Céline Anaya Gautier, photographe : “Toute aventure mérite d’être vécue”

agrandir Santiago, 7 ans, et sa maman Céline Anaya Gautier, sur le chemin de Compostelle durant l’été 2014.
Santiago, 7 ans, et sa maman Céline Anaya Gautier, sur le chemin de Compostelle durant l’été 2014. © Santiago Colomar Anaya.
Santiago, 7 ans, et sa maman Céline Anaya Gautier, sur le chemin de Compostelle durant l’été 2014.
Santiago, 7 ans, et sa maman Céline Anaya Gautier, sur le chemin de Compostelle durant l’été 2014. © Santiago Colomar Anaya.

Céline Anaya Gautier est la lauréate du prix Pèlerin du témoignage 2015, choisie par notre jury, pour son récit :  Dis maman, c’est encore loin Compostelle ? .

À propos de l'article

  • Publié par :Muriel Fauriat et Françoise Toutlemonde
  • Édité par :Estelle Couvercelle
  • Publié dans Pèlerin
    6940, du 3 décembre 2015

« Un récit, sincère, lumineux, vivant et sans concession », pour Philippe Aldacourrou, 50 ans, d’Ispoure (Pyrénées-Atlantiques). « Une page de poésie, d’humour, d’amitié, d’amour qui nous ramène à l’essentiel de notre vie », souligne Martine Champion, 54 ans, de Vierzon (Cher).

Après trois mois de lecture intensive, notre jury de vingt-quatre lecteurs a donc élu le récit de pèlerinage à Saint-Jacques de-Compostelle de Céline Anaya Gautier et de son fils Santiago, 7 ans alors.

La photographe franco-péruvienne de 39 ans, qui habite Fontainebleau avec son compagnon et ses deux garçons Santiago (9 ans) et Leandreo (3 ans), fait part de ses réactions et confie à Pèlerin sa conception de son rôle de mère.

Pèlerin. Les lecteurs ont été touchés par la relation mère-fils qui grandit sur ce chemin. Que vous inspire ce prix ?
Céline Anaya Gautier. Du bonheur… et la surprise d’avoir été choisie. C’est si difficile d’éduquer un enfant, d’être juste. Il m’arrive de craquer… C’est un combat de tous les jours, celui d’être parent : trouver l’équilibre entre le cadre et la liberté, le rêve et la responsabilisation, le risque et la sécurité.

Ce serait tellement plus facile de ne pas répondre quand Santiago me demande d’aller tout seul à l’école… Ou lorsqu’il envisage, pour son « passage » à l’âge d’homme, une plongée sous-marine au pôle Nord. Sous les icebergs… Et moi qui suis claustrophobe ! Mais je ne veux pas enlever leurs rêves à mes fils. La société se chargera assez tôt de le faire.

Vous êtes attachée aux rituels d’initiation…
C. A. G. Toutes les anciennes civilisations possédaient ces rituels, qui permettaient aux enfants de passer des caps. En France, le service militaire jouait ce rôle d’entrée dans l’âge adulte pour les garçons.

Les jeunes doivent à la fois être mis en valeur et en difficulté. S’ils n’ont pas d’épreuves, ils iront en chercher. Dans les cas extrêmes en partant en Syrie pour se transformer en kamikazes. Si Santiago persiste dans son désir d’aller se promener sous la glace, il ira ! Sans sa mère. Mais encadré, bien sûr. Notre rôle de parents est d’accompagner les enfants sur leur chemin, pas de les conditionner sur le nôtre.

Vous souhaitez donc des épreuves pour vos enfants ?
C. A. G. Comment les enfants seront-ils préparés pour la vie si on les surprotège ? Si on ne leur permet pas de faire leurs propres expériences ? Ils feront des erreurs, mais il faut se brûler pour avancer. Je ne veux pas que mes enfants reculent devant les difficultés, mais qu’ils essaient de les franchir. Toute aventure mérite d’être vécue, même si on n’arrive pas au bout. Je ne souhaite pas qu’ils passent à côté de leur vie, de leur être essentiel, à cause de leurs peurs.

