, une présence jusqu’au dernier souffle.


Dans ses derniers jours, je rêvais que j’étais présente à son côté.

Un métier qui retentit au-delà de l’Éhpad. Virginie se souvient de cette résidente, Irène : « On a fait plein de choses avec cette dame. Dans ses derniers jours, je rêvais que j’étais présente à son côté. » En début de carrière, voir son premier mort a été « violent » mais, prenant de l’âge, elle ne s’est pas « endurcie » ; elle se sent seulement plus mûre. « C’est dur de voir le corps se dégrader. Mais lorsque la personne meurt avec un beau visage, reposé, nous sommes soulagés d’avoir fait du bon boulot. »  (Recueilli par Raphaëlle Simon.)


Stanislas, 45 ans, près de la terre

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Opérateur funéraire, il est l’un des huit agents municipaux préposés à l’entretien des 17 ha des cimetières de Niort. Il prend soin des espaces verts, procède à des exhumations pour libérer les concessions échues et assure le creusement des fosses. Stanislas Legrand est également conducteur de four du crématorium. Son credo : « Pendant le service, je rentre dans ma carapace pour éviter des interférences entre la douleur des familles endeuillées et mes sentiments personnels. » Après une formation dans le BTP, il est marbrier dans une entreprise de pompes funèbres, douze ans durant. En 2009, il rejoint « par hasard » le service des cimetières de Niort.


Pendant le service, je rentre dans ma carapace pour éviter des interférences.

« Mes parents, se souvient-il, ont été surpris et m’ont posé beaucoup de questions sur mon travail. Aujourd’hui, ils abordent beaucoup plus sereinement la question de ce qu’ils souhaitent après leur propre départ. » Et si la Grande faucheuse n’est pas un sujet qui hante ce père de deux enfants, il émet cependant un vœu : être inhumé à Souché, nécropole « écologique » niortaise inaugurée en 2014, qui préconise que les corps et les cendres soient rendus le plus naturellement à la terre, sans fleurs artificielles. (Recueilli par Eyoum Nganguè.)

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Toussaint

lectureamical 31/10/2018 à 17:58

Ces reportages sont très bien faits et utiles car tout le monde , plus ou moins, appréhende l'ultime passage de la Vie à la Mort. Pas facile à accepter, ni pour nous ni pour ceux qui nous sont proches mais il faut espérer...

Paru le 15 novembre 2018

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