Comment les éduquez-vous au quotidien ?
C. A. G. Je suis dans une constante remise en cause, avec des moments de doutes terribles : en insistant sur la vie spirituelle et le chemin intérieur, ne vais-je pas faire de mes enfants de complets illuminés ? En leur offrant la liberté, ne leur fais-je pas courir trop de risques ? J’essaie de mettre mes enfants dans des difficultés contrôlées et d’être à côté d’eux ; de leur lancer des défis à leur portée.

Au retour de Compostelle, Santiago voulait absolument une DS (Nintendo DS : console de jeux vidéo portative, NDLR). J’ai autorisé cette console de jeux à la condition qu’il la conserve dans sa chambre et ne s’en serve qu’avec mon autorisation. S’il prenait le jeu sans mon accord, il était confisqué. Mais il pouvait me le confier s’il ne réussissait pas à résister à la tentation. Et ça a marché !

Photographe, auteure, mère…Vous avez le temps de vous retrouver vous-même ?
C. A. G. J’en ai besoin. Quand j’écris, j’envoie les garçons dans leur chambre et je leur dis que je ne veux plus les entendre ! Ce n’est pas simple car nous avons des injonctions fortes : être une bonne mère, une bonne professionnelle, une femme épanouie… Mais on doit apprendre à se protéger en tant qu’adulte.

Santiago a une vie spirituelle très forte, vous le montrez dans le récit. Et vous, vous priez ?
C. A. G. Je ne suis pas catholique, mais je prie tout le temps : des prières que j’invente à moitié.

Je ne vous sens pas, mais je suis certaine que vous êtes là, dis-je dans mes moments les plus noirs, aidez-moi ! 

Ma tante, évangéliste au Pérou, me dit de ne « pas prendre Dieu pour mon secrétaire… mais de prier pour qu’il me donne la force d’affronter la vie. Car la vie, elle ne change pas. Mais toi, tu peux changer ! »

Quand je suis sans travail, je relativise, je me dis que cela va bouger. Et cela bouge. J’ai toujours senti que j’étais « entourée ». Deux choses nous sont imposées : la vie et la mort. Au milieu, nous pouvons détruire ou construire. Vivre chaque jour comme une aventure. Pourquoi sommes-nous là sinon pour nous rencontrer nous-même et rencontrer les autres ? Même si ce n’est pas le plus facile, j’avance en accord avec moi-même : je suis sur mon chemin.



Les lecteurs ont aimé Dis maman, c’est encore loin Compostelle ?

J’ai beaucoup apprécié cette belle aventure de vie entre Santiago et sa mère. Les réflexions sur la vie, la mort, la résilience, la rencontre de l’autre, Dieu sont omniprésentes. Tout comme celles, précieuses, sur le rôle d’une mère : la bonne distance à trouver, le respect de l’autre… 

→ Valérie H., 51 ans, assistante sociale, Coisy (Somme)



Santiago passedes mains de sa mère à celles de son père au terme d’une aventure humaine et spirituelle, qui lui permettra d’entrer dans l’adolescence sous les meilleurs auspices. J’ai parfois eu du mal à croire que Santiago n’avait que 7 ans... La volonté de la maman que son amour ne soit pas trop protecteur mais libérateur est remarquable. 

→ Martine B.,65 ans, professeure de lettres, Gémenos (Bouches-du-Rhône)



 L’enfant et sa mère vont se trouver, tour à tour, confrontés à leurs peurs, leurs désaccords, leur lutte de pouvoir, le besoin vital pour l’enfant de prendre son indépendance et pour la mère de lâcher son emprise. Ils vont se faire confiance, abandonner leurs croyances limitatives, accepter ce que la vie leur réserve comme surprises, enfin se dépasser et approcher leur être essentiel. 

→ Hélène C., 50 ans, thérapeute, Galluis (Yvelines)


Qu’il est rafraîchissant de voir la capacité d’émerveillement d’un enfant devant une plante ou un insecte mais aussi sa capacité de réflexion sur des sujets bien plus sérieux ! Un autre regard sur ‘‘El Camino’’. Très plaisant à lire, difficile de s’arrêter !

→ Anne R., 38 ans, fonctionnaire de police, Les Ormes (Vienne)


A lire

Dis maman

Dis maman, c’est encore loin Compostelle ? de Céline Anaya Gautier, Ed. Le Passeur, 460 p. ; 22 €.


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Paru le 20 septembre 2018

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